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La poétique de Schiller; essai desthétique littéraire

Les pages qui vont suivre sont destinées à fixer et à discuter les lignes essentielles de la Poétique de Schiller, telles que nous la trouvons esquissée en première ligne dans le Traité sur la Poésie naïve et sentimentale, et, subsidiairement, dans la Correspondance de Schiller avec Kôrner, Goethe et Guillaume de Humboldt. Je n'ignore pas que ce traité n'occupe dans l'ensemble des œuvres esthétiques du grand poète allemand qu'une place, somme toute, secondaire. Il ne saurait rivaliser en profondeur avec la géniale ébauche du Rallias, ni en richesse d'idées et en largeur de développement avec ces merveilleuses Lettres sur l'Education esthétique qui comptent parmi ce que la prose philosophique allemande a produit de plus achevé.

Néanmoins, le Traité sur la Poésie naïve et sentimentale nous paraît digne d'être l'objet d'une étude approfondie. En effet, dans l'esthétique générale, dans la philosophie, malgré l'ardeur et la conscience de ses études kantiennes, malgré le mérite incontestable, à mes yeux, d'avoir, le premier et même le seul des disciples de Kant, tiré des principes de la Critique du Jugement les conséquences qui

y étaient implicitement contenues, Schiller reste en quelque sorte un étranger. L'on sait par quels détours Schiller a été amené à s'occuper des théories du beau et de l'art. Après une jeunesse orageuse a travers laquelle il avait semé, sans grand choix ni mûre réflexion, ces poèmes et ces drames où l'Allemagne deVAufklârung expirante avait senti palpiter toutes ses sourdes révoltes et toutes ses généreuses aspirations et où le jeune poète s'était abandonné sans frein à une aspiration, certes, géniale et d'une extrême élévation morale, mais trouble, fumeuse, chargée de gangue, allant du lyrisme le plus échevelé jusqu'au réalisme le plus intransigeant; après ces années d'apprentissage où, moins heureux que le Williem Meister de son grand ami, il avait goûté toute l'amertume de la lutte pour la vie, et avait coudoyé, non pas en amateur, mais en homme obligé d'y vivre et d'en vivre, ce monde des théâtres qui, sous ses apparences brillantes, devait répugner profondément à un cerveau et à une âme comme la sienne, il avait été recueilli par la chaude amitié de Korner et avait pu refaire à Dresde son esprit surmené et ses nerfs surexcités. Puis, impatient d'aller mesurer ses forces à Weimar avec ceux que l'Allemagne reconnaissait alors pour ses maîtres intellectuels et poétiques, il n'y avait pas trouvé, malgré les avances de Wieland et l'intérêt un peu protecteur de Herder, l'accueil sur lequel il avait cru pouvoir compter, et s'était laissé envoyer, comme en disgrâce, dans une chaire d'histoire de l'Université d'Iéna, à laquelle l'avaient désigné ses travaux relatifs à la Révolution des Pays-Bas. Là, il change de nouveau de route. Lui, qui jusque-là n'avait suivi pour écrire que l'irrésistible appel d'un merveilleux instinct, veut maintenant se rendre compte des lois de l'inspiration

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