‹ La poésie des OttomansChapitre 3 sur 79 · II PREFACE · texte numérisé non relu

II PREFACE

Toderini, un siècle plus tard, consacra, dans ses trois volumes, un petit nombre de pages aux poètes de Fempire ottoman^. Malheureusement, Donato et Toderini n'attachaient qu'une importance complètement secondaire à la poésie ottomane, ils ne semblent même pas avoir soupçonné qu'elle est une des branches de la littérature de ces nations turques qui ont joué un si grand rôle e n Asie comme en Europe, et dont le nom a retenti des frontières de la Chine jusqu'aux bords du Danube et jusque sous les murs de Vienne. Pourtant, après la publication delà. Letteratura turchesca qui, — traduite en français, — est encore constamment citée dans les pays latins, personne n'aurait osé dire, comme Voltaire 2, qu'on doit mépriser et détester les Turcs, parce que ce peuple n'a jamais produit de poètes !

(i) Giamb, Toderini, Letteratura turchesca (Venise, 1787), (a) Voy. sa Correspondance avec Catherine II.

PRÉFACE. m

Le célèbre traducteur des Mille et une Nuits protestait en vain contre ces assertions tranchantes, tout en expliquant pour quelle raison elles étaient admises sans aucun examen, les Turcs étant tellement décriés, qu'il suffit ordinairement de les nommer pour signifier une nation « barbare, grossière et d'une ignorance achevée ». Mais si on laisse l'accusation de « barbarie » , trop méritée par d'autres gouvernements qui brûlaient de prétendus sorciers et persécutaient les dissidents d'une manière atroce ^, accusation qui n'empêche pas cependant de louer « la politesse des Persans et la grande application des Arabes aux sciences » ^, on doit reconnaître que Galland ne se trompe guère quand, étonné du « nombre considérable de leurs poètes »,

(i) Même dans la France de Voltaire. — Voy. Lanfrey, V Eglise et les philosophes au xvni"* siècle.

(2) Il va sans dire que Galland parle de l'âge d'or de l'Arabie.

iv PREFACE.

il affirme « que les Turcs ne le cèdent ni aux Arabes, ni aux Persans, dans les sciences et les belles-lettres, communes à ces trois nations, et qu'ils cultivèrent presque dès le commencement de leur empire ^ • . •Notre siècle, qui a fait faire d'immenses progrès à l'histoire de l'esprit humain, ne devait pas se contenter des esquisses des Vénitiens, ni tenir grand compte des assertions singulières du correspondant de Catherine 11. Marchant sur les traces de Thomas Chabert % les savants de l'Europe orientale ont, depuis le commencement du siècle, essayé avec une admirable ardeur et une persévérance digne des plus grands éloges, de nous faire connaître les nom- Ci) Préface de la Bibliothèque orientale de d'Herbelot.

(2) Dès 1800, Chabert publie dans la Suisse allemande une traduction d'une collection de biographies des poètes ottomans. — Blographische Nachrichten von Vor:^uglichen t'ùrkischen Dichtern (Zurich).

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