SERENADE
Doucement décUne le feu
Du couchant, en doranr les monts,
L'air embrasé se rafraîchit —
Dors, moa enfant ?
Depuis longtemps les rossignols
Ont annoncé l'ombre en chantant,
Timidement vibrent des cordes —
Dors, mon enfant!
Les yeux angéliques regardent,
Lueurs tremblantes ; si légère
Est l'haleine de cette nuit! —
Dors, mon enfant !
Le dernier bruit s'est tu dans la forêt épaisse. Et le dernier rayon, derrière la montagne Vient de seteindre. Dans le silence nocturne Nous rencontrerons-nous bientôt, ô belle amie? Sera-ce bientôt que tes propos enfantins Changeront mon attente en effroi, et bientôt
A.-A. FETH
Que tu te ^presseras vite contre mon cœur,
Tout entière désir et palpitation?
Un brouillard transparent glisse sur la rivière,
Son ondulation blanche est comme ton voile...
L'heure des fées vient de sonner ! Nous verrons-nous
Au royaume des fées, ô ma rêveuse fée?
Ou la brume et la nuit, de concert avec toi,
Me feraient-ils languir en flattant mon erreur ?
Et cette douloureuse ardeur mentirait-elle,
Le chant éteindrait-il la fièvre de la nuit?
Chuchotement, souffle timide, Trilles du rossignol.
Eclat d'argent et ondoiement Du ruisseau assoupi, Clarté nocturne, ombres nocturnes.
Ombres sans fin.
Suite de changements magiques Du cher visage.
Dans les nuages vaporeux Pourpre de rose et reflet d'ambre, Baisers et larmes. . .
Et puis l'aurore, L'aurore!...
REPONSE A TOURGUENEV
Tu désires savoir pourquoi d'un tel amour, Poète, nous aimons tous deux notre patrie, Et pourquoi dans l'exil, bravant la médisance. Notre cœur serait prêt à perdre tout son sang
Pour sa beauté chérie ? •
Certes notre printemps est plus tardif, plus bref,
Mais lorsqu'il est enfin venu,
Ses divins yeux sont plus rêveurs, d'un bleu plus sombre,
Plus troublantes aussi sont ses nuits sans ténèbres,
Et plus vert est son diadème.
Je marchais dans la nuit, hier, et je revois
Le dessin que formaient les nuages d'or pourpre,
Et je me demandais si c'était là l'éclat
Que prend, à son dernier adieu, le crépuscule.
Ou le rayonnement du matin enflammé.
On aurait dit que la capitale du Nord
En plein jour s'était tue soudain et endormie,
Fière, immuable sous le charme du sommeil,
Tandis que, par- dessus sa masse, s'avançait
La nuit pâle inspirée, comme une somnambule.
A peine j'en croyais mes yeux, qui distinguaient,
Glissant sur l'étendue d'un bleu foncé si net.
Quels navires au loin reposaient dans la rade :
Les eaux de la Neva, immobiles sous eux,
Réfléchissaient tous leurs pavillons bigarrés.
Et mon cœur se serra, mais nos pensées ailées.
Ami, se rencontrèrent.
O crois-moi, jamais le Midi voluptueux
N'a caressé, dans ses étreiutes enflammées,
Pareilles nuits ayant dépouillé tous leurs voiles.