LA CHANSON
Poétiser se disait en provençal trobar, trouver, inventer, ou bien obra, œuvre, et en tant que cette dernière fut destinée à être chantée : chantar y chantaret, chan, (1) ou soncty dénomination qui ne désignait nullement, comme chez les Italiens, un genre spécial de poésie; maïs s'employait d'ordinaire dans son acception naturelle et s'entendait de l'air. Plus souvent on disait sô.
Le nombre de strophes est facultatif. La chanson d'amour
(1) Aimardc Rocaflcha : El an belhs trobars aiiraiz. R. V. 3. Guiraut Riquicr : E Tan Ters e cansns
E d'autres trohars bos. .V*.
Perdipon : Que compliseatz
L'obra c no la desfasnu. 3/«s.
Roninrd de Ventadour : Aquest cantar poira ben esser bos. R . 02. Rerlran de Rom : l'apiol mon chantar
Vai a mi dons coniar. IV, 157.
IVirc Raimon de Toulouse : Farai derenan
Un oou chantaret prezan. III, 12t.
Gaucelm Faidit : E tu mcssatpier
Torial chant leugicr. III, 2*7,
(2; L'acception originaire est*nn et chant, puis manière (k chanter. Rornard de Ventadour Lru rhansonci ad'enicndn- Ab leu *onet rolgra far. W<.
Daudo de l'radcs : En un *onct Rai «• leuffici
Comins canso. I'. 0.86.
cl lesirventes en comprenaient de cinq à sept. On trouve des chansons sans divisions strophiques; d'autres à strophes inégales, disposition néanmoins fort rare (1). Bon nombre possèdent le refrain; dans quelques-unes il est de rigueur, et se représente en règle à la fin de chaque couplet, quelquefois au milieu ou en tête de la chanson (2). Bien qu'on ne la rencontre nulle part, les Provençaux, ce semble, employaient la dénomination refrim. L'invention n'était pas de leur fait, cela va sans dire; car les hymnes d'église, les chansons populaires en faisaient usage; les troubadours l'adoptèrent comme un puissant moyen d'ajouter à l 'effet par la répercussion d'un même accord constituant la tonique, le point central de la chanson. Une nouveauté c'est la/o/yiodb.Raynouart (1 1. 163) traduit rctournelle, parce qu'elle consistait à répéter une
Jauu-cRudel No sap ihantar qui 1 si non di. III. 07. Enfin, par «ri* transition facile Poésie chantée comme le norse vt»a. IVirc Ropier : Baslart, tu vai F. porla-m lai
Mon nom (a mon Tort-n'avcz. III.
t luira ut de Borneil s'exprime le pins clairement :
Un tonel tatz mali.il/ e bo E re nosai de qeal razo. M».
I, 'acception chanson était en rue, c'est ce que prouve razo sujet sur lequel elle doit rouler. Sô ne se rencontre pas dans ce sens.
(1) Les cliansons en une seule strophe sont postérieures au ducort. A la disposition en strophes irréguliércs, appartient une chanson de Guillaume de Sl-Diilier. Eu égrard à la Tonne concordent d'uno part: La première strophe, la troisième et la cinquième; de l'autre, la seconde, la quatrième et la sixième. Remarquez que les rimes féminines des strophes impaires sont reproduites au masculin et avec beaucoup d'art dam les strophes paires. (Voir * l'appendice.)
(2) Dans une poésie de Marcahrun le mot escoutati qui sert de refrain, revient au milieu de chaque strophe. R. V. 2M. Le refrain commence une chanson de Sordel et termine chacune des strophe* suivantes. R. III. 41.
pensée déjà exprimée dans la pièce et même des vers entiers. Les troubadours en usaient modérément; et envoi dans le sens d'apostrophe, d'allocution, nous semble une interprétation plus convenable (1). C'est un court épilogue faisant allusion aux relations personnelles du poète; ce qui eût été déplacé dans le corps de la chanson , ayant trait à celte dernière et s'adressant indifféremment à une tierce personne, à un ami , au Mercure chantant ou à la chanson elle-même. Il y avait plus d'une intention dans l'emploi de la tornada, mais le but par excellence c'était de rendre un discret hommage à la dame à laquelle la pièce était secrètement dédiée, car son nom fictif ou réel y figurait d'ordinaire. D'autres fois, l'envoi contient l'éloge d'un protecteur ou révèle le nom de l'auteur. Souvent on voit suivre immédiatement plusieurs envois. Voici quelques exemples empruntés de préférence àdes chansons d'amour : »Seigneur dauphin, vous agissez si dignement que toutes vos actions doivent plaire aux nobles cœurs. — Ayez merci de moi, avenante belle et noble dame, car Giraudet le Roux se meurt pour vous. III. 14.»
» Pierre Rogier, en toute loyauté, envoie sa chanson à sa dame et la supplie, si elle veut vivre en bonne intelligence avec lui, de l'apprendre par cœur avant Noël. 31 .
« Chanson va trouver Guill. d'Espia; qu'il te chante à ma dame pour lui procurer soulas. 83. »
« Ugonet, courtois messager, chantez ma chanson à la reine des Normands. 88. »
(i) L'expression se rencontre dans H. ?. 309. • El en la lornaïUi el dis II.. l'eul-élrefW servait-on aussi de /en nia Un, COUp. H. III, II. — Les poètes catalans postérieurs emploient également le mot tormuUi et dét idéraem on ne saurait admettre l'interprétation du lexi.pio Hoinan rctournelle et refrain.
« Je vous prie, madame, moi qui suis tellement vôtre que vous pouvez me donner ou me vendre, souvenez-vous de Guillaume Ademar. 195. »
« Hàtez-vous, médisants, vous me venez en aide, vos mensonges m'honorent et la vérité n'est pas connue. 249.»
Remarquons la forme de l'envoi. Très-rarement comprend-il une strophe; d'ordinaire il reproduit la seconde moitié ou la fin, ainsi que les rimes (1).
Rappelons encore un jeu connu des Italiens, le vers emprunte terminant chaque strophe de la chanson. On choisissait le premier vers d'un canson en renommée (2).
(1) Par n. Arnamde Mameit
Dernière strophe : Isgernida Estai
Aizir Soi
Languir
Solax 1* r envoi solaiz Vos vos 2<- envol chansos
OI)liilo4 nliliJiK pro«.
Dam les d'nmor, on trouve la réjrle : Cascuna lornada deu essor del compas île U Meytal «le la cobla derriora ras la H. Lcx. Rom. 9
ÇSJ Xou« ne connai--ons qu'un exemple dans le moine de Foiitaa, I,. 0. 107. Sir. 1.
D • m'a lone temp* menai a puiza daura
Ma bon' amors, quo fai nan« sobrovens .
Mas lo périls m'a^rav' « me daura
Lo bon esper, qu'ai en vosfermamen*,
En eni amar es lermslotx mos ralens :
o TaisM' ni'an près de vos, qu'es blonde- saura,
l.a* grnn beutatt < 'l fU cnf nham n*.
C« dernier ver' appartient â un canson .l'Arnaut de Manieil.