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SON PRINCIPE GÉNÉRAL

!• — Ba principe de la poésie dramatl^ae.

La poésie dramatique a son origine dans le besoin que nous avons de voir les actions et les relations de la vie humaine représentées sous nos yeux par des personnages qui expriment cette action par leurs discours. Mais Taction dramatique ne se borne pas à la simple réalisation d'une entreprise qui poursuit paisiblement son cours^ elle roule essentiellement sur un conflit de circonstances, de passions et de caractères, qui entraîne des actions et des réactions et nécessite un dénoû^ ment. Ainsi, ce que nous avons sous les yeux, c'est le spectacle mobile et successif d'une lutte animée entre des personnages vivants, qui poursuivent des buts opposés, au milieu de situations pleines d'obstacles et de périls j ce sont les efforts de ces personnages, la manifestation de leur caractère, leur influence réciproque et leurs déterminations; c'est le résultat final de cette lutte qui, au tumulte des passions et des actions humaines, fait succéder le repos.

Or, le mode de conception poétique de ce nouveau genre doit, comme je l'ai déjà dit, offrir l'alliance et la conciliation du principe épique et du principe lyrique.

I. Une prernière observation, à ce sujet, est relative au temps oii la poésie dramatique apparaît et domine

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les autres genres. Le drame est le prodoit d'une civilisation déjà avancée. II suppose nécessairement passés les jours de Tépopée primitive. La pensée lyrique et son inspiration personnelle doivent également le précéder, s'il est vrai que, ne pouvant se satisfaire dans aucun des deux genres séparés, il les réunisse. Or, pour que cette combinaison poétique s'opère, il faut que la conscience des fins et des mobiles de la volonté humaine, que l'expérience des complications de la vie et la connasssance des destinées humaines aient été parfaitement éveillées et développées; ce qui n'est possible que dans les époques moyennes ou tardives du développement de la vie d'un pjeuple. D'ailleurs, les premiers grands exploits ou événements nationaux sont d'une nature plus épique que dramatique. Ce sont, pour la plupart, des expéditions collectives et lointaines, comme la guerre de Troie, ou les croisades, des migra-» tiens de peuples, ou la défense du sol national contrôles invasions étrangères, comme les guerres contre les Perses. Ce n'est que plus tard qu'apparaissent ces héros isolés et indépendants, qui conçoivent d'eux-mêmes un but d'action, et réalisent dés entreprises personnelles.

IL En ce qui regarde, en second lieu, l'alliance même du principe épique et du principe lyrique, nous devons la concevoir de la manière suivante :

Déjà l'épopée déroule une action devant nos yeux; mais celle-ci représente l'esprit national dans sa substance çt sa totalité, sous la forme d'événements et

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d'actioiis déterminés et objectifs, dans lesquels la lolonté personnelle, le but individuel et la force dei^ circonstances, ainsi que des obstacles extérieurs, conservent une égale importance. Dans la poésie lyrique , au contraire y c'est la personne qui , dans sa volonté indépendante, apparaît pour elle-même et exprime les sentiments de son âme.

Or, si le drame doit réunir en soi les deux points de vue, ce ne peut être qu'à ces conditions :

1*" Il faut d'abord que, comme l'épopée, il mette sous nos yeux un événement, un fait, une action ; mais cet événement, qui suivait un cours fatal, doit ici se dépouiller de ce caractère -extérieur. Comme base et comme principe, doit apparaître la personne morale en action. Je dis en action, car le drame ne représente pas le sentiment intérieur d'une manière lyrique en opposition avec les événements extérieurs : il met en scène les sentiments et les passions intimes de l'âme dans leur réalisation extérieure. Dès lors, d'un côté, l'événement ne parait pas naître des circonstances extérieures, mais de la volonté intérieure et du caractère des personnages; et il n'a de sens dramatique que par son rapport avec des fins et des passions personnelles. D'un autre côté, cependant, le personnage ne i:este pas enfermé en lui-*môme dans, une indépendance solitaire. Par la nattn-e dés ciréonstances au milieu desquelles son caractère et s^f volonté' se manifestent , aussi bien que par celle du eut indiyiduei qu'il poursuit, il se trouve entraîné dans une lutte avec d'autres personnages; et, dès lors, Fac-i-

tion offre des complications et des collisions qui, à leur tour, contre sa volonté et sa prévision, conduisent à un dénoûment dans lequel se manifeste l'essence propre et profonde des fins , des passions et des destinées humaines en général. Cet élément substantiel est une des Êices du principe épique ; il se manifeste d'une manière active et vivante dans la poésie dramatique.

^ D un autre côté , quoique Fhomme moral et sa nature intime soient le centre de la représentation dramatique, celle-ci ne peut se contenter des simples situations lyriques, ni même du récit plus ou moins pathétique des actions passées, ou de la description des jouissances, des pensées et des sentiments où l'homme reste inactif. Dans le drame , les situations n'ont de sens et de valeur que par le caractère des personnages qu'elles mettent en relief, et par les fins qu'ils poursuivent. Les sentiments déterminés de l'âme humaine prennent donc, dans le drame, le caractère de mobiles internes, de passions qui se développent dans une complication de circonstances extérieures qui ainsi s'objectivent et, par là, rappellent la forme épique. Mais cette action extérieure, au lieu de s'accomplir comme un simple événement, renferme les desseins et les efforts de la volonté humaine. L'action est cette volonté même poursuivant son but, en ayant conscience ainsi que du résultat final. Les conséquences des faits rejaillissent sur elle, exercent sur elle leur contre-coup. Ce rapport perpétuel des événements avec le caractère moral des personnages, qui les explique, qui en fait le

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