ANTISTROPHE
Mais bientôt, quand j'examine de près le sort de l'homme et les jeux aveugles de la Fortune, la marche incertaine de notre destin; quand je vois le crime impuni, la vertu outragée, les méchants comblés de biens et d'honneurs, les bons opprimés et sans défense, mon âme est accablée et doute presque de la toute-puissance des dieux. Loin de moi cependant cette pensée ! je croirai plutôt à la folie de l'homme qu'à l'injustice des dieux. Leurs desseins sont souvent cachés, mais toujours remplis de justice.»
Je fais peu de cas de la Penthésilée de Szymonowicz : ce n'est qu'une imitation de Quintus de Smyrne, imitation malheureuse, à mon sens, où l'on ne peut guère relever que les bravades de la jeune Amazone, les discours interminables d'Enée et les lamentations de la nourrice d'Astyanax. Les chœurs, vulgaires de pensée et de style, s'élèvent à peine au-dessus du dialogue. Il faut cependant reconnaître une certaine beauté dans les vers où Andromaque déplore la mort d'Hector et lui promet un vengeur dans son fils, bien que tout ce passage soit plutôt l'œuvre de Quintus que celle de Szymonowicz. Sur un autre point, on ne saurait être trop sévère : on sait avec quelle simplicité vraiment homérique Quintus de Smyrne avait dépeint les derniers moments de Penthésilée, sa chasteté virginale au moment où elle tombe blessée du haut de son cheval, enfin l'emportement et la fureur d'Achille subitement changés en regret et en douleur, lorsqu'il contemple, avec une admiration mêlée d'amour, la beauté de la jeune guerrière qu'il vient de tuer. Pour sentir l'insuffisance de l'imitation de Szymonowicz, il suffit de lire les plaintes qu'il met dans la bouche d'Achille :
« 0 vierge infortunée ! quelle funeste ardeur t'a poussée au milieu des guerriers et des combats ? Mieux eût valu pour toi devenir une mère de famille respectée et peupler ton foyer ! »
Qui croirait, en lisant ces vers, qu'Achille ait jamais brûlé d'amour pour la guerrière qu'il vient de tuer?
Je me bornerai à mentionner la pièce intitulée Hercule de Prodicus : on n'y trouve rien qui ne soit emprunté à Xénophon; il est vrai que la traduction est élégante. Le style mérite également de grands éloges dans le Prophète Joël; mais comment pardonner à Szymonowicz, assez audacieux pour essayer la traduction de la Bible, d'avoir, en quelque sorte, noyé dans plusieurs centaines de vers une prophétie très-courte et sublime par sa brièveté même? '
Le style de Szymonowicz est généralement facile, orné d'ingénieuses comparaisons et de belles figures; les vers sont bien faits et d'un latin très-pur. Cependant, on peut relever des longueurs, quelquefois des lieux communs et surtout un abus extrême de l'imitation. En somme, il faut le considérer comme un auteur moins inspiré qu'érudit, dont le style vaut mieux que les idées et qui écrit en rhéteur plutôt qu'en poète (1).
Juste Lipse avait raison de dire que, de son temps, « les poètes pullulaient comme des abeilles. » Le mot était vrai surtout en Pologne : vers la fin du xvie siècle et le commencement du xvn% époque à laquelle le signe d'une bonne éducation était de savoir écrire et parler latin, on rencontrait de toutes parts en Pologne des auteurs de vers latins, de rangs et de mérites fort divers, embrassant dans leurs ouvrages tous les sujets imaginables. Il suffira de nommer les principaux : le philosophe Jean de Glogow, le théologien Opatowski, l'astronome Copernic (2); les historiens Cromer, Bielski et Sarnicki ; parmi les diplomates, Hoziusz, Reszka et Solikowski; parmi les médecins, Sixtus, Erasme de Lublin, Zimmermann, Oczko et Strus; parmi les jurisconsultes, Przyluski, Podkanski, Zawadzki, Tucholczyck; le grammairien Ursinus; le mathématicien Broski; le grand-général Zamoyski ; un des plus célèbres poètes polonais, Zbylitowski, et bien d'autres qu'il serait trop long d'énumérer.
