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La poésie devant la Bible

Obligé, par ma santé, de renoncer aux travaux du Palais, j'ai cherché un genre d'occupation qui me fût agréable et pût être utile aux autres. Je crois l'avoir trouvé dans la composition de cet ouvrage.

Montrer l'histoire revêtue des ornements de la poésie, ramener la fantaisie poétique, si ce n'est à l'exactitude "historique, du moins au respect de l'histoire, c'est là le but que je me suis proposé. Je me suis livré avec plaisir à la lecture des poèmes et des drames qui ont traité des sujets tirés de l'Histoire sainte et j'ai voulu, dans une matière si grave, prémunir la jeunesse et même l'âge plus avancé contre les erreurs où les écarts de quelques fantaisistes pourraient les entraîner. J'ai recueilli et j'ai cité avec empressement des exemples contraires de noblesse et de convenance dans les œuvres poétiques qui font le plus d'honneur à la littérature. Enfin, je me suis conformé, autant que je l'ai pu, à un goût légitime de notre époque, en rapprochant des poètes français les poètes étrangers qui ont exploité cette mine si riche des sujets bibliques.

Par là, j'ai fourni, je crois, sans que ce fût mon dessein

principal, des pièces nouvelles et importantes à la comparaison des littératures des diverses nations, des divers genres et des divers âges. La muse latine se présentera près des muses française, italienne, anglaise, espagnole, allemande. On verra la Création, du Tasse, celle de Milton, celle de Madame du Boccage, celle de Lamartine ; — les scènes du Déluge de Zorrilla, de Drayton, de Bodmer, d'Alfred de Vigny ; — la Mort d'Abel, de Métastase, celle de Gilbert et celle de Legouvé. L'épopée, le drame, l'ode se partageront la naissance, la vie, la mort de Moïse. Ainsi des autres sujets. Je crois surtout pouvoir signaler comme des curiosités littéraires quelques scènes de Caldéron et de Lope de Véga tout à fait inédites pour ceux qui ne connaissent pas la langue espagnole, même pour beaucoup de ceux qui connaissent cette langue, et quelques passages de Y Aman de Naogéorgus comparés à certains morceaux de YEsther de Racine.

Je n'ai pas éprouvé d'ennui dans ces longues et minutieuses recherches, pour lesquelles j'ai été secondé par la complaisance infatigable de MM. les conservateurs de nos principales bibliothèques, LeNormant, Magnin et beaucoup d'autres. J'ai été soutenu dans mon travail par mon goût pour les poètes, par mon admiration pour la Bible et par l'espérance d'ouvrir à mon pays un nouvel inventaire de richesses littéraires. Si je ne me suis fait illusion, c'est ici un nouveau genre de critique qui peut s'étendre soit au Nouveau-Testament, soit à l'histoire ancienne, soit à l'histoire nationale.

Du reste, je n'ai examiné aucun ouvrage français antérieur au temps où les règles de la langue et de la versification ont été généralement observées. Il m'a semblé que cet examen, bon tout au plus pour les archéologues, serait une fatigue pour la plupart des lecteurs condamnés à traduire du gaulois

en français. Mais les tragédies latines modernes, représentées dans les collèges et dont j'ai donné l'analyse, montreront suffisamment quels étaient les personnages grossiers, les traits inconvenants et les pointes déplacées qui n'ont plus reparu depuis les attaques de Molière et de Boileau.

Au point de vue littéraire, je donne mes jugements, selon l'expression de Montaigne, non comme bons, mais comme miens ; je n'ai voulu consulter aucun critique avant d'avoir exprimé mes propres sentiments. Libre à chacun de les modifier et de juger si j'ai été trop sévère : mais la louange n'a de prix que si elle est accompagnée d'une sévérité habituelle.

Pour plus de brièveté, j'ai marqué par des lettres italiques, les traits que j'ai jugés contraires au bon goût, à la convenance, à l'harmonie du style. Je m'en suis fié à la sagacité du lecteur, je me suis souvenu du mot de Rivarol : Au goût, il ne faut qu'un coup d'œil pour décider son suffrage ou sa répugnance.

J'ai beaucoup cité, j'ai beaucoup traduit : ce procédé n'est pas le plus brillant, mais souvent il va mieux à son but que les analyses. On a beau donner le signalement d'un homme : montrez-le moi, dit celui qui veut le connaître.

Pour la traduction de la Bible, j'ai suivi partout la version de M. de Genoude. Dans les traductions inédites, j'ai risqué quelques vers français pour lesquels je demande l'indulgence.

Il ne me reste plus qu'à dire au lecteur : Lisez et jugez. Ce doit être la fin de toute préface.

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