‹ La poétiqueChapitre 14 sur 69 · DE LA LECTURE DE8 OEUVRES DRABIATIQUES. M · texte numérisé non relu

DE LA LECTURE DE8 OEUVRES DRABIATIQUES. M

sens vrai, il n'est saiisfaifc que quand les cdractères se manifestent et agissent comme l'exige et le comporte la réalité vivante, à la fois de la nature et de Tart. Si^ au contraire, le poète veut seulement écrira pour un lecteur solitaire, il peut facilement en venir jusqu'à laisser ses personnages parler etagir à peu près comme cela se passe dans une correspondance. Si quelqu'un nous écrit les motifs de ses projets, s'il nous fait des protestations d'amitié ou qu'il ouvre son corar devant nous, entre la réception de la lettre et la réponse, beaucoup d'idées et de réflexions nous viennent à l'esprit. Car la pensée embrasse un vaste champ de possibilités. Mais, s'il s'agit d'un discours ou d'un entretien de personnages en présence, on doit supposer une certaine spontanéité dans les motifs, les sentiments et les résolutions. C'est un échange rapide de paroles, de gestes, de réponses ou de reparties, sans tout ce long détour de réflexions. Ensuite, les actions et les discours, dans chaque situation, sortent d'une manière vivante du caractère des personnages, qui n'ont pas le temps de choisir entre des possibilités diverses. — Sous ce rapport, il n'est pas indifférent, pour le poëte et sa composition, de diriger son attention sur la scène, qui rend nécessaire une pareille vitalité dramatique. Il y a plus : à mon avis, aucune pièce de théâtre, proprement dite, ne devrait être imprimée, mais à peu près, comme chez les anciens, appartenir, comme manuscrit, au répertoire du théâtre, et n'obtenir qu'une circulation tout à fait insignifiante. Nous ne verrions pas

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ainsi apparaître tant de drames d'un style fort soigné^ qui renferment de beaux sentiments, d'excellentes réflexions et de profondes pensées, mais qui pèchent pré* eisément par ce qui fait, dramatiquement parlant, le drame, savoir, l'action et sa vie animée.

Quand on lit, par devers soi ou deVant une société, une œuvre dramatique, il est difficile de décider si elle est de nature à ne pas manquer son effet sur la scène. Goethe lui-même, qui avait, dans les derniers temps de sa vie, une grande expérience du théâtre, était, sur ce point, très-incertain, à cause de ^extraordinaire confusion de notre goût à qui les choses les plus hétérogènes peuvent plaire. Si le caractère des personnages et le but qu'ils poursuivent sont grands et simples, il est plus facile, sans doute, de les comprendre. Mais le mouvement des intérêt», la marche progressive de l'action, la tension et la complication des situations, la juste mesure dans laquelle les caractères agissent les uns sur les autres, la dignité et la vraisemblance de leur maintien et de leurs discours, voilà sur quoi il est difficile de porter un jugement certain à la simple lecture, sans la représentation théâtrale. Car le discours exige, dans le drame, plusieurs personnages différents, et non un seul et même ton, quelque artistement nuancé et diversifié qu'il soit.

D'ailleurs, dans la lecture à haute voix, il y a tou-* jours l'embarras de savoir si chaque fois les personnages qui parlent doivent être nommés ou non. Chacun 4les deux cas a ses inconvénients. Si le débit reste mo-

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Dotone^ la désignation des noms est indispensable^ et il n'en est pas moins fait violence à l'expression de la passion. Si, au contraire^ le débit est dramatiquement animé, de sorte qu'il nous fasse réellement assister à la situation, alors peut naître facilement une nouvelle contradiction. L'oreille est satisfaite, mais Tœil aussi a ses exigences. Si nous. entendons une action, nous voulons voir aussi agir les personnages, leurs gestes, leur entourage. Il faut à l'œil un spectacle complet. Or, il n'a maintenant devant lui qu'un lecteur qui, au milieu d'une société privée, est là assis et reste en repos. Ainsi, la lecture en société est toujours un milieu non satisfaisant entre la simple lecture muette, sans prétention, dans laquelle le côté réel disparait tout à fait ou est abandonné à l'imagination, et. l'exécution théâtrale.

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