La poésie nouvelle
La Poésie nouvelle dont il est ici question n'est pas seulement une récente manifestation d'art; mais sa nouveauté lui est essentielle, comme le principe même de son esthétique. Notre poésie française, fanée, mourait, il y a quinze ou vingt ans. Quelques jeunes hommes survinrent, animés d'une ardeur louable, épris de Beauté; ils n'essayèrent pas de restituer un semblant de vie aux poncifs anciens, mais Us voulurent inaugurer un art tout neuf dans son aspiration et dans sa forme. Ils affirmèrent leur croyance qu'il n'y a pas de poésie sans la fraîcheur de l' impression, — la poésie, en somme, n'ayant d'autre objet que de nous faire apercevoir la présence réelle de toutes choses.
Il serait exquis de se figurer le premier printemps de la terre, si Adam n'avait pas été, sans doute, d'une mentalité trop rudimentaire pour en goûter la grâce fragile... L'habitude et l'utilité
nous empêchent de voir les choses avec t élonnement émi'rpfillp, qu'elles méritent; elles ont bientôt cessé de nous émouvoir, et dès lors notre existence icibas, dans le monde vainement délicat et varié, n'a plus ni agrément, ni signification.
C'est le râle de la poésie, de rendre à notre vision sa véridiqae ingénuité, de restituer aux bois, aux champs, à toute la Nature et enfin an cœur de r homme, à ses passions, à ses mélancolies et à ses allégresses, leur immédiate et si éphémère vérité^
Seulement, la poésie, elle aussi, comme toute œuvre humaine oacomme toute créature, a vite fait de vieillir, et, vieillie, elle n'est plus rien. Il la faut sans cesse renouveler; il faut san^ cesse imaginer une autre poésie.
Voilà ce que comprirent les poètes dont les œuvres sont analysées dans ce livre, et ils ont réussi parfaitement leur tâche opportune. Il convient qu'on admire la désinvolture avec laquelle ils ont rejeté les anciennes formes littéraires. On les accusa d'irrespect; heureuse audace! ils laissèrent les morts ensevelir les morts, les néo-parnassiens ressasser les parnassiens d'anlan et, libres, confiants en eux-mêmes, ils s'élancèrent à la conquête d'une Beauté nouvelle, de leur Beauté!
Il serait oiseux de leur chercher des ancêtres, puisqueleur esthétique est d'abord une hardierupture avec le passé. Verlaine leur donna peut-être une conscience plus nette de la légitimité de leur
entreprise en leur rend tint plus perceptible la gêne des ré ff les périmées qui se survivent à elles-mêmes. Mallarmé, qui faillit, à d'autres égards, les induire en erreur, leur apprit ta dignité de l'art et la hautaine indifférence qu'il faut garder vis-àvis des incompréhensions du public. Et quant au grand Baudelaire, s'il eut avant eux la nostalgie d'un art libre et neuf, il ne réalisa que partiellement son vœu et, en tous cas, il ne leur livra pas une formule d'art qu'ils aient adoptée...
Ils sont eux-mêmes, superbement.
Aussi ne composent-ils pas une école. Ils se ressemblent par un même désir d'indiuidualisme.
Mais, à cause de cela aussi. Us se séparent pour la réalisation de leur idéal ■ chacun d'eux manifeste sa personnalité avec indépendance, avec intransigeance. Il g a parmi eux des splritualistes et des matérialistes, des catholiques et des nihilistes, des tristes et des gais, des visionnaires luxueux et d'humbles observateurs de la réalité quotidienne. . .
Ils ont affranchi la poésie des vieilles écorces qui l'enserraient; et aussitôt elle s'est épanouie aoec une richesse de sève, une abondance de vie admirables. Dans l'histoire de notre littérature, le renouveau poétique de ces dernières années apparaîtra comme tune de ses plus belles époques de fécondité.
Et puis, cette poésie nouvelle, à son tour vieillira; elle deviendra un pond f et H faudra alors
i/i('on la lue. Mais ci préami elle eit dans toute la /raleheurde sa noaucaulé: hdlons-nousd'en Jouir, d celle heure fugace oà elle exprime, avec un émouoanle imixiU,nolreânie d'aujourd'hui, noire âme passai/ère.