‹ La poétiqueChapitre 4 sur 69 · SON PRINCIPE GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

SON PRINCIPE GÉNÉRAL

fond et la substance, est le principe, à proprement parler lyrique, de la poésie dramatique.

S"" De cette manière seulement l'action apparaît comme action , comme développement réel des intentions et de la pensée des personnages qui , dans la poursuite de leurs desseins , mettent leur existence tout entière, et alors aussi doivent répondre de tout ce qui arrive par leur propre fait. Le héros dramatique porte lui-même les fruits de ses propres actes.

Or, comme Tintérét se porte exclusivement sur le but de l'action , dont le personnage principal est le héros , et qu'il suffit d'introduire dans ce spectacle les seules circonstances extérieures qui sont en rapport essentiel avec ce but, le drame est d'abord plus simple que l'épopée. En effet , d'un côté, par cela même que l'action repose sur la libre détermination du caractère et qu'elle doit dériver de cette source intérieure, elle n'a pas pour base la conception d'un monde tout entier qui s'étend et se ramifie de toutes parts : elle se resserre en un petit nombre de circonstances déterminées, au milieu duquel les personnages marchent directement à leur but et le réalisent. Ensuite le héros principal n'offre pas un ensemble complet de qualités nationales comme dans l'épopée, mais seulement un caractère en rapport avec l'action et son but déterminé. Ce but , qui est la chose essentielle , domine le développement du caractère individuel, qui apparaît comme son organe vivant et son suppojTt animé. Un développement plus large et plus varié, mais qui serait sans aucun rapport ou seulement

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dans un rapport éloigné avec raction ainsi concentrée en un point, serait quelque chose de superflu. lien résulte qu'en ce qui concerne l'individualité des personnages , la poésie dramatique doit être également plus simple et plus concentrée que la poésie épique. Il en est de même pour le nombre et la diversité des person* nages mis en scène. Car, puisque le drame ne i^eprésente pas la vie nationale dans sa totalité, il ne doit pas nous offrir en spectacle, dans leur ensemble varié , les divers rangs, les âges, les sexes, les professions, etc., mais; au contraire, diriger constamment nos regards sur un seul but et sur son accomplissement. Un tableau plus vaste serait une distraction oiseuse et une choquante diversion.

Mais, en outre, le sujet ou le but d'une action n'est dramatique qu'autant que, par son caractère déterminé et par la nature des circonstances, il soulève d'autres intérêts et d'autres passions opposées. Ces mobiles et ces passions peuvent être des idées et des vérités morales, religieuses, les principes éternels du droit, l'amour, la patrie, les affections de la famille. Pour que ces sentiments, qui sont 1^ base de la vie humaine, affectent la forme dramatique, il faut donc qu'ils appa* missent dans leur particularité exclusive et leur opposition ; de telle sorte que J'action ait à éprouver des obstacles, entraine des complications et des conflits divers de causes et de circonstances, qui combattent diversement le succès des entreprises particulières.

Le véritable fond du drame, ce qui produit un véri-

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table intérêt, ce sont bien ces puissances éternelles, les vérités morales, les dieux de l'activité vivante, en g^-^ néral, le divin et le vrai, mais non dans leur majesté calme et sereine, immobiles comme les images de la sculpture. C'est le principe divin, tel qu'Use manifeste dans le drame de la vie, comme formant l'essence et le but de la volonté humaine, influant sur ses déterminations, lui donnant l'impulsion et le mouvement.

Si, cependant, l'élément divin constitue ainsi l'essence la plus intime et le fond caché de l'action dramatique^ dès lors, aussi, le cours décisif des événements, l'issue de ces complications et de ces conflits ne peut dépendre des personnages eux-mêmes qui luttent entre eux, mais du principe divin ou de la puissance générale qui les domine et les contient dans son sein. Et, ainsi, de quelque manière que cela soit, le drame doit nous révéler l'action vivante d'une nécessité absolue qui termine la lutte et lève les contradictions.

III. Au poète dramatique qui crée une pareille œuvre, s'impose, par conséquent, avant tout^ cette première condition, qu'il ait la pleine intelligence de ce qui constitue le fond général des passions, des luttes et des destinées humaines. Il doit connaître toutes les oppositions et les complications dans lesquelles l'action doit s'engager, et qui, conformément à la nature des choses, naissent soit des passions individuelles et des caractères, soit du but des entreprises et des volontés humaines, soit enfin des relations et des circonstances

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extérieures. Il doit être capable de reconnaître les puis* sances morales qui règlent le sort de Thomme suivant ses actions. Les droits, commeies égarements des passions qui excitent des orages dans le cœur de Thomme, doivent lui apparaître avec une égale clarté, afin que là où, pour des yeux vulgaires, semblent dominer l'obscurité, le hasard et la confusion, se révèle à lui le réel développement de la raison absolue et de la vérité. Le ppete dramatique, par conséquent, ne doit ni rester dans la simple rêverie qui s'amuse à creuser les pro«^ fondeurs de l'âme, ni s'attacher à quelque sentiment exclusif, à quelque manière étroite de sentir et de concevoir les choses. La plus grande ouverture et largeur d'esprit lui sont nécessaires. Car, les puissances morales qui, dans l'épopée, se manifestaient seulement comme différentes, et conservaient une signification indéterminée, se précisent et s'opposent dans ce drame, puisqu'elles forment le fond du caractère des personnages, et s'individualisent en eux. Il doit aussi d'autant mieux saisir leur harmonie. Le drame, en efiet, détruit ce qu'il y a d'exclusif dans ces puissances, soit qu'elles se montrent hostiles comUn^ dans la tragédie, soit que, comme dans la comédie, elles révèlent immédiatement leur accord et se concilient.

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