‹ La poésie des troubadoursChapitre 3 sur 60 · DU TRADUCTEUR · texte numérisé non relu

DU TRADUCTEUR

» cbaient les subtiles questions amoureuses qui leur étaient » déférées (1). » Nous pouvions en appeler aux Renier de Quaregnon, aux Adam de Givenchy , aux Jehan de Renty , à Gillebert de Rerneville , évoquant la cause au tribunal même du petit Dieu, à l'instar du troubadour Bertholemc Zorgi; produire le jugement du pauvre amant banny défendu par l'avocat Pitié contre Malebouche et Danger, soutenus par maître Chagrin, avec plaidoiries des gens d'amour, réplique et duplique, — les erreurs du jugement de l'amant banny où la cour est présidée par un homme j — les erreurs du jugement de la dame sans mercy , parodie complète des procédures judiciaires (2). — Hors de France : V histoire de Aurelio et Isabelle, fille du roi d'Escosse (3) ; — Le carcel de amor (4) ; — Le Wilhelm von Orléans du minnesinger Rudolf von Ems, lequel nous montre à la suite d'un tournoi de six jours, la reine élue écoutant, durant une semaine , les plaintes des amants et prononçant en droit d'amour :

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(!) Voyez trouvères de la Flandre et da Tournais*, p. 47. M. Dinaux s'ciaii remontre avec M. Diez.

(2) Voyez ces trois pièces daus le Roimart, de SI. Keller do Tubinger.

(S) Noueellcmenl traduit en quatre langues: italien , etpaigiuil, français et 0119(01» , BnurUe* 16UB. M. Koflcr, possesseur d'un de» rares exemplaires, do celle édition , se demande *l le lieu dl i.presion ne préjugerait pas d'un prototype flamand? M. Mone dit elTecthoiueut que «0 livre Ait défendu en 1021 , par l'évéque-d'Anrerrf: d'un autre côté, l'exemplaire porte fap* probation de la censure Anrcrsoise. Mone déclare n'avoir eu en main aucune édition dVturelio* partant la réprobation épisropate pouvait s'adresser à notre édition , et l'original flamand d crient fort douteux. Uno édition italienne de Milan 1521, porto : Composta da tiio do Fiori Flamlngo c tradotta intvolgare da Lelio Aletilllo. Ceci indiquerait un orignal latin composé en Flandre. Voyez l'article de M. Keller sur les cours d'amour. luttera turblati,. n» 27, 13 mars Î845. Sur les différentes éditions d'Aurelio , rot. Grasse Sagenkrcissc des Mitu-lallers. 1*. «6. Dresden und Leipzig, im.

(4) Histoire amoureuse de Letiano et de Laureola ..parDiégode San Pedro, traduite en allemand, par L. Khuefbleinri n, Hambourg HWO. L'édii, de l'original. Anvers 1546» débujo par les question de amor. Voj. Lilieraturblatt. Ibidem..

Viij WANT- PROPOS

Von der wirt in der woclien Minncn rcht gcsprochen, Als dà man rente lèben relit Vor e nom berren inactiet sleht (I )

Nous invoquions enfin le grand poêle du moyen-àgc allemand, ce Wolfram von Esehcnbach, sérieux jusqu'à la mélancolie, imitateur qui procède par des créations, chevalier toujours pénétre de Téminencc de son ordre, dont l'œuvre formule toutes ces hautes idées intellectuelles de l'époque , qui réagissaient sur le corps social , par la double action du clergé et de la chevalerie.

Ouvrons le Partirai. Gamurct est le vainqueur du tournoi de la vespréc, prélude de celui du lendemain, où l'on disputera à fer émoulu , la main de la reine Ilerzeleide. Vainqueur ! On le sciait à moins , car il a désarçonné les rois Hardeiss de Gasco'jnc -, Brandelidelein de I'unturkois , Lahelcin > Schafplor d'Aragon , tous noms qui auraient donné le frisson à Doileau. Aussi les vaincus sont-ils d'avis de ne pas recommencer et lui adjugent- ils le prix séance tenante. A peine l'heureux Gamuret est-il retiré* dans sa tente que la reine vient le visiter en personne ; mais notre héros éprouve de violents combats. Son amie d'enfance, la reine An/lise de France, l'invite, par un discret messager, à succéder à son défunt époux. Il a quitté sans congé le séjour enchanteur de Sassamank, dont la noire souveraine lui tient au cœur; mais après tout il n'est rien moins qu'insensible aux attraits de la belle Herzeleide. Loin de dissimuler ses perplexités, il plaide chaleureusement les intérêts des absentes. On se sépare, et le lendemain nouveaux débats , car la reine veut absolument être épousée ,

(î) Roman manuscrit. Stottgard. Voj. Liueraturlilatt.

