LES UNS
« Celui qui (lit le plus dit le moins.
LES AUTRES
« Elle a péché comme tout le monde, elle se vante hors de propos.
LES AUTRES
« Non, non. (1) »
11 a fallu, sans doute, un certain art pour encadrer cette action dans des vers faciles et rapides ; mais nous pouvons encore bien moius souffrir le diable jouant à des jeux d'esprit, que le diable hurlant dont se plaignait Boileau.
Et puis ces personnages, les uns purement allégoriques, comme la Bouté et la Chasteté, les autres allégoriques et déguisés comme le Démon, l'Avarice et l'Impureté! Le Démon, qui a commis la première faute au jeu et la première faute dans le monde! L'Avarice, qui donne ses aliments pour gage ! Tout cela suppose, il est vrai, des spectateurs d'une oreille et d'un esprit exercés, mais d'un goût peu délicat et encore peu formé.
Au dénouement, David veut immoler Nabal; Abigaïl intercède pour lui. Nabal est le monde qu'Abigaïl (la Vierge) veut sauver; David se rend aux prières d'Abigaïl. Tout cela ne paraît ni bien orthodoxe
(1) Traduction inédite.
ni bien conforme à la Bible historique. Je n'ai jamais entendu dire qu'Abigaïl, qui avait épousé Nabal et ensuite David, fût la figure de la sainte Vierge.
Voici, du reste, comment Galdéron justifie ses autos :
o On s'ennuiera peut-être, dit-il, de voir dans ces autos les mêmes personnages reproduits, comme la Foi, la Grâce, la Nature, le Judaïsme, le Paganisme, etc. Je résous cette objection, ou je m'efforce de la résoudre, en faisant observer que, pour un même but, il y a nécessité d'employer les mêmes moyens ; d'ailleurs, ces mêmes moyens tant de fois répétés forment des plans différents et des arguments particuliers, à l'imitation de la nature, d'autant plus admirable, qu'avec les mêmes traits elle produit tant de figures différentes.
<r On trouvera quelques passages de ces autos assez fades. Le papier ne peut rendre ni les effets sonores de la musique ni l'appareil des décorations. Il faudrait avoir dans la pensée l'arrangement du théâtre, et, sans s'arrêter à ce qui devrait être, considérer que le même sujet doit être mis à la portée du peuple et de la scène. (1) »
Ce n'est pas une excuse suffisante. Faire de l'esprit sur la Bible sera toujours intolérable.
(1) Traduction inédite.
JONATHAS
TRAGÉDIE TIBÉE DE L'ÉCRITURE-SAINTE, PAR DUCHÉ, DE L'ACADÉMIE ROYALE DES INSCRIPTIONS.
La Harpe a été bien sévère quand il a dit que ce Jonathas ne valait rien du tout. Il est vrai que cette tragédie est vide et que le sujet n'a pas suffi même à remplir trois actes ; mais le style est, en général, harmonieux, clair et précis.
Nous en donnerons pour exemple ce morceau d'un des chœurs. Jonathas est menacé de la mort; Michol, sa sœur, et les jeunes Israélites, prient pour détourner la colère du ciel :
michol, chante.
Dieu de Jacob, apaise ta colère,
Écoute la voix de mes pleurs.
Tremblante pour les jours d'un frère, Je viens t'offrir ma vie et mes douleurs.
Nous sera-t-il toujours sévère?
Dieu de Jacob, apaise ta colère,
Écoute la voix de mes pleurs.
Prêt à lancer la foudre, arrête et considère
Qu'une nation étrangère
Va triompher de nos malheurs.
Dieu de Jacob, apaise ta colère,
Écoute la voix, de mes pleurs,