‹ La poésie lyrique russeChapitre 53 sur 71 · AU TEMPLE · texte numérisé non relu

AU TEMPLE

Le jour étouffant s'éteignait A l'appel des cloches lointaines.

Mon âme après le divin temple Aspirait comme après l'Eden.

Haletant, précipitamment, Par les monticules boisés Et par les sables j'avançais, Pâle et débile, comme si Je traînais le faix d'une croix, Et je parvins jusques aux portes

(1) Vers écrits après rarrestation de la terroriste Sophie Perovskaïa .

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Où une foule Sô pressait. Je désirais ardemment voir Le rang des lampes argentées Avec les sept feux allumés Des cierges derrière l'autel, Contempler" les risagcs saints, Sertis de leurs ornements d'or ; Soupirer de félicité Dans les tièdes fumées d'encens En sentant le Dieu des miracles.

Mais moi, débile et misérable, Je ne pus entrer dans le temple :

Impitoyablement pressé Par la poussée et par les heurts De cette foule impatiente, Je fus rejeté en arrière, Restant, tel un vieux mendiant, Les yeux baissés, près de la grille.

La croix rayonnait sur le temple, En éclipsant, à elle seule, Les feux de centaines de Cierges.

Toute empourprée par les rayons De l'aurore, elle flamboyait, Plus que des autels éclatante.

Là tournoyaient des martinets, En haut, en bas, comme l'éclair; Éperdu et silencieux.

J'en rassasiai mon ouïe.

Comme la forêt sur les herbes, Au-dessus de moi, de la terre, Et de la coupole du temple, Se déployait la profondeur, Toute l'éternité des cieux.

« Homme de peu de foi, prie donc ! » .■^ — 160

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