‹ La poésie lyrique russeChapitre 3 sur 71 · L'ANNEAU · texte numérisé non relu

L'ANNEAU

J'allumerai un cierge

De cire fine et vierge

Et je dessouderai

L'anneau du doux ami.

Jaillis, embrase-toi,

O toi, flamme fatale,

Et dans ton feu dessoude

Et fais fondre l'or pur.

De toi j e n'ai que faire

Sans lui, car sur ma main

Sans lui tu n'es pas plus

Que sur le cœur la pierre.

Lorsque je te regarde

Je soupire et m'afflige,

Et de mes yeux ruisselle

L'amer chagrin des larmes.

Va-t-il me revenir ?

Ou bien quelque nouvelle

Me ranimera-t-elle,

Moi que rien ne console?

Mon âme est sans espoir.

Dissous-toi donc et glisse

En larme d'or, ô toi,

Souvenir de l'aimé!

Mais dans le feu l'anneau

Noirci demeure intact,

Et sur la table il sonne

L'éternel souvenir ! (1830.)

=: A.-V. KOLTSOV

[C'est par cette poésie que Stankcvitch fit 'connaître Koltsov aux lecteurs de la Gazette littéraire en 1831].

CHANSON

Ne chante pas, ô rossignol,

Sous ma fenêtre, Envole-toi dans les forêts

De ma patrie, Attache-toi à la fenêtre

De ma chère âme...

Dis-lui, en tendre gazouillis,

Quelle est ma peine...

Dis comment je languis sans elle

Et dépéris.

Ainsi que l'herbe dans la steppe

Avant l'automne.

La nuit, la lune sans elle

Est ténébreuse ; En plein jour le gentil soleil

N'a point de feu.

Sans elle, qui me recevra

Avec tendresse ? Sur quel sein incliner ma tête

Pour reposer ?

Quel propos, sans elle, écouter

En souriant?

Quels chants et quelle bienvenue

Pourraient me plaire ?

Pourquoi donc chanter, rossignol,

Sous ma fenêtre?

Envole-toi, envole-toi

Vers ma chère âme ! (1832.)

O, ne fais pas bruire, Seigle, ton épi mûr ; Ne chante pas, faucheur, La steppe au large espace.

Je n'ai point de raison D'amasser quelque bien, Je n'ai point de raison Maintenant d'être riche.

Le gars le destinait.

Le destinait, son bien, Non à plaire à son âme, Mais à l'âme adorée.

O, comme il m'était doux De regarder ses yeux ; Ses yeux que remplissaient D'amoureuses pensées !

Et ces limpides yeux, Ces yeux se sont éteints, La belle fille dort Du sommeil de la tombe !

Plus lourde que les monts, Plus sombre que la nuit Est la noire pensée Qui m'oppresse le cœur !

[Cette pièce fut écrite à propos de la mort de la fiancée de Koltsov, Douniachal.

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