‹ La poésie lyrique russeChapitre 16 sur 71 · LES VOIX NOCTURNES · texte numérisé non relu

LES VOIX NOCTURNES

Que doux est le sommeil de ce jardin vert sombre,

Bc igné par la langueur de la nuit azurée;

A travers les rameaux du pommier, blanc de fleurs,

Quelle douce clarté répand la lune d'or !

Ainsi qu'au premier jour de la création

Mystérieusement luit l'essaim des étoiles,

Dans l'abîme du ciel, on entend s'exclamer

Un orchestre, et parler plus haut la source proche.

Un rideau est baissé sur le monde diurne.

Le mouvement est las, et le travail sommeille ;

Sur la viUe qui dort, comme aux cimes des bois,

S'éveille le murmure étrange de la nuit...

D'où peut venir ce murmure incompréhensible?

Le monde incorporel des mortelles pensées

Que le sommeil délivre, vole-t-il en essaims

Qu'on entend sans les voir, dans le chaos nocturne?

Pourquoi gémis- tu, vent nocturne,

Et pourquoi follement ainsi te lamenter ?

Que veut dire ta voix étrange,

Tantôt sourde en sa plainte et tantôt éclatante ?

En langage compris du cœur toujours tu parles

De tourments incompréhensibles,

Er parfois, gém ssant ainsi dans ta souffrance,

Tu soulèves en lui un délire de cris !

Oh ! ne lui chante pas ces redoutables chants

Sur l'antique chaos natal!

Comme toute notre âme écoute avidement

Le récit aimé de la nuit !

Elle aspire à briser la poitrine mortelle

Pour se fondre avec l'infini. . .

O, ne réveille pas la tempête assoupie :

Sous elle frémit le chaos.

Pourquoi courbes-tu la tête, O saule, au-dessus des eaux, Et de tes feuilles tremblantes, Comme de lèvres avides, Cherches-tu le flot qui fuit ? Penchée sur l'eau, chaque feuille En vain languit et palpite...

Le flot fuit en clapotant, =^=.=== 62 ==

Et se chauffant au soleil, Miroite et se rit de toi.

F.-I. TIOUTCHEV

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