LA RIME
La Rime se disait rimant aussi rim (maso.) mot que les uns font dériver du latin rhythmus et d'autres avec plus de fondement de l'allemand rîm (numerus). La répartition des rimes en deux genres était connue des troubadours; et vraisemblablement ils nous l'ont léguée. On nommait féminine la rime de deux syllabes et masculine la rime monosyllabique, par allusion peut-être aux formes génériques des adjectifs et des participes (bos bona, arnaiz, arnadaj. Dans l'emploi de la rime on reconnaît les règles suivantes :
Les différentes strophes d'une chanson doivent, à intervalles égaux , rimer au même genre; celte loi revient dans la poésie des au 1res langues, l'espagnol excepté (1). On n'est pas tenu de servir la rime dans la même strophe; on peut se contenter de le faire dans la suivante; mais les vers blancs sont interdits. (2).
(1) Le moine de Montaudon fait rsception. R.IU, 432. Une partie des strophes s'y trouve rimée au masculin, les autres au féminin. Peut-éire entendait-il écrire un desi ort.
(2) Une exception se rencontre dans une romance do Guill. de Poitiers. H. V. 118. Le .V vers n'est servi ui dans la seconde strophe ni dans la suivante. Il y a peut-être faute de copiste, car la rime se retrouve plusloin. — Une pièce de Ilainbautdu Vaipieiras offre un ver* Monc a chaque strophe, le dernier.
Les mots rimant peuvent se répéter dans la même slrophc sans être tenus comme en italien, d'avoir une signification différente, licence reproduite à chaque page. La rime peut-être complétée par deux mots (1).
L'identité littérale des syllabes peut seule constituer la rime; les manuscrits, à la vérité, abondent en rimes inexactes; mais de ces imperfections résultent la plus part du temps des variantes ortographiques d'une lecture erronée; sinon c'est négligence involontaire de Fauteur.
L'emploi de la rime s'étend à tous les genres de poésie; c'est le sine qiia non de la production poétique ; la sixtine est la seule forme qui , strictement parlant, fasse exception. Dans les œuvres de longue baleine, en vers de dix à douze syllabes , une seule et même rime règne dans un grand nombre de vers et parfois d'un bout à l'autre de la pièce; ainsi dans le Thesmtr de Peire de Corbian, la rime est soutenue 840 alexandrins durant. La chanson offre la strophe monorime, mais qui contient rarement audelà de huit vers. (R. III. 51 . 425. IV. 67 — 72. V. 28.
De fait, la rime joue un rôle fort important et fort compliqué dans la poésie provençale. Non-seulement elle enchaîne plusieurs vers, réapparaît au milieu du vers (2),
(1) Par e\. rnlortja nnnjn. \\\. '278. />mn : aissi-m. H. IV. 212.
Notw ne connais*-»!» qu'un exemple «ta ces vers, connus dans la poésie italienne .«otf. !e nom de vr« hri<r-î. peire. Milon. L. 0. 571». Voici la première strophe : Quart hom refera «' cellui folsamen, Qui Pour cT s rv e l'aiiia flnarnen.
Ses traimen = per pie-* deu bom lener De lui ipir d'autre, q>ii vol dir In ver.
P.T'I' 1 '' Car cri, en cui l»»m plus se fl.i. Sert* Ta lia =- pot meils l*om cnjranar, Que rel, de «pii hom *ap qtiC-9 deu jranlar.
( loi )
mais encore assujétit entre elles les différentes strophes, de sorte que les. rimes de la première se reproduisent, dans les suivantes, sans contrevenir à leur arrangement, la pièce entière ne formant ainsi qu'un seul système de rimes. C'est l'un de ces traits caractéristiques si nombreux dans la littérature des troubadours.
Ici se présente une grande variété de combinaisons, nous citerons comme peu usitée : celle où les rimes ne sont pas servies dans la môme strophe, mais simplement dans la suivante (1); le plus souvent elles s'enlacent dès la première sinon toutes, du moins en partie (2).
Enfln leur corrélation strophique se modifie d'après
(1) Bertran de Boni. R- IV, 177. Le chiffre désigne la strophe.
I Esparja
D. Tarja
IH.Barja
Sanc
Bîanc
Estonc
Lare
l'are
Parc
Plomba
Contba
Pon
Ranson
Colon
Jazcr
Aver
Parer
Cens
Conoisscns
Parens
Gesta.
Testa.
Conquesla, etc.
Toules. R. III, 3.