‹ La poésie des troubadoursChapitre 41 sur 60 · POÉSIES MORALES · texte numérisé non relu

POÉSIES MORALES

Nous comprenons sous cctlc dénomination les poésies qui ont pour objet les bonnes mœurs, les convenances sociales telles que traités moraux, exhortations, maximes en vers, préceptes sur la manière de bien vivre, le tout élaboré sous forme de lettres ou de nouvelles. Voici les plus remarquables. -»

I. Fragment de la vie de Boèce> par un anonyme, en vers de dix à onze syllabes, à longues périodes monorimes, parfois à simple assonnance. Le manuscrit qui nous a conservé ce vénérable spécimen du vieux langage roman faisait partie, avant la révolution, de la célèbre bibliothèque de l'abbaye de Fleury. L'abbé Lebeuf Ta cité le premier, en observant que l'écriture appartenait au XI. 0 siècle, mais que l'œuvre remontait plus haut. Les fragments produits par ce profond linguiste servirent de texte à maintes hypothèses : Raynouard retrouva le Ms. dans la bibliothèque d'Orléans, et, après mùr examen, assigna la fin du X siècle comme l'époque la plus récente de sa composition. De fait, la rudesse du style, la forme grossière et indécise de certaines locutions (1)

(1) Voici d'anciennes formes, cpa. cp*a en» «««n (au lieu d'en, cissa eissamen) smlc**ma (mcismO yaUjrc (ijmrrj ron>* (cors) régie ( eie) inalajitcs (mnlautz) ciplatz (ciutolz) ntnna (ania) «uni (son) duni (don) ultra (ohm) dune (donc). On n« .«aurai! méconnaître l'affinité arec la lan^uo-mère. On rciiconlro raômo des mois qui manquent au vocabulaire des »roul«adour« ! qwtmiw la», quamdiu, yiandi, lat londidus. fremna lat. fîmbria.

nous autorisent à reculer ce fragment au moins un siècle en arrière du comte de Poitiers, et n'était la légende de sainte Eulalie, à le déclarer le plus ancien monument des langues romanes. Eu égard à la forme métrique, on remarquera l'effort du poète vers la double hémistiche, la rime, soutenue durant des périodes plus au moins longues et se perdant souvent en assonnanec (1). L'extrait, qui comprend 257 vers, a été publié par Raynouard avec le plus grand soin et illustré d'une traduction interlinéairc.

II. Leçons de la sagesse, d'Arnaul de Marucil ; imprimé dans Raynouard (IV. 5. 405-418).

III. Principes mêlés de morale, par Bertrand Carboncl de Marseille, en 70 strophes. L'auteur commence par inviter ses lecteurs à ne pas l'imiter, s'il prêche le bien sans prêcher l'exemple; car il en est de lui comme de ces joueurs, meilleurs conseillers que praticiens, et à tout prendre on ne doit même pas dédaigner les sages admonestations d'un fou (2).

(I) Cals es la schala, de que sun li degra?

Faii sun d'almosna, c le o eariuit, Contra relnia smu (ait de gran bontat, Contra perjuri do bona feeltat, Contr' avaricia sun fait de larpeiat, Contra trislicia «un Tait U'alcgrctat, Contra lucxuria sun fait de casiitat.

Contra supprbia sun fait d'umilitai.

(2) Commencement: Aiso so coblas triadaz esparsas d'En Dertran Carbonel de Marceîba ;

Sïeu die lo ben, , Et hom no'l me vo (vol) Tairo.

Ncpus per so a mal iar no Vemprcnb.

Oue icu o ras en aisi co'l jogaire, Quo assau mielbs «pie non joga n'ensenha. i»us fols be (ditt), nol deu bom mem proxar.

IV. Le même sujet traité par Guiraut Del Olivier d'Arles, illustré de passages des troubadours et de textes de l'écriture sainte. 70 strophes (1).

V. Sur la diminution du nombre des protecteurs de la poésie, par Peire Ramon Vidal de Bézaudun, en forme de récit, comprenant 1850 vers, et cité plus haut. L'hist. litt. d. troub. et Raynouard attribuent cette production au célèbre Peire Vidal. Mais outre que le Ms. 2701 nomme Ramon Vidal comme son auteur, il y a double coïncidence en faveur de l'identité de ce dernier. Bézaudun était sa ville natale, et le poète nous l'indique comme sa résidence (2). En second lieu, l'œuvre en son entier révèle la manière de Ramon; aussi abonde-t-elle en citations empruntées aux troubadours. Fragments R. V. 342-348.

