LA RECOLTE
L'aurore s'enflamme D'une rouge flamme,
A.-V. KOLTSOV
Le long de la terre
Le brouillard s'étend.
Le jour embrasé
Des feux du soleil 4
Chasse le brouillard
Plus haut que les monts ;
Puis il l'épaissit
En noire nuée.
La noire nuée
Fronce le sourcil,
Fronce le sourcil
Et paraît pensive,
Comme au souvenir
Du pays natal.
Mais aux quatre coins
Du monde, les vents
Impétueux vont
Emporter la nue...
La voici qui s'arme
De foudre, d'orage,
De feu et d'éclairs
Et de l'arc-en-ciel,
Elle s'est armée
Et s'est élargie,
Puis elle a frappé
Et s'est répandue
En larmes géantes,
Pluie torrentielle,
Sur le large sein,
Le sein de la terre.
Des hauteurs du ciel
Le soleil regarde ;
La terre a bu l'eau
A satiété.
Et les villageois • Ne se lassent pas
D'admirer les champs Et les jardins verts.
Car les villageois Attendaient tremblants Avec des prières La grâce de Dieu ; Avec le printemps Aussi se réveillent Les pensées paisibles Chéries de leurs cœurs ; Première pensée :
Verser dans les sacs Le blé de leurs coffres.
Préparer les chars.
Deuxième pensée, Ce fut celle-ci :
Prendre à point la file Pour quitter le bourg.
Puis lorsque leur vint Troisième pensée, D'abord ils prièrent Notre Seigneur Dieu.
Dans les champs dès l'aube, Tous se dispersèrent, Pour marcher ensuite L'un derrière l'autre, A pleines poignées Répandre le blé ; Et puis labourer Des charrues la terre, Du soc recourbé Labourer encore
A.-V. KOLTSOV
Et peigner la terre Des dents de la herse.
J'irai voir, j'irai Contempler ce que Dieu pour leurs labeurs Envoya aux hommes :
Le seigle grenu Dépasse la taille, Son épi s'incline Presque jusqu'à terre.
De tous les côtés, A la gaie lumière Il rit comme l'hôte Envoyé de Dieu.
La brise, sur lui, Glisse et, miroitant.
Se répand partout En vague dorée. . .
Alors, par familles, On fait la moisson, Et l'on fauche au pied Le seigle élancé.
On place les gerbes En meules serrées ; Toute la nuit grince Le concert des chars .
Partout sur les aires S'étalent les tas.
Têtes relevées Ainsi que des princes.
Le soleil a vu La moisson finie, Il se refroidit Et passe à l'automne ; === 31
LA POéSIE LYRIQUE RUSSE = Mais le villageois Met un cierge ardent Par devant l'icône De la Vierge-mère.