TRAGÉDIE EN CINQ ACTES, DE L'ABBÉ GENEST
Cette tragédie médiocre ne sera mentionnée ici que pour rappeler la prodigieuse influence du talent de la lecture sur le succès d'un ouvrage.
L'abbé Genest a certainement très-peu tiré parti de l'histoire si belle et si touchante, de Joseph. Cependant, il paraît que cet ouvrage, lu par M. de Malézieu, réussit merveilleusement à la cour de la duchesse du Maine. Voici comment M. de Malézieu lui-même rend compte de l'impression qu'il produisit sur le grand Condé : a Je crois entendre encore monseigneur le prince votre père (M. de Malézieu parle à la duchesse du Maine) , le jour que j'eus l'honneur de lui lire Joseph pour la première fois en présence de Votre Altesse Sérénissime. Je m'imagine., disait ce grand prince, être à la cour de Pharaon : Je vois arriver les enfants de Jacob; ils parlent comme ils doivent; Joseph a tous les sentiments qu'il doit avoir, et c'est sans doute la noble simplicité de cette histoire et la peinture vive et naturelle de la tendresse de Joseph pour toute sa famille, qui me remue si fortement les entrailles. L'abbé Genest a eu l'adresse de suspendre la grande reconnaissance... Rien n'est
si beau, ni si conforme à la raison ; il faudrait, poursuivit-il (le prince de Condé), n'être ni tils, ni père, ni homme, pour n'être pas touché vivement de la beau téde cet ouvrage, et j'aurais bien mauvaise opinion du cœur des personnes qui assisteraient à cette lecture sans y pleurer autant que moi. Vous savez en effet , Madame , qu'il sanglota depuis le commencement jusqu'à la fin, et qu'il m'ordonna plus d'une fois de suspendre la lecture, parce, disait-il, qu'il se sentait étouffé. »
Il n'est pas moins vrai que le plan de l'abbé Genest est très-commun, et que sa versification est lâche et prosaïque ; mais le talent de M. de Malézieu était électrique. On rapporte que lorsqu'il déclamait ses explications d'Eschyle ou de Sophocle, il y mettait tant de pathétique et de force, qu'on éprouvait autant d'émotion qu'à la représentation des meilleures tragédies françaises jouées par les meilleurs acteurs.
Le grand Racine produisait le même effet dans les mêmes lectures.
« Je me souviens, dit M. de Valincourt dans une lettre adressée à l'abbé d'Olivet, je me souviens qu'étant un jour à Auteuil, chez Despréaux, avec M. Nicole et quelques autres amis d'un mérite distingué, nous mîmes Racine sur Y Œdipe de Sophocle. 11 nous le récita tout entier, le traduisant sur-le-champ, et il
s'émut à un tel point que, tout ce que nous étions d'auditeurs, nous éprouvâmes tous les sentiments de terreur et de compassion sur quoi roule cette tragédie. J'ai vu nos meilleurs acteurs sur le théâtre ; j'ai entendu nos meilleures pièces, mais jamais rien n'approcha du trouble où me jeta ce récit, et, au moment même que je vous écris, je m'imagine encore voir Racine,, son livre à la main, et nous tous consternés autour de lui. d
JOSEPH
uhame sacué, D* APOSTOLO-ZE N O.
PDBUÉ EN 1735.
Dans le Joseph d'Apostolo-Zéno qui, du reste, emprunte à l'Écriture tout son mouvement et toute sa vie, le rôle de Benjamin a une grâce particulière. La langue italienne prête aux paroles de cet enfant son moelleux idiome. Quand Benjamin aborde Joseph, celui-ci l'appelle son fils. Benjamin répond : « Tu m'appelles ton fils, tu me regardes, et dans tes yeux il me semble voir je ne sais quoi de paternel. Oui, je veux t' appeler mon père et mon seigneur. Mais le regard d'un père ne me suffit pas, si ton cœur n'en a pas les sentiments. »
Et plus tard, quand Joseph le traite avec une appa-
rente rigueur, parce qu'il est accusé d'avoir volé la coupe d'or du ministre, Benjamin reprend en suppliant :
« Grâce, grâce! Hélas! il ne m'écoute pas Ce
n'est pas moi... Il ne me regarde pas... Au nom de mon père... Il soupire... Au nom de mon père mourant. En me donnant ton premier baiser tu m'as appelé ton fils... Vois- moi, entends-moi... je suis toujours le même... Ton cœur seul a changé.
JOSEPH
POEME LàTIN, DE FRACASTOR, TERMINÉ PAB LUVICIN1.