LA STEPPE LE SOIR
Les nuages pâmés dans la clarté vermeille Tourbillonnent ! Les champs aspirent aux caresses De la rosée. Au bord de la troisième crête Disparaît, maintenant pour la dernière fois,
A..A. FETH
Sans poussière, et tintant, la voiture de poste.
Nulle habitation dans la vaste étendue...
On n'attend, du lointain, ni lumière ni chant.
Tout n'est que steppe, et comme ixne mer sans rivages
Le seigle mûr déploie ses ondulations.
Se cachant à demi, là, derrière un nuage,
La lune n'ose point luire encore de jour.
Bourdonnant en colère, un scarabée s'envole,
Puis glisse un émouchet, sans remuer les ailes ;
Comme d'un filet d'or les champs sont recouverts ;
Là-bas, dans le lointain, une caille répond,
Et j'entends, au ravin humide de rosée,
Le cri rauque étouffé du râle de genêt.
L'ombre égare déjà le regard curieux,
L'air tiède est traversé soudain d'un souffle frais,
La lune est claire. Au ciel regardent les étoiles,
Et la voie lactée brille ainsi qu'une rivière.
La langueur du printemps odorant, jusqu'à nous Encore n'a pas eu le temps de pénétrer, Encore les ravins sont recouverts de neige. Encore l'on entend à l'aurore les chars Résonner en roulant sur la route gelée. C'est à peine, à midi, si le soleil réchauffe, Si le tilleul se teinte à la cime de rouge, A peine si l'on voit la boulaie transparente Se dorer, et dans le buisson de framboisiers. Le rossignol n'a pas encore osé chanter. Mais voici que déjà le vol des grues apporte La vivante nouvelle de la renaissance, Tandis que là, debout, la fille de la steppe, La belle dont les joues empourprées sont bleuies, Reste immobile à les accompagner des yeux. =^ 117 -
Quel bonheur! La nuit est venue, nous sommes seuls!
La rivière comme un miroir brille d'étoiles,
Et là-haut, lève donc la tête et puis regarde
Comme au-dessus de nous tout est profond et pur !
Oh ! tu peux m'appeler insensé, m'appeler
Comme tu veux ; voici ma raison qui faiblit;
Je sens monter au cœur un tel afflux d'amour
Que je ne puis, ne veux et ne sais pas me taire.
Je souffre et suis épris, mais, tourmenté d'amour,
Écoute et comprends-moi, je ne puis pas cacher
Ma passion, et je veux dire que je t'aime,
Que c'est toi, oui, toi seule, que j'aime et désire !