VI. Règles de vie, rédigées pour un jongleur et sur sa demande, par Nat de Mons, d'environ 1,500 vers, sans intérêt pour l'histoire de la poésie (3); en plus, du même

Qti'el profieg es d'aquel qu'el sap gardar,

Ja sin so que al fblb pro non tonna.

Bon es d'auzir ab c'orn lo ben retenba. A/<

(1) Escricb truep on un nosir'actor f.'om pot ben camjar per melhor.

El pros coms Ramon de Toloza Dis una paraula ginhoza.

Que retrairai per so que no s'obliu, etc. Ms. (2) Commencement : Abril issic, mays intrava

E cascus dels auzels ebantara. . . Sovcwn que fon mati adonex

(5) Commencement : E " " plassa dc Beiaui,un ' elc -

Sitôt non es enquist, ^ DOna j 0g | ar ja

Lai on joven es vist, . E t | cgran maestria

Gran sen be s'endeve , SdMn et entnndotz

Coin jove er en be s'en es a mi vénaux,

Cono'uscn e membratz Q,,' e | rosselh e rensenlt.

E jent acocelbatz. . . c 0 „i ^ ca j captenh

Un joglar cabalos se poira rar el mon

Mais graor, etc. W#

auteur, une pièce sur la corruption du morale, comprenant au-delà de 600 vers (1). — Uoc lettre à AlphonseX, roi de Castille, d'environ 2,000 vers, où il est, entre autres choses, question de l'influence des astres sur les destinées humaines et en plus la réponse du prince, qui pourrait bien être du fait de l'auteur (2). Deux courtes lettres à Jayme I er , roi d'Aragon, comme la précédente, sur des matières de morale (3).

VIL Contre les abus du monde, par Folquct de Lunel, d'environ 500 vers, à rimes astreintes, employées avec art, composé en 1284 (4).

VIII. Une sorte de Miroir de la noblesse, ou règles de vie pour les nobles, par Arnaut de Marsan, d'environ 600 vers et en forme de récit. Raynouard produit quelques extraits de cette pièce, contenant de précieuses indications pour l'histoire des mœurs (II, 301. 306. 308. V. 41-44).

IX. Deux enseignements du même genre, l'un dédié à une demoiselle, l'autre à un noble jouvencel, par Ama-

(1) Coi». : Si.N'ai do Mons a gues

Scuhcr que conogues. Mi,

Al bon rcy de Castela N-Anfos, car se capdela Ab valorcabalora.

Al noble rcy Aragone*

Franc e ralen, sert o cor tes. Xs.

E nom dol Paire ploi io>.

Quc-na fonuet a sa Ugui a , D'aquel se uber qu'es poderos

De tôt cani es per drccbui m, Fui uii dccbal, qu'es cars c bos

>aiz do Mons de Tbolosa

Senhoriva Lauzor

Ab creissemen d onor. - Us.

La seconde

Al bon rey senher d'.\ras:o Noble de preu e de raio — Us.

D atuir u sels, on s'a un •'•

Fin

Eu leucarnassio fon fan De II, CC LXXX.

«.air'el roraaus, cic. A/<

meu des E Sfas , C n forme de nouvelle, comme la pièce précédente, et non moins utile à consulter pour l'histoire des mœurs. Spécimen dans Raynouard (IL 263-271).

X. Le libre de Senequa, nullement emprunté aux écrits du philosophe romain. L. R. T. I. 538-548.

XL Les quatre vertus cardinales, par un troubadour bien connu, Daudes de Prades. L. R. T. I. 563-570.

XII. Plusieurs compositions de Guiraut Riquier. La supplication à propos du nom de jongleur, produit dans notre première partie. — Eloge de la vicomtesse de Vaqueira (1). — Plusieurs traités sur des matières de morale (2). — Lettres de même contenu, adressées au protecteur du poète, le vicomte Amalric de Narbonne (3).

d) AUo foGr. Riquier do Na Vaqucira l'an M. CC. L. Vlll.

Qui a son ci i

E /'arai lauzor vertadeyra Del vescontessa Na Vaqucira . — Ms.

(2) Us contiennent ensemble plus de 2000 vers et commencent ;

t- Qui coaois et enteu

E vol saber eaen- 2. Per re non pueac estar Va jora deu consirar — 5# Si-m fos saber graziu Tan com es abelitz —

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