‹ La poétiqueChapitre 54 sur 69 · DES SITUATIONS DRAMATIQUES · texte numérisé non relu

DES SITUATIONS DRAMATIQUES

1"* Pour ce qui est des conflits de la première esfièce, ils ne peuvent avoir de valeur que comme simples causes occasionnelles; parce qu'ici c'est la nature seule qui, avec ses maux, ses maladies et ses infirmités, renferme des causes qui détruisent l'harmonie de la vie, et entraînent avec elles des oppositions. Prises en elles-mêmes, de pareilles collisions n'offrent aucun intérêt^ et l'art ne les admet qu'à cause des collisions d'un ordre plus élevé qu'un malb&ur naturel peut amener à sa suite. Telle est dans YAlce$te d'Euripide la maladie d'Âdmète, dans le Pkiloctète dé Sophocle la blessure que fit au pied du héros le serpent de Chrysa, dans ï Iliade la peste qui désole le camp des Grecs, et qui d'ailleurs est déjà ellemême la suite d'une violation antérieure, puisqu'elle est donnée comme punition. En général l'art représente de pareils maux, non comme des faits simplement accidentels, mais comme des obstacles et des malheurs, dont la nécessité prend cette forme à défaut d'une autre.

t" Mais, puisque dans la lutte des intérêts qui appartiennent au monde de l'esprit, les puissances de la nature ne jouent qu'un rôle accessoire, il s'ensuit en second lieu que, quand leur intervention se lie à des rapports de l'ordre moral, elles ne doivent apparaître que comme formant là base matérielle de la véritable collision d'où naissent les ruptures et la discorde. Ici se [dacent tous les conflits dont la naissance, considérée comme fait purement naturel, est le principe.

On peut à ce sujet distinguer plusieurs cas. D'abord

366 YRAGUSmS sue la PûéS» WAllATiQUE.

unt^Foit Ké à des* rapports' établis^ par la nature, k droit desuceession, par exemple, tout en restant identique à lui-même, peut donner lieu à une foule d'oppo»tioDs prises également dans l'ordre de la nature. L'exemple le plus remarquable est le droit de succession au trône. Ce droit, tel qu'il est envisi^é ici, ne doit pas aycir été fixé et constitué, parce qu'alors le conflit serait d'un tout autre genre. Mais si la succession n'a pas encinre été réglée par des lois positives, il ne peut paraître nullement contraire à la justîee que le phis jeuoe des frères aussi bien que Tainé, ou même tout autre membre de la maison royale^ occupe le trône. Le droit de commander émane d'une qualité; ce n'est point une quantité qui se laisse partager comme l'argent et la fortune. Une pareille succession doit donc être une source féconde de haines, de querelles et de dissensions. En général, l'inimitié des frères est une collision qui se reproduit à toutes les époques de Fart et qui a commencé dans le monde avec Gain et Abel. De pareilles discordes sont en elles-mêmes accidentelles; car il n'est pas nécessaire en soi que des frères soieiit ennemis; mais il doit s'y ajouter des circonstances particulières et des causes plus élevées, comme, par exemple, celles qui condamnen4i les enfants d'Œldipe à être ennemis dès leur naissance. Dans la Fiancée de Messine, Schiller a tenté de rattacher également la discorde des frères à un destin plus élevé. Le fond du Macbeth, de Schakespeare est une semblable collision.

La situation inverse, dans le cercle ou nous «)mffle?,

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