‹ La poigne; piece en cinq actesChapitre 21 sur 104 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

PERRAUD

Tu comprendras plus tard!

ADRIEN

En attendant, tu me permettras de trouver extravagante ton acceptation de maintenant, après tes indignations de tout à l'heure.

PERRAUD

Trouve tout ce que tu voudras; je n'ai heureusement pas besoin de ton approbation, (il a fini d'écrire.) Voilà, (n ut à mi-voix.) « Ministre Intérieur Paris. — Remercie honneur que me faites m'appelant à Préfecture Vézère. Accepte. Justifierai confiance du gouvernement. Votre dévoué. Théodore Perraud. »

ADRIEN, reprenant.

Votre dévoué serviteur.

LUCIE, haussant les épaules.

Adrien !

PERRAUD

Votre dévoué Suffit. (Appelant du côté de la serre.)

François! François!

ADRIEN

Eh ! bien, tu sais, ton télégramme, il n'est pas chaud, chaud. Moi, si j'étais ministre, je me méfierais d'un fonctionnaire qui n'aurait pas plus d'enthousiasme et serait aussi réservé sur le dithyrambe.

J'ai la prétention, mon ami, de ne pas être un fonctionnaire comme les autres. Je ne suis pas de la carrière et ne fais pas métier de préfet : je suis un brave homme auquel oh confie un service public important et qui entend garder pleine et entière sa liberté d'appréciation. Je ne suis ni le serviteur, ni

l'employé, je suis le collaborateur bénévole d'un gouvernement; rappelle-toi bien cela. (a. François qui est entré.) Tenez, portez-moi cette dépêche tout de suite au télégraphe... Attendez que je vous donne de l'argent, (il compte les mots.) Ça doit faire dans les dix huit sous.

ADRIEN

Une préfecture à ce prix-là, c'est pas cher!

PERRAUD, se fouille, à François.

Voilà toujours douze sous.

LUCIE, avec empressement.

Tiens, papa, en voilà six, huit, dix...

PERRAUD, prenant les sous et les donnant à François.

Bien, le surplus sera pour vous. Allez vite, François.

François s éloigne par 1 avenue.

ADRIEN, à François.

Et ne lisez pas ce qu'il y a d'écrit, pour aller le répéter ensuite à M. Barrai !

Oh ! maintenant qu'importe : ça y est, ça y est!

LUCIE, riant.

Peut-on alors avoir l'autorisation d'embrasser M. le Préfet? (Elle l'embrasse.) Nous allons habiter un palais, tu donneras des fêtes, on va jouer aux petits rois... Que ça va être drôle et que je suis contente ! (i:iie le réembrasse.) Je t'aime bien, monsieur le Préfet!

ADRIEN, avec dégoût.

Je n'aurais jamais rêvé ça !

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