(1) Soit illusion de l'amitié, soit flatterie, voici le jugement vraiment étrange que Juste Lipse porte sur Szymonowicz, dans une de ses lettres : « Pour moi, mon cher Szymonowicz, s'il faut parler d'amitié, je me crois assez payé de mes travaux, si j'obtiens l'affection de pareils hommes, c'est-à-dire des hommes de science et de vertu, au premier rang desquels je te place. Si la gloire, répandue même ici, nem'avait depuis longtemps appris ce que tu vaux, a lui seul, ton poëme sur les Portraits de la diète de Zamosc me l'aurait sûrement révélé, tant il est savant, nourri d'antiquité, harmonieux, tant j'y retrouve levers, la phrase de Catulle et de tous mes vieux auteurs I Courage! je t'affirme que, dans toute l'Europe, où cependant les poètes pullulent comme des abeilles, on compte, a mon avis du moins, peu d'auteurs capables d'écrire de la sorte. »
(2) Il écrivit un poëme intitulé les Sept Astres et composé de sept odes de sept strophes chacune. Selon Wiszniewslri, Copernic aurait choisi ce nombre à dessein : les anciens ne connaissaient, en effet, que quarante-huit astres; le poëme comptait donc autantde strophes qu'il y avait d'astres, plus une. Le sujet de ce poëme reigieux . était la vie du Christ : dans la première ode étaient rapportées les prophéties; dans la seconde, les vœui des patriarches; la troisième contenait le récit de la nativité , Ja quatrième, celui de (('adoration des mages, et ainsi de suite.
Un seul, Sarbiewski, mérite une place à part. Il a été surnommé V Horace polonais, et l'on peut presque dire qu'il le méritait, si l'on ne considère Horace que comme poëte lyrique, sans tenir compte de ses œuvres les plus célèbres, de ses Satires et de ses inimitables Épîtres.
Mathieu Casimir Sarbiewski naquit, en 1495, au château patrimonial de sa famille, dans le duché de Mazovie (palatinat de Ploczko). Son père était de l'ordre équestre, et sa mère, Anastasie Milewska, descendait d'une famille illustre. Après avoir fait ses études avec succès au collège de Pultusk, il entra dans l'ordre des Jésuites, à peine âgé de dix-sept ans. Il fut envoyé en noviciat à Wilno, et y passa deux ans sous la directionr-de Stanislas Kotska, son parent, dont il s'efforça d'égaler la science et la vertu. Son cours de philosophie achevé, il enseigna pendant quelques années à l'académie de Wilno; puis, se sentant mûr pour les études théologiques, il partit pour Rome. Il n'y parvint qu'après un voyage des plus pénibles ; il fut dépouillé par des voleurs, près de Bamberg, et son compagnon de route mourut de fatigue. Sarbiewski, arrivé seul à Rome, y reçut l'accueil le plus flatteur. Il s'y consacra non-seulement à l'étude de la théologie, suivant la règle des Jésuites, mais encore à la poésie, vers laquelle l'attirait sa vocation, et il s'y distingua tellement qu'il fut, en peu de temps, nommé professeur de poésie et qu'il put répéter à Rome, devant une foule de Romains qui l'applaudissaient, ses leçons de Wilno, de acuto et arguto (sur la finesse et la délicatesse du style). Il étudia, en outre, dans les plus grands détails, sous la direction d'Alexandre Donato, les monuments, les statues et les médailles antiques et prépara un ouvrage en quatre livres, intitulé de Diis gentium (sur les dieux du paganisme), qu'il acheva plus tard. Le pape Urbain VIII, charmé de la beauté de ses odes, avait pour lui une vive affection ; il lui décerna la couronne poétique et une médaille d'or; il le chargea de revoir la rédaction du bréviaire, ainsi que de surveiller la correction grammaticale et prosodique des hymnes sacrées et la composition de quelques chants nouveaux ; l'hymne pascale Ad regias Agni dapes, par exemple, est l'œuvre de Sarbiewski.
Au terme de ses études théologiques, c'est-à-dire après cinq années, il revint en Pologne et enseigna la rhétorique, puis la théologie à Wilno. Le roi Ladislas VI le distingua tellement qu'il voulut assister à la réception de Sarbiewski comme docteur et
lui mit au doigt son propre anneau. Plus tard, il le choisit pour prédicateur. Dans ce poste périlleux, Sarbiewski sut rester bien avec la cour, sans rien sacrifier de la dignité de son ministère. Le roi le prenait pour compagnon de tous ses voyages et souvent même de ses chasses. Il l'emmena à sa suite aux eaux de Baden, où Sarbiewski employa ses derniers moments à écrire de nouvelles odes et à revoir sa Lechiade (1). Il mourut en 1640, à peine âgé de quarante-cinq ans, regretté de tous pour sa piété profonde, son affabilité et la distinction de son esprit.
