‹ La poésie des troubadoursChapitre 22 sur 60 · IV. Parron Color Paor Yen · texte numérisé non relu

IV. Parron Color Paor Yen

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répéter le dernier mot ou le dernier vers d'une strophe au commencement de la suivante.

j Considérer ce riche emploi de la rime, comme un raf - II finement qui tende à eniraver la conception poétique, ce | serait juger la question sur le terrain d'une langue étrangère. Le provençal possède de nombreuses séries de j rimes qui comptent à leur tour une surabondante quantité de mots. Les mieux dotées sont les masculines; car par la méthode de la syncope, des mots latins à syllabes dissonantes, finissent par se résoudre en une seule et même forme; amath y amatus, amate, donnent arnatz. La rime réunissant les diverses strophes d une pièce offre le double avantage d'aider à la mémoire par la concordance des sons et de produire une harmonie agréable à l'oreille. Elle ajoute aux difficultés de l'art, mais une forme ardue en tant qu'elle ne soit pas un jeu vide de sens, stimule l'inspiration poétique à s'enrendre maître; l'entraîne dansunesorte de lutte corpsàcorps dontle prix est pourlepoète d'atteindre à la noblessede l'expression. Il ne s'agit point ici de ces puérilités transcendantes et vides de sens qui surgissent à l'époque de la décadence de l'art poétique, mais qui ne sauraient abuser longtemps la critique d'une époque mémo inexpérimentée; car elle finira toujours par chercher le noyau sous l'écorce.

Il faut encore tenir compte des jeux de mots et des jeux de rimes. Bien que les meilleurs troubadours se les permettent quelquefois; en somme ils en sont restés sobres. La poésie latine claustrale les prodiguait à satiété et les poussait à outrance. La poésie artistique provençale n'eu rendit qu'un faible écho, ainsi elle ignore l'acrostiche. La rime ardue et soutenue pendant toute la pièce scren-

contre, comme nous l'avons fait observer chez bon nombre de poètes. Arnaut Daniel surtout paraît l'affectionner et lappelle caras rimas, rimes chères ou rares. Rambaut de Vaqueiras nous dit avoir besoin de telles rimes pour exprimer la sombre disposition de son humeur (1). Un canson à rimes ardues d'Elias Cairel offre une rime brisée (2). Des mots modifiés pour servir la rime, ne sont pas sans exemple (3).

Nous citerons pour mémoire quelques jeux de rimes, véritables puérilités. L'on plie alternativement plusieurs mots à diverses formes de rimes; ou bien, l'on fait succéder les composés d'un motassujétis à la même rime (4). Nous rencontrons, et c'est dans le gentil Bernard de Vantadour, une strophe qui reproduit les cinq voyelles dans leur ordre naturel (5). Ailleurs c'est une manière d'alli-

(1) Ar toi bru escur trebol sel, Don per Taier real'e giscle E plou e chai oeus e gibres El soleils, qu'en cauu e seex , Et sa ca\or$ leïms eflaca. . .

Pcrqu'ieu cïiantarai alques grams. Mi.

(2) Ses aien —

Dre guarimen. M». « Krcg ni ncu. »

(3) Ex. R. DL 17. Grazia (grazida). Voyci l'appendice à la grammaire do Raynouard.

(4)Ex.lU.SK

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