L'IMPORTUNE
O, dis-moi tout ce qu'il te plaît,
Je ne me laisserai pas faire,
Je te suis fidèle, et jamais
De ma vie ne te quitterai.
Que l'on m'insulte, qu'on m'appelle
Intolérable et importune,
Pour moi, je le jure, l'amour
Ne fut pas un plaisir frivole :
Je crus au serment éternel
Et sincère que tu me fis,
Je ne veux pas qu'une rivéde
Brise notre intime lien...
Reniée par tous, endurcie
Par le besoin, je n'irai pas
Auprès des femmes dissolues
Chercher un conseil salutaire.
Leurs calculs peuvent être justes,
Les lois être de connivence,
A personne je ne vendrai
Pour des millions ton amour.
Tu peux me battre ou me tuer,
Je suis tienne et je mourrai tienne, Avec la même soif d'amour, De baisers, de tendres caresses.
Et si loin que tu disparaisses, Avec qui que tu soies, toujours Mon ombre sera sur ton seuil Et ne quittera pas ta route.
Si souvent que tu me trahisses, Quoi que tu fasses, mon aimé, Jusqu'à la tombe resté « mien », Tu seras « mien » après la tombe !
BIBLIOGRAPHIE
En russe : Miller (O.). la.-P. Polonski dans sa poésie {Rousskaïa MysL, 1887, n° 6)= — Arseniev (K.). Polonski poète lyrique {Études critiques, t. U. St.-P., 1888). — SoKOLOv (N.). La poésie lyrique de la.-P. Polonski (St.-P., 1899). — SoLOViEV (Vi.). la.'P. Polonski {Vésfnik Evropy, 1898, n» 11).
En français : Bibliothèque universelle, 1887, t. XXXV. Chronique russe. — Bariatixski (Prince). Les Poètes russes (Nouvelle Revue, 1898, t. CXII). — Wengueroff (Zinaïda). Lettres russes {Mercure de France, 1899, t. XXX). — Bibliothèque universelle, 1899, t. XIII : Chronique russe.
N.-A. NEKRASOV (1821-1877)
Nikolaï Alexcevitch Nekrasov, né le 22 novembre 1821 dans la province de Podolsk, d'un père officier russe d'ancienne noblesse et d'une mère polonaise, passa son enfance dans la province de laroslavl, sur les bords du Volga. Envoyé à Saint-Pétersbourg pour entrer dans une école militaire, il s'attira la disgrâce paternelle en préparant l'examen de l'Université. Demeuré sans ressources dans la capitale et obligé, pour vivre, de recourir à des expédients, il connut la faim et la plus affreuse misère.
Cependant Polevoï avait accueilli, en 1838, dans sa revue Syn Otetchesiva, une poésie de Nekrasov, la Pensée, la première d'une série de pièces que le jeune disciple de Joukovski et de Lermontov réunit en 1840 sous le titre Rêves et sons, et qui furent mal reçues par la critique. Après des années de dur labeur, pendant lesquelles il fournissait les revues de traductions, adaptations, compilations, vaudevilles, nouvelles et romans dans le goût du jour, Nekrasov fut distingué par Bêlinski et encouragé par lui à suivre sa vocation poétique. Ses pièces satiriques, parues dans le Recueil péiersbourgeois en 1846, eurent un grand succès. Nekrasov devint co-éditeur du Sovremennik, et mena de front, dès lors, une remarquable activité de directeur de revue et de poète. Après l'interdiction du Sovremennik il dirigea, en 1868, les Oteichesivennya Zapiski, sans ralentir sa féconde production. Atteint par une implacable maladie, il mourut à Saint-Pétersbourg, le 27 décembre 1877.
Nekrasov a souvent, dans ses vers, confessé son ondoyante âme slave, avec ses élans vers le bien, ses faiblesses, ses scrupules et ses remords. Plus généralement, sous une forme épique, satirique ou lyrique, sa poésie présente un tableau saisissant de l'égoïsme des classes privilégiées et para- =^ 163 - - — .
sites, opposé à la misère et à la résignation des humbles, dont les qualité* naturelles sont souvent neutralisées ou dévoyées par les conditions mêmes de leur vie. Mais Nekrasov ardemment attfivtié ^ la tçrre natale, ne désespère ni de la Russie paysanne, riche en âmes et en cœurs, ni de la classe noble qui a suscité les martyrs décembristes et leurs héroïques compa ,nes. Il espère qne l'instruction fera tomber les chaines du servage moral que n'a pu briser l'acte d'affranchissement de 186J. En même temps que le peintre pathétique de la puissance des ténèbres, il est l'annonciateur d€ l'aurore o
Le vers du poète, parfois raboteux, négligé, prosaïque, a toujours la saveur du terroir. Sous l'impulsion d'un sentiment particulièrement cher, il a des trouvailles dcnt S'enor^ gueilliraient les plus grands poèteg.
Œuvres (Poésies) : N. N. Rêves et sons. St.-P., 1840, ^ En route, etc. (dans Peterbourgski sbornik. St,-P., 1846), — Poésies. M., 1856. — Sacha {Sovremennik, 1356, t. LV). — Poésies (3 parues, 1864). — A qui il fait bçn vjvrf en Russie {Ofetchestvennya Zapiski, ISee, 1869, 187Q, 1873, 1874). — Femmes russes (Ibid., 1872-1873). — Derniers chants. St.-P,, 1877. — Poésies (éd, posthume en 4 tçmes. St.-P., 1879). — Poésies (1 tome. St.-P., 1881). — Poçsies (en 2 tomes, 11 « édit. St-P., 1913).