Il ne composa guère que des odes, tantôt pour remercier ses protecteurs, tantôt pour exhorter les souverains de l'Europe à délivrer la Grèce, quelquefois en l'honneur du Christ ou de la sainte Vierge, d'autres fois encore sur des maximes philosophiques qu'il développait sous forme de dissertation poétique. Il écrivait avec beaucoup de soin et de plaisir. La forme de ses vers, son style, les sujets de ses odes dénotent en lui la préoccupation constante d'imiter.Horace (2). -Ppat donner, à. son style la couleur et la saveur latines- i] ne recula devant aucun travail : il vivait, pour ainsi dire, avec, ks^po.ëte^ Jh tins, dans la société d'Ovide, d'Horace , g S;- de .Virgile. O.i a trouvé, dit-on, dans le couvent des Jésuites de Drohiçza, un exemplaire de Virgile au dos duquel Sarbiewski avait note,,. 4e. sa. main, combien de fois il avait lu chaque poète : Virgile soixante fois ; les autres, dix et plus. Cette méthode lui réussit parfaitement : il s'assimila, pour ainsi dire, la substance et, en quelque sorte, la fleur de la vraie latinité, si bien que, par l'élégance et la pureté irréprochables de son style, par la correction et l'harmonie de sa versification, il mérite une place à côté des meilleurs poètes latins des temps modernes, Sannazar, Politien, Santeuil, et presque un rang parmi les anciens. Chez lui, point d'expressions d'une latinité douteuse ou surannées, point de consonnances désagréables à l'oreille, point de fautes de quantité ni de syntaxe. Tout ce qu'on peut lui reprocher, c'est l'abus, commun à tout son siècle, de la mignardise et des diminutifs, une certaine tendance à l'afféterie
(1) Le poëme de la Lechiade, composé avec amour par Sarbiewski, lui fut volé et n'a pu être retrouvé.
(2) Il suffira d'un exemple : qu'on lise son Chant séculaire à la sainte Vierge (livre VII, ode xvm), dans lequel il a employé, en l'honneur de sainte Marie, les nêmes mètres et le même nombre de strophes, qu'Horace pour chanter les louanges d'Apollon et de Diane (livre 1, ode xvm). — Sarbiewski écrit le plus souvent en strophes alcaïques, saphiques ou asclépiades ; il manie supérieurement toutes les formes de vers.
et à la recherche, qui lui fait préférer les petits artifices de la rhétorique à la pure et mâle simplicité du grand art.
Quant aux sujets de ses odes, il est regrettable qu'il ne les ait pas toujours pris assez haut. Je ne fais aucun cas de ses odes de remerclment à Ladislas, à Urbain VIIÏ ou aux Barberini ; je n'y rencontre que des pensées communes, et la beauté des vers suffit à peine à dissimuler le vide et la pauvreté des idées. Il y a plus de souffle et de vie dans ses odes au Christ et à la sainte Vierge : son ardente et profonde piété l'inspire visiblement. Cependant, lorsqu'il parle de ces mystères redoutables, il devrait s'élever plus haut encore, et surtout ne jamais recourir aux faux brillants et aux concetti. On voudrait ne pas le voir mêler des fables païennes à des prières chrétiennes, et, comme il le fait souvent, l'Olympe au paradis; on voudrait qu'en dépeignant sainte Marie-Madeleine au pied de la croix, il oubliât de parler des neiges de son front et des roses de son visage , et surtout qu'il s'abstint de gâter par des ornements fei des pointes de mauvais goût la sublime inspiration du Cantique dés Cantiques (î).''Je reconnais cependant qu'en prenant pour" texte ïe? vieux chants" jDolonais, Sarbiewsk a quelquefois composé de fort "b'eaui "cantiques. En voici un exemple célèbre : c'est la teâa'ucti or/en strophes saphiques de la Boga-Rodziça, chant de guerre national composé par S. Albert, et que les Polonais répétaient sur le champ de bataille, avant d'en venir aux mains :
« Reine des cieux que la terre vénère et dont les flancs immaculés ont porté Dieu lui-même, Mère et Vierge exempte de la tache originelle;
Montre aux nations, Mère pleine de bonté, ton Fils au doux sourire sur ton sein virginal ; que de tes bras sorte celui qui doit sauver le monde !
Voici l'heure que nous appelions de nos vœux : exauce nos supplications, éclaire nos âmes, pendant que, d'une voix unanime, nous adressons nos prières à ton Fils.
0 Christ, donne-nous une vie pure et sans souillures, donne-nous une mort calme au sein de la victoire; et toi, Marie, ouvre-nous le séjour où brillent les étoiles.
Le Fils de Dieu s'est fait homme pour nous : croyez-le, vous tous qui prétendez à la piété. C'est lui qui, par ses souffrances, a tiré les peuples de l'enfer;
C'est lui qui nous a faits héritiers de la vie et qui a enchaîné le roi de la mort.
C'est lui qui a daigné subir un supplice ignominieux, en réparation du crime d'Adam. Notre premier père n'avait pas encore franchi le seuil du ciel,
(1) Voir Œuvres lyriques, livre III, ode n ; livre II, ode xxv (Epithalame sacré de Salomon).
Jusqu'au jour où Dieu sortit vainqueur du froid sépulcre; et maintenant, Adam, tu es assis, pour l'éternité, au sommet de V éternel Olympe.
Nous aussi, nous ton peuple et ta race, tu nous recevras dans ces champs sacrés où un torrent de joie et le fleuve de l'amour divin inondent le cœur des bienheureux.