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puisqu'elle a été gagnée. Le chevalier lient bon, et qu'advientil ? « Comme l'aventure me le dit, conclut le poète , le cueva- » lier et la dame prirent arbitre sur leur plainte ...Le juge- » ment fut prononcé (1) » et exécuté; car Parzival dut le jour à cette union.

Or, on lésait, Wolfram versifiait d'après Guiot le chanteur. Que ce dernier ait écrit en romane du nord ou du midi , l'important c'est qu'il nous retrace une coutume contemporaine , l'arbitrage en amour.

Telle eût été notre argumentation, mais la lice est restée déserte. Nul n'est venu, que nous sachions, toucher l'écu de l'humble tenant. Aurions-nous gain de cause ? Honneur en soit alors au fort jouteur ; nous n'avons guères été que le héraut d'armes. Au demeurant, serait-il bien à regretter que la question se vidât en ce sens ? Serait-ce un fleuron de moins à la couronne chevaleresque et galante du midi ?

Une femme qu'à l'instar des troubadours nous ferions reconnaître dans notre nord, sans la nommer, une femme qui se dévoue aux œuvres de charité , qui a des secours pour toutes les misères , des consolations pour toutes les larmes et poursuit cette noble tâche, alors qu'elle écrit d'admirables pages où se révèle un sentiment exquis du beau sous toutes ses formes , et plus encore ce sentiment mu par la libre chrétienne et qui reporte lame vers celui dont toute beauté émane, la comtesse de L* ¥ * nous écrivait : « 11 est des femmes peut-

W'io mir die arcoluro «a^rt , Da nahrn der Rittrr und die Mapd Sdiiodsricliter uLcr itir« hUfc'e .

Man spraih dids I rtheil luhaiid.

iraU. en aJleui. moderne du poêle Simrock, T. I p., 105. Siuitgar d et TulMiigcu. Cotu. t8ii

* AVANT-PROPOS

» être qui regretteront que vous ayez contesté l' existence de

» ces institutions où on leur assignait un rôle si important.

» Elles trouvent là sans doute une preuve nouvelle du pouvoir

» social de leurs charmes. Je ne partage pas ces regrets. À » part le triomphe de la vérité , je vous rends grâce d'avoir » rendu à la femme du moyen-âge le seul rang qu'elle puisse » occuper. Si vous l'avez dépouillée d'un prestige, vous l'avez » revêtue de ce voile de convenance qui l'embellit sans la ca- » cher.

» Les cours d'amour permanentes nous montraient la » femme dans une altitude et des fonctions incompatibles » avec cette pudeur qui est la première de ses grâces. La » part que vous lui faites avec le savant professeur allemand, » me parait sinon aussi brillante du moins plus belle, c'est- » à-dire plus assortie à sa nature , à son caractère et à sa » destinée » .

Nos arrangements pris avec une librairie rccommandablc , celle de M. Vanackcre de Lille , pour l'impression du présent ouvrage, il s'agissait d'y mettre la dernière main. Mais grâce aux investigations constantes et simultanées des philologues français et allemands, la science était en progrès. M. Diez entreprit la révision de son beau travail. Il en résulta non pas seulement des corrections et additions ; des pages entières lurent remplacées ou modifiées. D'un autre côté la publication postérieure de M. Diez : « Leben uni Werke der troubadours ( les vies et les œuvres des troubadours) , servant de complément à la première et nous offrant un nouveau butin, il convenait de réintégrer dans le corps de notre traduction tout ce qui pouvait éclairer la discussion , étayer les hypothèses de l'auteur, reproduire en notes les nombreux textes inédits et faire

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suivre le tout d'un abrégé des biographies. Ainsi s'effectua le troisième remaniement de notre manuscrit , tel que nous le publions; c'est l'œuvre allemande renouvelée, complétée; jointe à l' Essai sur tes cours d'amour, c'est pour les dilettanti ou ceux qui aspirent à l'être , un cours de littérature provençale ; pour les adeptes un mémoire à l'appui d'une demande en réhabilitation intentée à l'indifférence dédaigneuse des siècles derniers; c'est au banc des demandeurs, la révision consciencieuse des débats, l'exposé rationnel de nouveaux moyens; c'est en un mot une seconde exploration dans le territoire reconnu par Kaynouard. Le digne émule du grand maître vérifie les jalons d'attente , affermit les uns, transplante les autres , en pose à son tour, et agrandit ainsi le domaine acquis.

