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Ainsi fait Tliom-is Braun. S.in iatention principale est de se di^livrcr du poncif poétique qu'ont ct&6 chez nous le Romantisme et le Parnasse, Il ne cherche pas k faire une habile restitution de l'art d'autrefois. Mais il s'efforce, à la manière ingénue des anciens poètes, de faire simple. Ceux-ci, indemnes encore de toute cette " litt'iratureB.quimiinlonant s'interpssH entre les choses et nous, pouvaient se' mettre directement en présence des choses ; les mots dont ils se servaient ne s'étaient pas eacore usés à tant servir. C'est à eus qu'il faut demander le secret d'une poésie simple.
Une brochure qu'a récemment publiée Thomas Braun nous renseigne assez bien sur ses intentions d'art (i). A ,.■■;... - '■• Francis Jammes, ilylraitedes Poètes simples
■ ■■K .'.e I l'oésic simple. L'idée essentielle de son esthéti- , -, l'si .'slle-ci. Il ne faut pas aller chercher la poésie
■ i' I I lii' et surtout dans le magasin traditionnel des ., ■-■." 1 ■■3 a poétiques »; mais elle est là, toute proche, i! rr- n.ijnblo vie quotidienne, dans tes objets familiers, ■'.I.'- Il-, spectacles coutumiers, dans les modestes pay- > i' • ij !'■ l'on voit de sa fenêtre, dans le travail des pe- :ii- '^ àleurmélier, pêcheurs, jardiniers, menuisiers,
■"■ ■■ — " j^ "^ (l's pas les pâtres et les bergers, ■ '• ■■ et déjà ceuK-ci se trouvent catalogués parmi
■ ■i,:fues ». Si l'on sait éprouver de toutes choses « la conscience intime et troublante », si l'on sait voir toutes choses dans leur simplicité, dans leur humilité, on les sentira émouvantes et belles, — belles en ellesmêmes et sans faux ornements, de sorte que l'art du poêle consiste à écarter la prétendue « poésie » dont la
réalité s'est revêtue Iraditioanellement, puis à considérer ainsi la réalité, défardée et « prosaïque c. La beauté deia vie n'est pas extérieure à la vie; mais elle est dans la vie même. Quand la création fut achevée, la Genèse dit que toutes choses furent par Dieu déclarées bonnes, et erant valde bana. Toal est bien et tout est bon. Tout est dig-ne d'intérêt et doué de poésie, les Anes autant que les rossignols, les maçons autant que les semeurs, les ustensiles de la cuisine autant que les plus distingués bibelots d'étagère... « A voir telles les choses qui nous entourent, nous éprouverons de la joie, de la confiance et du bonheur, » — de la sympathie aussi et de la ferveur pour l'humilité joyeuse de la vie. Ainsi cette esthétique est, en somme, une morale ; elle provient d'une conception simple et religieuse de l'existence...
On voit maintenant quel est le sens de ces Bénédictions que Thomas Braun veut répandre pieusement sur toute la réalité d'ici-bas. Rien n'est à dédaigner, à mépriser. Il n'y a rien de vil dans la Création. Il faut bénir, afin de la réhabiliter, la vie ordinaire, « en laquelle vit Dieu d'une manière tout à fait quotidienne et où les moindres événements semblent cacher de bonnes peiir aées ». Bénédiction de la famille et de la maison, de r&me et du corps, des aliments qui lui donnent la force et la santé, le pain, le vin, la bière et les fromages, bénédiction des herbes et des semences, des animaux, des oiseaux, des abeilles, bénédiction de tous les êtres, et des pèlerins et des malades, et de ceux qui travaillent, et de ceux qui prient, et de ceux qui souffrent, bénédiction de la joie et de la douleur, bénédiction de toute
Et, comme tout cela est simple et est divin par sa
simplicité, c'est avec des mots très simples aussi qu'il ]e faut louer, aSa de ne pas prêter k la réalité une voix en dissonance avec sa nature essentielle. Tkomas Braun dédaigne les subtilités de la métrique, les rafEnemeols du rythme et de l'harmonie. II néglige les règles difficiles de la versification et les menues délicatesses qui ne seraient point en rapport avec le caractère religieux de son poème, qui airiuseraient la pensée par leur élégante fantaisie plutôt que de la pénétrer de respectueuse émotion. Il écarte le luse des rimes superbes qui ne conviendraient pas à son cantique de pauvreté. Il ne veut adopter que la forme la plus simple, comme la plus séante à son œuvre. Ses vers, sorte d'alexandrins libres, ont une lenteur uniforme et noble ; il les fait rudes et frustes volontairement; il leur donne le ton d'un langage grave qu'inspire un sentiment profond.
Voici les paroles du père pour la bénédiction de l'enfant :
Seig^neur, daignez bénir l'enfaDi qui vient de natlre, Fils de mon saog et de celui de mes ancêtres. Donnez-lui d'acquérir l'usa^ de ses membrea, D'ouïr, d'ouvrir les jeux, de remuer la langue, De trouver le secret des larmes et do rire, De prendre goût aux aliments et de grandir.