Jésus nous ouvre son flanc déchiré pour nous et les plaies sanglantes de ses mains et de ses pieds ; c'est pour nous que de son côté entr'ouvert coule le sang qui doit racheter le monde.
Unis et invincibles dans notre foi, croyons-le tous : oui, le Christ a effacé, notre crime avec son sang, et il a été couvert de plaies pour notre salut.
En avant, guerriers, l'heure est venue, en avant! Loin de nous toute souillure; consacrons tous nos chants et toute notre âme au Dieu tout- puissant.
Et toi, sainte Vierge, fléchis par tes prières ton Fils, le Roi des cieux ; ne permets pas que les fléaux se multiplient et s'accumulent pour nous accabler.
Habitants du firmament, priez pour nous le Roi du firmament, ouvrez le ciel aux habitants de la terre, admettez-nous au sein de vos immortelles phalanges.
Puissions-nous, ô Jésus, être réunis dans ce séjour, dans ce royaume, où déjà, du pied de ton trône, nous appelle, par ses chants, l'armée des bienheureux.
Nos vœux seront exaucés; oui, répétons-le tous, ils le seront. Et toi, Père tout-puissant, réponds favorablement à nos prières et ouvre-nous les demeures éternelles (1). »
Je préfère encore aux hymnes sacrées de Sarbiewski ses odes philosophiques : quelques-unes, par la simplicité gracieuse de leur style et la sagesse des maximes, sont presque dignes d'Horace. Voici, par exemple, entre beaucoup d'autres, une ode dans laquelle il développe cette pensée qu'il faut étendre par la vertu la durée si courte de notre vie :
« La brume qui couvre aujourd'hui les vallées de ses blancs frimas disparaîtra sous les rayons du soleil; mais quand le froid glacial de la vieillesse
Aura jeté sa neige sur ton front, jamais plus elle ne fondra. L'été fuit d'une course rapide, l'automne fuit, le printemps approche et fuit de même.
Mais toi, quand tu te sentiras saisi par le froid de l'âge, ce sera pour toujours; ton front ne sera plus ombragé que de cheveux blancs, et ni les parfums ni les couronnes de fleurs ne pourront en effacer la triste couleur.
Une seule jeunesse t'aura donné à nous, une seule vieillesse te ravira à notre amitié. Mais tu peux, ô Publius, renaître par la renommée.
Si votre perte est pleurée de vos concitoyens, vous avez assez vécu. Prenons la gloire pour héritière; le temps avide emporte le reste (2). »
Il y a là vraiment de la poésie; cependant, les odes patriotiques de Sarbiewski sont encore supérieures à celles-ci. L'amour de la patrie l'enflammait; l'expulsion des Turcs et la délivrance de la Grèce étaient deux pensées qui ne le quittaient pas. Sans cesse il déplore le sort d'Athènes courbée sous le joug ottoman, et
(1) Sarbierii Carmina, édition Barbou; livre IV, ode xxxiv, pages 222 à 223.
(2) Ibid. ; livre II, ode h, p. 57.
il conjure tous les souverains de l'Europe d'oublier leurs sanglantes rivalités pour entreprendre ensemble une nouvelle croisade. Il n'est personne qui n'admire avec quelle passion, quelle élévation d'idées, quel élan poétique il appelle ses concitoyens à la défense des frontières ravagées par les Tartares :
« Eternel opprobre, sJécrie-t-il, désastre irréparable ! Les Gètes dévastent impunément la Podolie et comptent,'sous les murs deTyra, leur déplorable butin!
0 honte! ces chiens de la Thrace ont poussé devant eux, comme un troupeau de daims, des milliers de nos frères qui ne reverront plus la terre natale!
Les uns ont été vendus aux Thraces impudiques; les autres ont dû suivre les Scythes de la Tauride. Hélas! la couche de chiens ottomans a reçu des femmes polonaises !
Une bande de brigands nomades a envahi nos villes, dont elle ne cesse de charger les trésors sur ses chariots couverts de peaux de bêtes sauvages.
C'est ainsi que les loups se jettent sur les troupeaux abandonnés que ne protègent plus ni la vigilance du pasteur, ni la fidélité du chien de garde.
Que de confiance nous donnons au Turc, en fuyant ainsi lâchement devant les Scythes, au Turc qui, tout à l'heure, va imposer ses lois à nos concitoyens et à l'Empire!
Debout, Polonais, secoue ton sommeil, veille et agis, ne cesse pas d'espérer en la fortune (car elle peut changer), et ne cours pas, en fuyant, au-devant de ton malheur.
Que le sang de l'Ottoman lave la souillure imprimée au nom polonais; que des ruisseaux de sang effacent les larmes de nos concitoyens!
Nous armerons-nous? ou les délices d'une table ornée de vaisselle d'or nous retiendront-elles toujours? Héla's ! pour quel convive sera ce festin? Qu'il boive dans une coupe d'or celui qui aime à manier le fer.
