A QUI IL FAIT BON VIVRE EN RUSSIE
^Plainte d'une paysanne, malheureuse mère qui a subi le supplice des verges pour l'épargner à son fils.]
Je suis allée à la rivière, A la rivière aux flots rapides, J'ai choisi un endroit tranquille Auprès d'un buisson de cytise ; Assise sur la pierre grise, La tête appuyée sur les mains, J'ai sangloté, pauvre orpheline !
J'ai appelé très haut mon père :
« Viens, mon père, mon défenseur !
Regarde ta fiUe chérie... »
C'est en vain que j'ai appelé, Je n'ai plus mon puissant appui !
La visiteuse sans justice, Sans parents et sans alliés, La mort, a trop tôt pris mon père !
J'ai appelé très haut ma mère ; Les vents fougueux ont répondu.
Les monts lointains ont fait écho, Mais ma mère n'est pas venue!
Toi qui me protégeais le jour, Qui la nuit priais Dieu pour moi, Jamais plus, ô ma bien-aimée, ■ = 182 =
N.-A. NEKRASOV
Jamais je ne te reverrai,
Tu es partie par le chemin
Inconnu, d'où nul ne revient,
Où le vent ne peut parvenir.
Ni courir la bête sauvage...
Je n'ai plus mon puissant appui !
Si vous pouviez, pouviez savoir
A qui vous laissiez votre fille,
Ce que j'endure loin de vous!
Mes nuits sont des ruisseaux de larmes,
Le jour, je suis l'herbe foulée...
Je marche la tête courbée
En portant mon cœiu" irrité!...