‹ La poésie des troubadoursChapitre 40 sur 60 · POÉSIES SCIENTIFIQUES · texte numérisé non relu

POÉSIES SCIENTIFIQUES

I. Le bréviaire d'amour, par Matfre Ermenguau , moine à Béziers, en vers de huit syllabes. Malgré ce titre bizarre, ce n'est rien moins qu'une encyclopédie des connaissances de l'époque, entreprise, comme l'auteur nous lapprend dans sa préface, en 1288. Après avoir établi la distinction entre l'amour terrestre et divin, c'est-à-dire l'amour du créateur ou celui des créatures, expliqué eo prose l'arbre de l'amour, il entame un vaste traité qui comprend les sujets suivants: la sphère de Dieu, l'existence de Dieu, la cour céleste, la nature des démons, leurs noms, leur demeure, leur pouvoir sur la race humaine; le premier homme abandonné de Dieu, et pourquoi. — Description physique du monde; le firmament, les corps animés, les éléments. A propos de la terre il nous entretient des vertus des pierres précieuses, puis des seize vents, des nuages , des saisons, des six âges du monde, des propriétés et de la nature des plantes et des arbres , des oiseaux, des poissons, des animaux (carnivores). Il en vient à l'homme. Sa physiologie, histoire du genre bumain, philosophie morale, droit naturel, droit des gens; dogmes religieux , histoire de l'église, formules de prières pour toutes les situations de Ja \ie; les différentes con-

dirions sociales ; empereurs, rois et princes, seigneurs, bannerets et châtelains, chevaliers et autres gens de guerre; avoca^ médecins, bourgeois, marchands, conseillers, curateurs, professeurs, journaliers, ouvriers, manœuvres, hôteliers, etc.; histoire du Christ, vie de Saint-André. — Considérations sur l'amour entre les deux sexes , qu'il appelle amour naturel; l'auteur cherche à nous prémunir contre les dangers de cettepassion,etles pièges du démon. Un traité du véritable amour, où sont citées conlradictoirement les opinions des troubadours. Il envisage enûn l'amour entre les parents et leurs enfants ; et l'éducation de ces derniers termine cette vaste composition. — Ce sommaire analytique peut donner l'idée des matières contenues dans les manuels rimés des gros bonnets de la science. Le bréviaire d'amour ne contient pas moins de 27,000 vers et remplit un in-folio coté 7227. La bibliothèque du roi possède une autre copie, leçon incomplète. N.° 7619. (1).

IL Le trésor de maître Pierre de Corbian , en 840 alexandrins monorimes. Ce coffre -fort de la science contemporaine ne contient guère cependant que rénumération des connaissances dont l'auteur orna sa mé-

(!) Début. Watfïcs f-ssonlia los ayma<lors c'Is trobadors. Aysi conunensa lo breriatï d'amors : do Dieu nostre senhor, E no solamen sers d'amor,

Qw.-z es Ions e payro d'amor, Mas do tôt tlzel ajmador,

E'z es cencs comrooussamcnt, En l'an, que-x on» ses lalhcnsa

Esses Q sera eisbarnent, Coœptava de la

E l'cscriptnra per ayso De Jhesu Crist miel e dnzens

0| 0, U dianta Mil tes mays ces

Que-r es susUntia, imitai, Domentre, qu'aïs no laiia,

Et en persona trinitat. Cornent" lo prunier dia

Matfrcs Ennenguau de Bezers, De primnvera sus i'albor

benlicr en lyeys a d'amor cers Aqucsi bruviari d'amor. M*. 7'227.

moire. Toute science et parlant la sienne émane de la divinité. Dieu créa d'abord les dix ordres des anges; les quatre éléments; c'est-à-dire le ciel, l'air, la ^re et l'eau. La terre est ronde et immobile. Diea créa ensuite le dimanche et les autres jours de la semaine ; enfln l'homme. Suit une esquisse de l'histoire de la religion, quelques notions sur les sept arts libéraux que notre poète possède au complet. Il s'étend particulièrement sur la musique et se dit versé dans la méthode de Guittone et Boècc ; il connaît d'ailleurs la géographie, l'astronomie, le calendrier, la médecine, la chronologie, la mytholo£i"e,rhistoire (c'est-à-dire, l'histoire fabuleuse d'après les romans) sans parler de la nécromancie, de la géomancie et de la science augurale (l). Spécimen dans Raynouard. V. 310. - 312. L. R. 515. -537.

III. La conversion de V hérétique. Las novas del heretje; attribuée à Jzarn moine dominicain et inquisiteur, contient environ 800 alexandrins, à longues pé-

(I) De nipromanc ia apriz totz îos encantamens,

.Mais d« proinantia (lisez geomaneia) suitou les espcriincns,

Las sorti e las espéras et los desviamcns,

E île las XV cans los XV pnmhaiDens,

catre ouata ta iiom poions prlmtenuams,

E rai n'om aiitras llll, d*a<pielas en talent,

K las VIII ne Tan IV cal» ins (?) en eslreiJjens,

Las flll ne fan iloas, las doas un'aissamens,

K pueis rcmanon XV tolz escaridamens

Mais las XII ne fan testtruoniarnens,

K las très sotirans respondon als querens,

F. si ni vuelb enireniclrc. sai pron d'aramens

DYnconlre de demandas, e dels auzels prenetis,

Los désires u'is senesires, los anans els venens,

D'albanel, do pavanh, d'autras auzels ferons,

Del corp c do la grallia los tridans, los taceus.

rioJcs monorimes. C'est une argumcnlion théologique entre l'auteur et un évéque albigeois, qui n'est pas sans importance pour l'histoire de l'église, en ce qu'elle met en lumière sinon le véritable esprit de la secte albigeoise, du moins la manière dont on procédait à les convertir. Voyez les citations dans Raynouard (V. 228-23 fc), et la traduction dans l'hist. litt. d. troub. (II. 43-77.)

IV. Sur la chasse au vol, par Daudcs de Prades, écrit en vers de huit syllabes, au nombre d'environ 3,600. C'est un traité de l'art de la fauconnerie, à savoir de la connaissance des oiseaux, de leur éducation, de leur nourriture, comme aussi de leurs maladies et des moyens de les guérir. Un extrait étendu se trouve dans Raynouard (V. 426-131).

V. Instruction aux jongleurs, par Guiraut de Cabreira, dans la forme lyrique. Le commencement dans Raynouard (V.167).

VI. Instruction aux jongleurs, par Guiraut de Calanson, dans la forme lyrique, postérieure à l'œuvre précédente; car l'auteur s'autorise d'un devancier du nom de Guiraut, évidemment Guiraut de Cabrcira. Nous avons emprunté, dans le cours de notre travail, plusieurs citations à ces deux traités, précieux documents pour l'histoire delà poésie (l).

(1) Fadtt joglar, Co pou pensar So que es greu per cyssarnir , Cades te do Sirvciucs bo, C'omno'l te puesca desinentir.

E gardais mou Be iras que I0U l»e sots. qu'En Gr. les escrir; No sai lo cart Mas Cuna pan Vo-n dirai segoo mon aJbir. Ht.

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