A LA MORT
Ma vie sait ce que c'est que de s'évanouir,
Elle sait la douceur de l'ivresse languide,
Elle a connu l'instant qui met fin aux tortures,
Et c'est pourquoi je vous attends sans nul effroi,
Couche éternelle et nuit sans aube.
Ta main peut librement se poser sur ma tête,
Et tu peux m'effacer de la liste de vie,
Mais tant que bat mon cœur, nos forces SQnt égales
Devant mon tribunal, et c'est moi qui triomphe.
A tout instant encor tu fais mes volontés,
Tu n'es qu'ombre à mes pieds, fantôme impersonnel,
Tant que je vis, tu n'es au phis que ma pensée,
Le fragile jouet de mon rêve anxieux.
J'ai vu, duvet laiteux, tes cheveux enfantins,
J'ai entendu ta voix soupirer doucement.
Et ressenti le feu de la première aurore :
Dominé par l'assaut des élans printaniers,
Je respire le souffle ardent et pur qu'envoie
Le battement des ailes de l'ange captif.
Et j'ai compris ces pleurs, j'ai compris ces souffrances
Qui privent de parole et font régner les sons,
Quand s'entend, non le chant, mais l'âme du chanteur,
^and l'esprit loin du corps inutile s'échappe,
Quand on sent qu'il n'est pas de limite à la joie.
Et quand on croit que le bonheur sera sans fin.
La nuit d'hiver a son éclat.
Sa force et sa beauté sans tache.
Quand sont endormis sous la neige La steppe, les toits et les bois.
Les ombres de la nuit d'été
Ont fni ; leur murmure inquiet
S'est tu, mais plus puissants et vifs
Sont les feux du ciel sans nuage.
Il semble qu'une volonté
A qui rien n'échappe t'admette
Un bref instant à contempier
La nature endormie en face,
Et te fasse ainsi concevoir
Ce qu'est l'universel sommeil
Oisif, épiant la nature, J'aime, oubliant ce qui m'entoure, A suivre des yeux l'hirondelle Qui vole, pareille à la flèche Sur l'étang où descend le soir.
La voici qui passe et fend l'air.
Et je redoute que l'éclair De son aile ne soit saisi Par cette surface polie Couvrant l'élément étranger ; Et de nouveau la même audace Et la même onde ténébreuse...
Mais n'en est-il pas tout ainsi De l'inspiration du moi ?
N'en est-il pas ainsi de moi.
Humble vaisseau assez hardi Pour chercher la voie défendue Et à l'élément étranger Qui passe nos bor nés vouloir Puiser ne fût-ce qu'une goutte ?
A.-A. FETH
L'Esprit omniprésent et un.
Derjavine.
Je frémis tout entier quand partout alentour
Résonnent les forêts et gronde le tonnerre,
Et que, les yeux levés, je vois luire l'éclair,
Alors que l'océan, en proie à l'épouvante,
Jette sur les rochers Ta draperie d'argent.
Cependant, ce n'est pas en ce pénible instant
Que sous le souffle d'un pouvoir surnaturel
Je demeure muet, l'esprit illuminé,
C'est seulement à l'heure où j'entends comme en rêve
Ton ange éblouissant venir me chuchoter
Des paroles que nul mot ne peut exprimer.
Je m'enflamme et je brûle, et je veux m'élancer
Et^e plane, épuisé par un immense effort,
Croyant de tout mon cœur que des ailes me poussent
Et vont se déployer pour m'emporter au ciel.