PARIS
Jules LABIITÏ, Libraire, Qoai Voltaire , 3.
AVANT-PROPOS
DU TRADUCTEUR. i
Notre publication réalise une promesse faite dès longtemps; c'est un pas de plus dans une carrière d'utilité; car, nos amis de France et d'Allemagne le savent , nous cherchons à nous constituer l'interprète des doctes élucubrations germaniques , à nous accréditer comme intermédiaire entre les ues et les archéologues de deux nations qui semblent eu .ées à se compléter mutuellement (\).
11 y aura tantôt dix ans que notre traduction fut entreprise et achevée sans désemparer. Mais à quel titre aborder un éditeur et désarmer sa juste méfiance? Il fallait gagner nos éperons , nous faire un nom modeste mais qui cessât d'être inconnu , lancer un ballon d'essai , c'est-à-dire élaborer quelques opuscules que l'indulgente bienveillance d'une société savante de province consentirait à admettre dans ses mémoires. Nous fîmes choix de Y Essai sur les cours d'amour, traité substantiel et, pensions-nous, le plus complet, le plus logique qui eût été écrit sur cette courtoise matière. Cet autre travail mené à fin, il se trouva que trop récemment familiarisé avec l'idiome
de nos voisins , bien éloigné d'être comme le français aisément
(1) Die beilimiui xu sein schoioen ski» pcpoiuciuj? iu crgamoi^. Lclirc de M. F. Wolf au inducteur.
tj AVANT- PROPOS
traduisible dans toutes les langues , ou trop dominé par notre texte, il se trouva que nous avions traduit en français d'outre- Rhin. Redevenir éeolier, oublier et apprendre, ce ne fut médiocre labeur. L'heure venue et crainte de récidive , nous recommençâmes comme si rien n'eut été fait.
Le succès de Y Essai sur Us cours d'amour dépassa de bien loin nos espérances; nous nous attendions toutefois à voir quelque disciple de Raynouard relever le gant. Affermis dans notre système par d'imposantes adhésions , nous attendions avec quelque confiance cette lutte scientifique qui ne pouvait tourner qu'au profit même des vaincus ; car avant tout la vérité; l'histoire n'est qu'à ce prix. Afin de la provoquer nou/ distribué des exemplaires accompagnés de lettres
sui jints de la France ; et l'on nous écrivait du midi :
« 1 s d'amour ne peuvent rester sous le rude coup qui » leur est porté ; il faut qu'elles sortent du tombeau pour » forcer les incrédules à croire à leur existence , ou bien » qu'elles se résignent à n'être plus que l'ombre de ce qu'une » réputation usurpée les avait faites , ainsi que le prétend le » critique d'outre-Rhin (t) » . N'était-ce pas le cas de fourbir ses armes ?
Les trouvères, qu'un spirituel médiéviste a tirés de l'oubli , nous venaient en aide. Dans notre nord noblesce s'entendait aussi à
....Jugier du mal d'amour qui blesce (2);
et là comme ailleurs : « les cours d'amour consistaient en des » arbitrages amiables, confiés à quelques personnes haut » placées qui décidaient des querelles d'amants et qui tran-
(1) Leitre de M. Edmond de la Plane, l'historien de Sislcron. (2; Le dit des trots jugements.