Nos suppressions portent uniquement sur nos propres annotations, éliminées, faute de place, et sur la préface de l'auteur. 11 s'agissait ici, pourM.Diez, d'initierses compatriotes aux travaux de ses devanciers : le cardinal Bembo , studieux biographe , mais dont les proses restèrent en manuscrit, — Jehan de Nostre-Dame, ce grand anachroniseur dont les moindres assertions doivent être éprouvées à la pierre de touehe de la critique historique, — Çrescimbeni, premier éditeur de poésies occitaniennes dans la langue originale ; mais textes fautifs et traductions erronnées 4u fait de Salvini , — le chanoine de Girone, Bastero, méditant un glossaire avec texte sur le plan de la Crusca et n'arrivant qu'à faire paraître son premier volume , en quelque sorte l'introduction à l'ouvrage , — La Curne de S ,e -Palaye , qui dévouant sa vie , ses ressources à accumuler l'immense dossier , jette le monde littéraire dans l'attente et succombe littéralement accablé sous le poids de ses in-folios. Mais ce bon abbé Millot s empresse d'aller au secours de l'ami .

xij AVANT- PROPOS

qu'une vieillesse anticipée exclut de l'arène, sans savoir un mol de provençal, et s épargnant, comme il ledit fort bien, l'ennui de nouvelles rcherches, il accommode les troubadours à la moderne, avec force considérations de son cru. Ainsi vint au jour cette Histoire littéraire connue de tant de lecteurs. La tentative de S te -Palaye n'avait pas complètement éeboué; mais à travers le voile , l'on n'apercevait que la pâle silhouette de la muse oecitanienne. Millot se restreignant au point de vue littéraire , se souciait peu de dissiper les ténèbres philologiques. Le dironsnous à la satisfaction de bien des lecteurs , trouvant qu'on en avait fait assez, faute de réfléchir que la possession pure et simple d'une histoire littéraire sans la littérature elle-même est un mince avoir. Raynouard apparut et la lumière se fit.

M . Diez professe une haute estime pour les travaux de ce profond linguiste; seulement il regrette, dans le Choix de poésies, l'absence des variantes capitales. Il regrette cette lacune que laisse nécessairement après elle l'anthologie la mieux combinée, car l'on n'a en vue que des corps avancés; l'œil inquiet cherche la bataille, cette phalange ensevelie dans la poussière des bibliothèques. La poésie provençale est sociable de sa nature; il y a contact incessant et manifeste entre les poètes, soit dans le commerce de la vie , soit dans l'exercice de l'art ; des fils corrélatifs sillonnent en tout sens le tissus de leurs œuvres , des allusions sans nombre aiguillonnent une curiosité qui ne trouve à se satisfaire que par la voie des rapprochements. Bref, l'exhibition complète de tout ce répertoire oublié , peut seule contenter les vrais amis de l'art.

Après le Choix de poésies, vinrent les ingénieuses observations sur ta langue provençale de M. deSchlegel, le Parnasse

DU TRADlT.TGi;K.

xiij

occitanien de Rochegutle; enfin l'ouvrage de M. Diez (i) : « Je » parlerai peu de mon livre, nous dit -il; qu'il plaide sa propre » eause. Il n'entrait nullement dans ma pensée de eoordonner » un traité esthétique, la troisième partie elle-même est moins » un exposé critique qu'une cxplanation de la poésie ehan- » sonnière. Avant tout, je me suis appliqué à ressaisir les traits » distinctifs, les rapports qui caractérisent chez les Proven- » çaux le culte de l'art, la condition sociale des poètes, à évo- » quer ce passé à l'aide des témoignages les plus dignes de foi . » Pouratteindrecchut, deux choses étaient nécessaires. L'étude » de la langue et celle des manuscrits. La grammaire de Ray- » nouard me servit à souhait ; mais le trop insuffisant glossaire » deRochcgude n'avait point encore paru; forceétait de me créer » l'indispensable auxiliaire. Ce travail préparatoire donna lieu » au traité grammatical inséré à la fin du volume comme in- » lièrent au sujet . Un séjour à Paris(| 824), me mit à même de » consulter les manuscrits de la bibliothèque royale; et je le » dis sans exagération , je pris la peine de les méditer vers par

