‹ La poétiqueChapitre 43 sur 69 · IV. — Poésie des Arabes · texte numérisé non relu

IV. — Poésie des Arabes

Après le sublime, nous pouvons mentionner ici,

d'une manière incidente, une autre conception qui s'est également développée en Orient. En opposition avec l'idée d'un dieu unique et de sa toute-puissance, se manifeste le sentiment de la liberté et de l'indépendance personnelle, autant, du reste, que l'Orient peut permettre le développement d'une pareille tendance. Nous devons la chercher principalement chez les Arabes. L'Arabe, dans ses brûlants déserts, au milieu de cette immense mer de sable, le ciel pur au-dessus de sa tète, est forcé par la nature à ne rien attendre que de son propre courage et de la valeur de son bras, ainsi que de ses moyens de conservation, ses chameaux, son cheval, sa lance et son épée. Ici se manifesté, par opposition à la mollesse indienne et à l'abandon de soi-même, aussi bien qu'au panthéisme mahométan plus moderne, la dédaigneuse indépendance du caractère personnel, et un esprit qui laisse aux objets leur réalité limitée et leur caractère déterminé. A cette indépendance de l'individualité qui commence à se montrer, se joignent l'amitié fondée sur un choix libre, l'hospitalité, la noblesse d'âme et l'élévation des sientiments ; de même aussi le plaisir infini de la vengeance, le souvenir ineffaçable de ta haine qui se satisfait avec une implacable passion et une cruauté parfaitement réfléchie. Tout ce qui se produit sur ce terrain porte une couleur toute naturelle et humaine. Ce sont des actes de .vengeance, des traits d'amour, de grandeur d'âme et de dévouement, d'où le fantastique et le merveilleux sont bannis. Tout y est développé dans un ordre fixe et déterminé, selon l'encbai-

nement nécessaire des choses. Au reste, cette manière de considérer les objets réels, de les ramener à une mesure fixe, de les envisager dans leur force libre, et non par leur côté utile et prosaïque, nous la trouvons déjà chez les Hébreux. L'indépendance énergique du caractère^ Tâpreté sauvage de la haine et la soif de la vengeance, se rencontrent dans la nationalité juive à son origine. Ici cependant se fait remarquer une différence : les phénomènes de la nature, auxquels sont empruntées les images les plus fortes, sont décrits moins pour euxmêmes que pour manifester la puissance de Dieu, visà-vis duquel ils perdent toute valeur propre. De même aussi, la haine et la vengeance ne paraissent pas personnelles ; elles se rapportent au service de Dieu, comme haine et vengeance nationale contre tous les peuples étrangers. Sans parler des derniers psaumes, c'est ainsi que les prophètes souhaitent et invoquent souvent le malheur et la ruine des autres nations ; et il n'est pas rare que l'énergie de leur langage soit empruntée à ce sentiment qui se répand en imprécations et en anatlièmes.

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