Que nos coupes fondues deviennent des trésors et servent de nerf à la guerre. Cet or, que nous semons par les rues, le refuserons-nous pour la garde de nos murailles?
Sachons en faire un noble usage. La cuirasse n'est percée que quand le courage est déjà frappé à mort, c'est en vain que le bouclier protège un bras tremblant.
J'aime ce vieux dicton : « Les enfants de Le h grandissent par leurs défaites. » Hélas ! puisse-t-il ne pas être vrai que les enfants de Lech accumulent défaites sur défaites (1) l »
Avec Sarbiewski finit la poésie latine en Pologne. De son temps, en effet, le goût des poëmes macaroniques commençait à se répandre; bientôt, en Pologne comme dans les autres pays de l'Europe, apparurent les écrivains nationaux, qui donnèrent à la langue polonaise sa forme définitive et réduisirent le latin à n'être plus que la langue des érudits. Pendant tout le xvne siècle et au commencement du xviii8, on trouvait encore, il est vrai, des auteurs de poëmes latins, presque toujours jésuites : Inès, Ustrzycki et bien d'autres; en 1745, Skorski publia même un poëme épique
(1) Sarbierii Carmina ; livre IV, ode v.
latin sur les En fans de Lech, mais, parmi tous ces auteurs, écrivant déjà sous le coup des terribles événements dont la. Pologne était menacée, on ne trouverait pas un seul disciple de l'antiquité digne du nom de poëte.
Nous voici arrivés au terme de cette trop longue étude. Nous avons vu la poésie latine naitre au xne siècle en Pologne sous les auspices du christianisme; elle se développe, malgré le retour momentané du paganisme, malgré les guerres civiles; mais ses premiers progrès sont lents, et elle ne produit que des œuvres informes ou incomplètes, jusqu'au jour où, prenant son essor, elle devient une des gloires de la patrie dans le succès, et sa consolation dans les revers. Les xve et xvie siècles nous l'ont enfin montrée florissante : c'est alors que Janicki écrit ses élégies à la manière de Tibulle, que Klonowicz compose les Géorgiques de la Ruthénie, que Szymonowicz imite les chefs-d'œuvre de la tragédie grecque et que Sarbiewski cherche à devenir l'émule d'Horace. Les odes de Sarbiewski semblent être le dernier effort et, pour ainsi dire, le chant du cygne de la poésie latine en Pologne; car, dans toutes les branches de la littérature à cette époque, le polonais se substitue au latin. Cependant, la poésie nationale garde encore comme un reflet de la beauté antique, telle que nous l'ont transmise Rome et la Grèce. Qui pourrait, en effet, méconnaître le souffle de l'antiquité qui anime Miçkiewicz, le consolateur éloquent de la Pologne persécutée, dans son Ode à la jeunesse ou dans le Livre des pèlerins? Latins ou nationaux, les poètes polonais ont prouvé, au sein même des malheurs dont leur patrie a été accablée, que, par leurs mœurs, leur littérature et leurs goûts, les Polonais sont, comme ils s'en glorifient, disciples de Rome et fils de l'Occident.
Les Polonais, il est vrai, n'apprécient pas tous de même l'influence exercée sur leur littérature et sur les destinées de leur patrie par la poésie latine moderne : les uns lui savent gré d'avoir éclairé et vivifié les intelligences au moyen âge; les autres l'accusent d'avoir faussé l'esprit national. Certains historiens regrettent, en effet, que tant d'hommes doués d'un véritable talent poétique l'aient uniquement employé à faire revivre dans
des poëmes d'école écrits en langue morte, des mœurs depuis longtemps oubliées et les fables de la mythologie païenne. Je les crois trop sévères, s'ils n'ont en vue que la poésie latino-polonaise. Les Polonais n'ont pas à regretter que leurs premiers poëmes aient été composés en latin, parce que, dès les temps les plus reculés, cette langue était d'un usage à peu près universel en Pologne, à tel point qu'on voyait, comme je l'ai dit plus haut, non-seulement les nobles, mais jusqu'aux femmes et jusqu'aux serfs s'en servir familièrement entre eux. On doit regretter cependant que la poésie polonaise-latine ait été cultivée trop longtemps, et que, jusqu'à la fin du xvie siècle, même au commencement du xviie, elle ait détourné de l'étude de la langue nationale tant d'esprits distingués et de poëtes ingénieux. A cette époque, la Pologne était au premier rang parmi les peuples de l'Europe. Pour s'y maintenir pour mettre fin aux discordes intestines et aux guerres civiles qui l'ont tuée, elle avait besoin d'oublier les souvenirs du forum romain, de renoncer à l'imitation des républiques de l'antiquité, de se donner une constitution et des mœurs modernes. Si elle ne le fit pas, c'est d'abord et surtout parce que le caractère violent et indomptable des nobles Polonais se prêtait mal à cette transformation ; c'est aussi, à mon avis, parce que l'habitude et le goût d'imiter en toutes choses l'antiquité furent prolongés au delà de toute raison parles savants.