Puisse-t-il être fort comme mon père en Flandre, De mine rose et barbe rousse, et prêt à fendre Un arbre géant d'unseul coup. Puissent ses OMins . Hisser la voile, forger le fer, faucher les grains, Selon que soit sa vie, par votre destinée.
Vers ta mer, vers le fer ou la terre ordonnée.. .
Le poète décrit soigneusement chacune des choses qu'il bénit, les ruches de paille bien alignées et cerclées de bois peint qu'environne un remous bruissant d'abeil-
les eoSévrèes, les oiseaux Jont les ailes variées mêlent du bleu, du vert, du jaune à la couleur des feuilleiS, les perdrix dont le sol ensable le plumage cria, les vagues qu'alourdit, à l'aurore, uiio mijussi" d'écume et que la nuit créle de lueurs phosphorescentes, les batcaus qui
Voiles debout, pavillons clairs, pleine carêac, Et le soleil dorsDl le^ seins de la sirène Qui, verle, rouge jaune cl cambrée à la proue, Ouvre les dois du lorse où les algues se nouent,
Sa description est franche et vive, nullement quir/, senci6e, jamais atténuée ; il ne redoute pas les coul t:ir violentes, il ne cherche pas à les concilier dans une 'm. monie savante, mais il peint ce qu'il voit, tel qu' l voit, sans l'arranger, sans le parer, attentif seulem^ m l'exactitude de sa copie. Peu importe, si parfois ilh. 11 i ■ ainsi nos habitudes et notre goût; précisément, ■'■ ■ veut contrarier les fausses délicatesses, afin de ne u,>,.émouvoirque d'authentique beauté... Parfois auss', lu . en restant tr6s proche de la réalité, le tableau qu'il ii ji oÉfre est d'une grâce charmante. Voici les herbes
L'herbe d'été, l'herbe des bois, jaune et rosée, La seconde herbe éciose et miirie aux rosées De la grave el bruineuse automne des prairies. Les sainfoins et les graminées les ont neuries. Elles ont poussé haut, flexibles, élancées.
Et si nombreuses que la faux fut émoussée A revêtir le sol de leur parure morte.
Le char, à grande peine, est passé par la porte. Elles soDl là, fleurant l'avril dans l'ombre tiède A cûlé de retable où ruminent les bêles...
i, d'un être ou d'un objet, toutes les
variétés, soig'ûeux de n'en pas oublier ime seule, pour que chacune d'elles participe à la bénédiction. Et tous les oiseaux, par exemple : ceux des forêts, ceux des sillons et des blés, ceus des marais, des polders et des plag'es, courlis, canards. Foulques sauvages, ceux dont les pattes palmées s'impriment dans la vase, ceux des deltas et des îles, flamants, ibis et .cigognes, ^ceux qui font leur nid dans la paille auprès des fermes et ceux qui éraigrenl l'hiver, ceux qui se réjouissent de la lumière du soleil et chantent à l'aube, ceux qui se cachent dans la nuit, les oiseaux de mer, albatros, cormorans et mouettes, les oiseaux de basse-cour et les cygnes aussi, ceux qui demeurent près dos tombes, ceux qui sont tristes, ceux qui sont gais. De chaque chose, il indique la fabrication minutieuse, aSn que la bénédiction s'étende à toutes les mains qui travaillèrent, afin que soit sanctifiée toute activité saine et laborieuse.
Cette poésie, qui n'a recours, comme on le voit, qu'à un très petit nombre de procédés presque primitifs, arrive souvent, à une réelle grandeur. Ainsi cette Bénédiction des pèlerins, qui évoque le lent défilé des piétés lasses et acharnées, eu roule vers leur idéal, qu'elles aillent à l'église^ des Riches-Claires, à Notre-Dame-des- Douleurs, ou de la Dune, ou du Bon-Sommeil, ou du Chaot-d' Oiseau, à Grœninghe, à Tongres, ou bien à Schentveld, ou bien à la Vierge d'Assebrœck qui, tout un jour, nagea derrière un vaisseau, bien qu'elle filt en
Sclg-aeur qui commaudez aux niouveineols de l'air, Et doul le peuple à sec put traverser la mer,| Dont l'ëtaiie a^guidc la marche des rois mag-cs, Accordez, s'il vous plaît, lempa calme et^bou voyage
Aux humbles pèlerins qui, menés par un ange.
S'en vaal au gave bleu cbanler votre louunge ! , . . Qu'ils arriveat, vers la soirée, au pays clair, BAloas usés, gourde sèche el besace vide, Mais l'âme en Joie, Seig'aeur, et le coeur ialrépide.
Ces poèmes, ainsi que ceux de Francis Jammes et de Max Elskamp, étonnent et déconcertent à la première lecture. Ils contrarient nos habitudes litttïraires. Et c'est \h précisément la preuve qu'il était bon qu'ils fussent écrits, afin de renouveler et d'enrichir notre conception do la poésie, qui s'appauvrissait.,.