‹ La poétiqueChapitre 13 sur 69 · DE LA LEGTUBE DES OEUVRES DRAMATIQUES · texte numérisé non relu

DE LA LEGTUBE DES OEUVRES DRAMATIQUES

leur dramatique interne, c'est essentiellement une àc-tion tellement conçue qu'elle rende le drame excellent pour la représentation. Nous en trouvons la meilleure preuve dans les tragédies grecques. Nous ne les voyons plus, à la vérité, sur le théâtre ; mais si nous les considérons attentivement, nous verrons que si elles continuent de nous satisfaire pleinement, c'est que, de leur temps, elles furent expressément composées pour la scène. Ce qui les bannit du théâtre actuel, c'est moins leur organisation dramatique qui se distingue surtout de la nôtre par Tusage des chœurs^ que les exigences et les idées nationales sur lesquelles elles sont ordinairement construites. L'éloignement où nous sommes de ces idées fait que nous ne nous trouvons plus là chez nous. La maladie de Philoctèle, par exemple, l'ulcère infect qui ronge son pied, ses lamentations et ses cris, seraient un spectacle que nous ne pourrions ni voir ni entendre, pas plus que nous pourrions nous intéresser aux flèches d'Hercule dont il s'agit principalement dans la pièce. De même, la barbarie d'un sacrifice humain, dans Iphigénie en Aulide ou en Tauridej peut bien nous plaire dans un opéra, mais dans la tragédie cela devait être présenté tout autrement, comme Ta fait Gœthe.

L'habitude que nous avons tantôt de lire seulement, tantôt de voir représenter une pièce de théâtre, a conduit à une erreur plus grande encore : on a cru que, dans la pensée des poètes eux-mêmes, leur œuvre

était, en partie, destinée à être lue, et cela d'après n. 4

celte opinion que cette circonstance n'exerce aucune influence sur la nature de la composition. Il existe sans doute, sous ce point de vue, quelques parties (relatives seulement au côté extérieur et comprises dans ce qu'on appelle la connaissance de la scène) dont la violation ne diminue pas la valeur d'une œuvre dramatique considérée poétiquement. Tel est, par exemple, l'art de calculer le temps juste que doit durer une scène pour qu'une autre qui exige de grands préparatifs lui succède commodément, ou pour que l'acteur ait le temps nécessaire de s'habiller, de se reposer, etc. Une pareille connaissance ou habileté ne donne aucun avantage poétique, et elle dépend plus ou moins des règles, changeantes elles-mêmes etconventionnellesduthéâtre. Mais, au contraire, il existe d'autres points par rapport auxquels le poète, pour être vraiment dramatique, doit avoir devant les yeux la représentation vivante, faire parler et agir ses personnages dans ce sens, c'està-dire dans le sens d'une action réelle et présente. Par ces côtés, l'exécution théâtrale est une véritable pierre de touche. Car les simples discours et les tirades de ce qu'on appelle le beau style ne tiennent pas devant le tribunal suprême d'un public dont le goût est sain et développé, si la vérité dramatique leur manque.

A certaines époques, sans doute, le goût du public, aussi, peut être égaré par une trop haute estime des formes conventionnelles, par de fausses opinions qu on lui a mises dans la tête, par les marottes des connaisseurs et des critiques. Mais, s'il lui reste encore un

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