Ici, je serais tenté de généraliser le reproche et de l'adresser non pas seulement à la Pologne, mais à toute l'Europe de la renaissance. Loin de moi la pensée de contester les services que l'étude de la poésie latine, perpétuée bien après la chute de l'empire romain, a rendus à la littérature et à la civilisation. Pour les révoquer en doute, il faudrait oublier qu'au moyen âge les monastères ont conservé, au fond des cloîtres, avec les chefs-d'œuvre de la poésie antique, ces germes de la civilisation qui devaient, sous le souffle fécondant de la renaissance, donner tant de fleurs admirables, tant de fruits précieux. Il faudrait oublier qu'à une époque où les peuples de l'Europe, étrangers les uns aux autres et séparés par des haines profondes, étaient en proie à des haines cruelles, à de perpétuelles dissensions ; un dernier lien subsista néanmoins entre eux, grâce à la langue latine, expression immuable et universelle de leur commune foi catholique. Si l'on examine, en effet, avec quelque attention l'état de l'Europe du siècle de Charlemagne au temps
de S. Louis, on reconnaît que ses peuples, divisés, démembrés en quelque sorte entre une foule de souverainetés rivales, constituaient cependant comme une grande république chrétienne, fille non-seulement de la Rome moderne, mais encore de la Rome antique. Aussi, tandis qu'à cette époque on trouve à peine en Italie, en France, en Allemagne et en Angleterre quelques écrivains nationaux de second ordre, on en rencontre beaucoup de latins. C'est à cette école, sous ces auspices, qu'a grandi l'Europe, et, loin de le regretter, il faut s'en applaudir. Mais quand, parvenue pour ainsi dire à l'âge viril, elle sentit ses forces croître et son esprit s'élever, l'étude trop prolongée et trop exclusive de la langue et de la poésie latines me semble non-seulement être tombée en décadence, mais encore avoir nui plutôt que servi aux progrès delà littérature. Ce fait me parait surtout sensible, à partir du xme siècle. C'est l'époque des croisades et de la constitution des grandes monarchies européennes. C'est alors que les langues nationales commencent à se développer, à produire des œuvres, puériles quelquefois, mais le plus souvent charmantes de grâce et de simplicité naïve; c'est alors que l'on voit surgir de terre et s'élancer vers les cieux ces églises vraiment divines, si différentes de l'architecture antique et en même temps si supérieures aux monuments qu'elle a créés. A partir de ce moment, la langue latine aurait dû changer de rôle et s'effacer, comme le fait un bon maître le jour où son élève atteint l'âge d'homme. 11 en fut autrement, on le sait. A cette époque, plusieurs nations européennes désertaient le catholicisme et faisaient de la langue vulgaire leur langue ecclésiastique : par une réaction naturelle, il en résulta que, sous l'influence de la cour de Rome et surtout des jésuites, les nations restées catholiques devinrent d'autant plus attachées à la culture du latin, d'autant plus prévenues contre l'étude des langues nationales. Ce fait coïncidait, d'ailleurs, avec la dispersion des Grecs échappés de Constantinople, avec la découverte de l'imprimerie, et ces deux derniers événements avaient pour résultat de mettre en pleine lumière ces merveilles de la littérature grecque et latine, dont la lecture faisait presque de chaque savant un citoyen de l'antiquité. On ne se borna plus alors à se servir du latin comme d'une sorte de langue universelle appliquée à l'expression d'idées nouvelles; mais on vit renaître de toutes parts de véritables poëtes latins, qui essayaient de ressusciter la Rome païenne et
qui se disaient, bien plus, qui se croyaient de nouveaux Ovides, de nouveaux Properces, d'autres Horaces et d'autres Virgiles vivant à la cour de modernes Mécènes et de modernes Césars.
