LA CIME
Ayant quitté les monts, plus haut que les nuages,
Foulant aux pieds la forêt sombre,
Tu attires à toi les regards des mortels
Vers la profondeur bleue des cieux.
L'impérial manteau de tes neiges d'argent
Ne veut pas couvrir la poussière ;
Ta destinée n'est pas, aux limites du monde,
De t'abaisser, mais d'élever.
Le soupir impuissant ne saurait te toucher,
Le chagrin humain t'assombrir ;
A tes pieds, comme la fumée d'un encensoir
Tournoient et fondent les nuages.
Nuit embaumée, nuit bienfaisante,
Irritante à l'âme souffrante.
Je voudrais t'écouter toujours,
Mais je ne saurais point me taire
Dans ce silence au clair langage.
L'azur immense se déploie ,
On y voit brûler des feux d'or,
On dirait qu'en rond les étoiles
Sont assemblées pour regarder
Sans cligner des yeux ce jardin.
La lune, émergeant, embrasée
I^, sur les allées dentelées
Me regarde en face, et tout prés =^===^ 142 ==
— ^ - --- ■ — - À,.A. ^Etk
Dans l'ombrè opâqtié dés tAmeSLtiXi Brille une sôtirce jaillissâûte.
A chaque coup changent léS sôûsj L'onde lUuriaure, câtesëante, Comme si roucoulaient, timideâj Les cordes de quelque guitare Fredonnant des appels d'amour, Comme si tout ensemble était Flamme et son pouf aider un rêve Impossible ^ et que la fenêtre Ayant vibré allait s'ouvrir Pour contemplei- la nuit d'argent*
Je ne puis te paârlèt^ j'ai dû baiâsef leé yetil^i
Mais l'haleine des fleurs possède un €lair laâgftgë i
Si la nuit emporta maints rêves ^ iliâîiltes làrmêÀ,
J'aurai autour de moi l'âpre dôUcèur des rdâèâ }
Si noua âVôûs le calme, et point d'ofâge ptùch(éf
Sans paroles, le réséda l'insiauera ;
Et si ma nièr^ îU'à tendrement câlinée,
Je sentirai dès le matiii la violette ;
Et si mon père a dit : « Plus de t)leui'8, je côâHêûs »,
J'entrerai pâffttmée des fleurs de rôraûgêi*...
D'un seul coup repousser le frémissant esquif Des sables qu'a polis le reflux, s'élever Jusqu'à une autre vie sur une vagae unlqu*, Sentir souffler le vent des rivages en fleur, Chasser par ses ac<:eâts quelque rêve anjdétt3E| S'enivrer tout à coup d'incoiinu qu'dû ehéfit, Donner un soupir à la trie, une douceur
Aux souffrances cachées, sentir en un instant Que ce qui vous était étranger est à vous, Chuchoter ce devant quoi la langue est muette, Faire battre plus fort les intrépides cœurs, Voilà ce que peut seul faire le barde élu, Voilà ce qui le marque et ce qui le couronne.
Non, non, je ne veux pas des éclairs de bonheur,
Je ne veux ni regard, ni mot de sympathie,
Laisse-moi sangloter à l'aise.
En pressant de nouveau ton oreiller brûlant,
Laisse-moi vivre mon amour non partagé,
Ayant tout oublié au monde !
Si tu savais combien est douce la langueur,
Ce que sont l'abandon, le bonheur insensé
Du chagrin qui m'enivre l'âme,
D'un pas aérien tu passerais, muette.
Pour que même ton sillage embaumé ne paisse
Troubler mon rêve de souffrance.
Ainsi, n'est-il pas vrai ? dès que verdit le bois,
Par les nuits de printemps, le petit chantre ailé
Redoute le flamoeau du jour !
A peine l'ombre est-elle dissipée par l'aube,
Qu'à l'aurore se tait l'oiseau désenivré :
Son chant, son bonheur sont finis.
Si le matin t'emplit de joie, Si tu crois au riche présage.
Aimant, ne fût-ce qu'un instant, Donne au poète cette rose.
Si tu aimes, si tu traverses • ■ • 144 ==
Plus d'un orage dans ta vie,
Tu trouveras dans mes vers tendres
Ta rose, à jamais odorante.
A.-A. FETH
« O, pauvreté de notre langue !
Je veux et je ne puis !... Je ne sais exprimer
A l'ennemi ou à l'ami ce qui bouillonne
En ma poitrine, comme une onde transparente.
Et vaine est la souffrance éternelle des coeurs !... »
Le sage doit baisser sa tête vénérable
Devant ce mensonge fatal.
Poète, chez toi seul le son ailé du verbe
Saisit toujours au vol et fixe tout à coup
L'obscure rêverie que notre âme poursuit,
Et le vague parfum qui s'exhale des herbes :
Ainsi, ayant quitté la vallée misérable
Pour l'espace infini, l'aigle de Jupiter
Vole au delà des nues, et dans ses fortes serres
Il emporte un faisceau de rapides éclairs.