ACTE PREMIER
cette routine de vie n'e^t pas ce qui constitue le bonheur; notre bonheur, où que nous allions, nous l'emportons avec nous, il est en nous, en nos enfants...
MADAME PERRAUD
Oui, oui... ah! c'est très joli tout ça, mais... (voyant arriver Lucie et Adrien.) Tiens, demande aux enfants ce qu'ils en pensent?
LUCIE, regardant son père et sa mère.
Qu'est-il donc arrivé ?
ADRIEN
Mère pleure!
Madame s'essuie les yeux et fait signe que non. PERRAUD.
Mes enfants, M. Tonnelle, le nouveau Ministre de l'intérieur, me propose d'être préfet.
LUCIE, vivement.
Tu acceptes !
ADRIEN, lentement.
J'espère bien que tu as refusé.
PERRAUD
Je n'ai encore donné aucune réponse, je la rédige à l'instant.
Il tire un calepin et un crayon de sa poche, puis va à la table, écrit et rature pendant toute la scène suivante.
ADRIEN
Ta réponse sera négative?
PERRAUD
Après avoir pesé le pour et le contre, j'estime qu'elle doit être affirmative.
LUCIE
Bravo! quelle chance!
Gomment, toi, un indépendant, tu acceptes d'être un sous-ordre de Tonnelle? du Ministre dont tu accueillais la nomination par ces mots : « Quelle honte! »
PERRAOD, grave.
Je vois là un moyen de répandre et d'imposer mes idées
ADRIEN, hausse les épaules.
Dis donc celles du gouvernement.
PERRAUD, secouant la tète.
Pas tant que ça : je te garantis que j'écouterai plus les voix d'en bas que celles d'en haut. J'entends m'appuyer sur le peuple plus que sur la bourgeoisie, et l'élever, ce peuple, aux grandes idées d'humanité; car, c'est lui l'avenir ! Un préfet a le pouvoir, il peut faire beaucoup en ce sens, en faisant beaucoup de bien.
Madame retourne à la cuisine.
ADRIEN
Ou beaucoup de mal!
LUCIE, riant.
Que va dire M. Barrai, quand il saura que tu acceptes les faveurs du renégat, du traître?
PERRAUD, ennuyé.
Barrai ! Je lui expliquerai... Il se rendra sûrement à mes raisons... Et puis, tant pis, il dira ce qu'il voudra; quand je fais ce que je considère comme mon devoir, je m'inquiète peu de mécontenter tel ou tel.
Alors, ton devoir est d'être l'exécuteur des basses œuvres de Tonnelle! Je ne comprends plus!