ACTE PREMIER
je dois plaider demain, que tu me cherches certains arrêts ne reconnaissant pas l'intention dolosive.
ADRIEN, renouvelant la grimace.
Bouquiner du droit, quelle joie !... Mais il est bien évident qu'il n'y a pas vol et que voler l'Etat n'est pas voler, puisque l'Etat c'est nous!
PERRAUD
Oui, oui, on irait loin avec cette théorie.
ADRIEN
On va assez loin sans elle ; et je ne vois pas pourquoi on poursuit un pauvre diable de cabaretier qui néglige d'allonger quelques louis au fisc, quand on évite de faire rendre gorge aux hauts fonctionnaires, fournisseurs de l'Etat, élus des différents suffrages et autres flibustiers qui prennent à pleines mains dans le sac du budget.
PERRAUD
Mon cher enfant, quand tu auras fait ton droit, nous pourrons discuter cette question.
Il va pour rentrer dans la maison.
ADRIEN
Entendu, tu les auras, tes chers arrêts : accordemoi un quart d'heure de grâce !
Oui, mais pas plus !
11 entre.
ADRIEN, aux jeunes filles.
Vous le voyez, l'autorité paternelle m'enjoint de vous quitter et lors même qu«j je connaîtrais la suite de mon histoire de prince, je ne pourrais vous la conter.
HENRIETTE
Dites-nous le dénouement.
ADRIEN
Je ne le soupçonne pas !
LUCIE, à Henriette.
Laisse-le donc aller chercher ses arrêts : tu vois bien qu'il veut nous faire poser.
ADRIEN
Pas le moins du monde et en voici la preuve, (il
marche en déclamant.) Mon prince, qui se Cl'Oit le plus
puissant des monarques, s'aperçoit que rien n'est plus difficile que de suivre sa devise : « Peux ce que veux. » Sa famille, sa cour, ses chambellans, ses ministres, son peuple font obstacle à sa volonté : la tradition de sa maison, la constitution, les mœurs et coutumes du pays, les préjugés des habitants sont autant d'entraves; et il a contre ses propres tendances un autre lui-même, fils, petit-fils et arrière-petitfils de prince I II se promène donc mélancolique dans le jardin de son palais.
HENRIETTE, debout.
Moi, à la place de votre prince, je me sauverais du palais et laisserais en plan la constitution et les chambellans !
LUCIE, riant.
Tu n'y vas pas par quatre chemins, toi !
ADRIEN
Je crois bien qu'il va s'y décider. Gomment mettre ce projet à exécution : voilà le hic !
HENRIETTE
Il n'a qu'à faire sa valise et à chercher un bon hôtel.
LUCIE, riant.
Ali I tu arranges facilement les choses; le procédé