(I) Depuis lors ont paru : on France, ouirc le Lexique r man de Raynouard, connu do min, mais où I on n'a pas fail un seul emploi tics le les (Mil -s dan* le second ouvrage de Diez ; Thiê- 'otre de la langue romane (romnn provençal), par Francisque Mandci, I8tt) : 2" \'hi$l de» langes romane» et île Iw littérature, etc.; par M. Urine Wliyte, L'une n'apprend ri n du nouveau. L'autre apprendrait de fort étranges choses, si possible était «le les admettre; toutes deux prouvent l'opportunité de notre publication. M, Uucssard a rendu un véritable service en éditant les deux grammaires , le Uonatu* provincial/s et la Dm fa maniera de trobar. M. Francisque Michel nous a mande s'occuper d'éditer le roman de Flamenca. — En Italie : Obtervaiioni »ulla Poesia de Trovadori, J/od » *!■.«. Par. Ch. (talvnni. Vous n'avons pu, quant à présent, nous procurer un exemplaire de ce livre d'un très-haut intérêt; nous venons d'apprendre, au surplus, (pic l'auteur prépare un second travail sur la langue et la littérature occilanienne. Htcerchc ttortclie intorno dt Irorufori prorenzah occolti ed onorati nella corte dei «narr/im d'E*le ncl accola A7/f, Modena, IWi, p ir l'abbé Celestino Carcdoni. autre publication que nous regrettons de ne pas connaître, et d'autant plus qu'elle contient des notk-eshistoriques.de nouveaux extraits dmélèhre manuscrit de Modène, ou du moins «fes variantes à consulter. En Allemagne, M.Diez a terminé l'impressi m de su Grammairt des longue» romanei, trois v. l. in-S. 0 Ch. Uauscbikl en a extrait un glossaire étytn logique <!e ln tangue française, broch. ii>12, Leipzig, Iftlt. - Quant au livre do M. Rrinckmajer : IHeptoteuudiuhen Troubabours. Halle, l&tt, à qitui bon r.iir- nujour.i'huicn Allemagne un pastiche d'après Raynouard ?

AVANT-PROPOS

» vers dans l'espoir de recueillir une induction, une remarque » nouvelle.

» L'orthographe des noms propres me causa quelque hési- » tation, je me suis fait une règle de conserver celle des » prénoms et de supprimer Vs ou le z lorsque ces lettres » désignent le nominatif (Rambaut-z), contrairement à l'usage » des Français, qui écrivent d'une part Rambaut, de l'autre » Marcabru-s Peirol-s. Quant aux noms géographiques an- » nexés aux prénoms, je me suis conformé au vocabulaire » actuel , substituant Orange à Aurengua. On écrit en Alle- » mand, Konrad de Wurzburg et non Wiurzeburc.

» Certaines matières ont été à dessein écartées de mon » cadre , par exemple , l'institution des jeux floraux de » Toulouse , en affinité avec la poésie provençale , bien « qu'en dehors du cycle des torubadours. On nous promet de » nouveaux éclaircissements sur cette célèbre académie , et » j'incline peu aux redites. Quant à l'hypothèse de l'origine » arabe de la poésie provençale , la discussion comporterait » la connaissance des deux littératures. Néanmoins, il appert » clairement, ce semble, que les partisans de l'influence » arabe se sont fourvoyés en n'envisageant qu'une face de la » question, et ont planté un drapeau qui rallie peu de défen- » seurs. »

Eu égard aux biographies, M. Dicz avait par devers lui Baslero, Millot, Papon, Ginguené; c'est assez dire que son livre est le fruit de nouvelles et laborieuses recherches, et n'a guère de commun avec celui de Millot que le sujet.

La grande difficulté est ici, que trop souvent nos poètes ne désignent les personnages que d'une manière fort obscure, ou se contentent d'une imperceptible allusion, suffisante sans doute

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