Les xve et xvie siècles furent particulièrement favorables aux poètes et aux écrivains latins, qui abondent, à cette époque, nonseulement chez les peuples de race latine, mais encore dans toute l'Europe civilisée, jusqu'aux régions reculées deïultima Thulé , presque jusque sous le pôle. Les plus remarquables sont les Italiens et les Polonais, préparés au maniement du latin, les premiers par la race, les seconds par une tradition séculaire. Je n'ai plus à revenir sur les poëtes polonais. Quant aux italiens, ils me paraissent mériter la palme. Héritiers en quelque sorte naturels de l'élégance latine, ils semblent refléter dans leurs vers la douceur et l'éclat du ciel natal. Déjà, à l'aurore de la renaissance, le prince des poëtes italiens, Dante lui-même, avait été l'élève assidu des muses latines, et Pétrarque, couronné au Capitole, non pour ses immortelles Rime italiennes, mais pour son poëme latin de ÏAfrica, tirait vanité de ses imitations antiques plus que de ses compositions originales en langue vulgaire. Plus tard, quand les Médicis eurent fait de Florence une nouvelle Athènes, on vit sur les rives de l'Arno, dans ces palais, dans ces ville de marbre enrichies de toutes les merveilles de l'art, paraître comme un bataillon serré de poëtes uniquement adonnés à la composition latine. Le plus remarquable de tous estPolitien, poëte didactique et épigrammatique. Pour l'harmonie du vers, la pureté de la langue et la finesse élégante du tour, il n'est personne qui ne le juge comparable, comme Sarbiewski lui-même, aux auteurs du siècle d'Auguste. Mais ses conceptions poétiques dépassent rarement cette médiocrité presque vulgaire qui échappe au blâme sans mériter la louange; souvent il tombe dans l'affectation ; ailleurs encore, il est téméraire à l'excès, par exemple quand il ose imiter à la fois les Travaux et les Jours d'Hésiode et les Géorgiques de Virgile.
Naples ne tarda pas, suivant sa coutume, à imiter Florence. Pontanus y fonda une académie, dont les membres se vouèrent principalement à la composition des vers latins et se donnèrent, en quelque sorte, pour tâche de mettre en vers toutes les productions de la nature et de l'art. Jean-Jovien Pontanus occupait, par la délicatesse de son esprit, la première place parmi ses confrères; dans les genres littéraires les plus difficiles, dans les hymnes et la
poésie didactique, il se fit remarquer par la latinité, la grâce et l'élégance de son style; mais il ne sut pas toujours éviter la prétention et l'emphase.
Son confrère le plus illustre, Sannazar, devrait, à coup sûr, tenir le premier rang parmi les poètes latins modernes, s'il n'avait été un perpétuel et incorrigible imitateur. Dans son principal ouvrage, dans son poëme épique De partu Virginis, il est impossible de ne pas admirer la rare beauté et l'harmonie virgiliennedes vers ; mais on doit d'autant plus regretter qu'un poëte si richement doué n'ait jamais osé voler de ses propres ailes, et qu'abordant un sujet aussi beau que nouveau, il se soit en quelque sorte traîné sur les traces des poètes païens, sans rien ressentir de ce souffle divin qui fit de Milton le traducteur inspiré de la Bible. Parmi les autres ouvrages de Sannazar, il faut, à mon avis, mettre en première ligne ses églogues, remarquables par la vérité du style parfaitement approprié aux personnages et par leur grâce vraiment attique, mais ayant le défaut d'être imitées à la fois de Théocrite et Virgile et de réunir ainsi, dans un même poëme, les mœurs absolument différentes d'époques très-diverses.
Je ne puis oublier Vida. Poëte audacieux jusqu'à la témérité, il osa composer un Art poétique, après Aristote et Horace, et prétendit joindre l'exemple au précepte. On aime sans doute son style coulant et doux, ses vers si latins et si élégants. Mais, au fond, rien de neuf, rien d'élevé ; il ne fait que réunir, en les développant, en les délayant pour ainsi dire, les conseils adressés par Horace et par Quintilien aux poëtes et aux orateurs. On ne peut que louer partout l'excellent prosodiste : on cherche en vain le poëte. A peine doit-on rappeler les œuvres didactiques de Vida, sur les Vers à soie, sur le Jeu d'échecs, véritables enfantillages d'un homme de talent. Quant à son poëme épique : La vie et la mort du Christ, il est loin de rendre la grandeur surhumaine et la sublime tristesse du sujet; cependant plusieurs passages méritent des éloges par la douceur, l'élégance et la remarquable harmonie des vers.
Au commencement du xvne siècle, on ne trouve plus en Italie que quelques poëtes latins de second ordre. En France, au contraire, malgré l'éclat déjà si grand de la langue nationale, on rencontre une multitude de prosateurs et de poètes latins. Les exemples de Pasquier, dedeThou, de Sainte-Marthe, de Théodore
de Bèze et de Muret portaient alors leurs fruits. On ne se croyait vraiment instruit, ou, pour parler le langage du temps, vraiment honnête homme, que si l'on donnait des preuves écrites de sa science du latin. Balzac publiait des poëmes latins et adressait à Vossius des épitres latines; Desmarets écrivait dans la même langue à Saumaise et Morisset à Heinsius. Jusque sous LouisXIV, le latin était la langue de la théologie, de la médecine, du droit, de toutes les sciences, en un mot; la plupart des ouvrages de Descartes étaient composés en latin, et, même au début du [xvnr3 siècle, Rollin s'excusait de donner en langue vulgaire son Traité des Etudes. Les poëtes latins étaient nombreux et de premier ordre. Racine, à Port-Royal, rivalisait déjà avec Virgile, mais dans la langue même de Y Enéide', Corneille, en 1667, composait une pièce latine, fort goûtée du public, sur la campagne de Flandre; Fléchier célébrait en latin les Grands Jours d' Auvergne; Boileau lui-même, à peine sorti du collège, débutait par des épigrammes latines.
Les auteurs que je viens de nommer doivent du moins leur célébrité à leurs œuvres françaises. Mais, parmi leurs contemporains, on compte beaucoup de poëtes exclusivement latins, les uns pédagogues, les autres amateurs, qui formaient, selon l'expression du temps, le bas et le haut Latium. On place au premier rang, parmi eux, de la Rue, Périer, Rapin, Vanière et Santeuil. Le poôme de Rapin sur les Jardins se recommande par une habile composition, par une division régulière, et, en outre, par la beauté du style, par l'élégance des vers et par une grâce réelle, bien qu'un peu froide. Le Prœdium Rusticum de Vanière vaut mieux encore : il y a dans cet ouvrage du souffle poétique et un grand talent de versification; mais le poëme a le défaut de ne pas compter moins de seize chants et de provoquer trop souvent la comparaison avec les Géorgiques. Quant aux hymnes, presque toujours admirables, de Santeuil, l'Église en revendique à bon droit l'honneur; car la plupart sont empruntées à d'anciens chants sacrés, dont l'auteur n'a fait que corriger le rhythme et rajeunir le style.
Dans ce même xvne siècle, ce n'est pas seulement en France, c'est aussi en Angleterre et en Allemagne que l'on trouve la poésie latine en honneur. En Angleterre Milton et Newton, en Allemagne Leibnitz s'adonnèrent longtemps et avec ardeur à la composition des vers latins. Un jésuite allemand, Masenio, fit,
vers la même époque, sur la chute de l'homme et sur la Rédemption, un très- remarquable poôme en cinq chants intitulé Sarcothée, et auquel on a prétendu que Milton aurait emprunté le sujet du Paradis perdu.
Cependant, les jours de la poésie latine moderne étaient comptés. Elle était devenue la proie des pédants; tous, àl'envi, composaient des vers latins, absolument dénués d'inspiration poétique et plus nuisibles que favorables aux progrès des muses. Ils chantaient les volières, les oranges, le café, le thé, la poule, les papillons, le goudron, sujets plus dignes d'enfants que d'hommes et de poètes. En vain le novateur par excellence, Voltaire, écrivait-il, pendant sa jeunesse, des épigrammes latines; en vain le cardinal de Polignac composait-il son Anti-Lucrèce, poème d'une rare élégance, mais fort long etfort ennuyeux, dans lequel il expose et réfute savamment toute la doctrine d'Épicure ; en vain cet intrépide champion de l'antique Parnasse, l'abbé Desbillons, spirituellement surnommé le dernier des Romains, osait-il, en plein xvine siècle, au milieu d'une littérature presque exclusivement française, écrire encore en latin; en vain poussait-il l'audace jusqu'à publier, après Phèdre et La Fontaine, des fables imitées d'Ésope : tous les efforts furent vains. La poésie latine était démodée ; elle ne répondait plus aux mœurs du temps; elle n'avait plus d'asile que dans les classes des collèges. Il en devait être ainsi, car les siècles modernes ont pour caractère distinctif de chercher, en toute chose, moins l'agréable que l'utile, et ils ne tardent pas à laisser mourir une branche de littérature, quand elle intéresse les seuls érudits, sans profiter à l'éducation et au délassement de la masse du public.
Lorsque j'embrasse d'un regard ces dernières productions de la muse latine, j'éprouve je ne sais quel sentiment de regret mêlé de douceur et d'amertume. Je reconnais sans doute avec joie cette perpétuité des souvenirs de l'antiquité, à l'école de laquelle l'Europe dépouilla son ignorance séculaire et vit des peuples autrefois barbares devenir le foyer de la civilisation la plus raffinée. Mais, quand je songe que tant et de si remarquables poètes ont, dans les temps modernes, uniquement employé leur talent à faire revivre, en quelque sorte, les fables païennes au sein du christianisme et les mœurs romaines en France, en Allemagne, en Angleterre, je ne puis m'empêcher de déplorer ce labeur ingrat, ces forces inutilement perdues dans l'accom-
plissement d'une tâche inopportune. Pour tout dire, en un mot, leur exemple me parait confirmer une vérité bien souvent répétée, mais oubliée plus fréquemment encore : c'est que, dans l'art comme en toutes choses, une production originale l'emportera toujours sur un pastiche, et que, pour mériter complètement les suffrages des contemporains et ceux delà postérité, ce n'est pas à la fiction, mais à la nature elle-même, qu'il faut demander ses inspirations.
IMF. JULES LE CLERE ET Cie. RUE CASSETTE. 29.