ACTE QUATRIÈME
SANTENAY, la porte fermée.
Puisse-t-il dire vrai.
Il retourne vers le bureau, Lucie à la porte de droite. LUCIE, effrayée.
Qu'a-t-il donc, Rouveyre, qu'il crie tant?
SANTENAY.
Il est furieux des mesures prises par ton père et ne parle de rien moins que d'ameuter les ouvriers contre lui et de faire tapage.
LUCIE, effrayée.
Pourvu que...
SANTENAY, riant.
Tu as peur!.. Va, le lion populaire n'est pas méchant; il est dompté, domestiqué, aujourd'hui, et l'on n'a qu'à lui montrer le bout de la cravache pour qu'il rentre dans sa tanière. Je ne crains qu'une chose, c'est qu'ils reprennent le travail à la première sommation de ton père et qu'ainsi, une fois déplus»
il ait Sauvé la Société. (On entend lis clairons d'une troupe
en marche, niant.) Tiens, voilà l'infanterie qui vient prendre position, (u va vers la baie ) Deux bataillons! Il fait bien les choses!
Les clairons cessent. Les troupes s arrêtent. On entend les commandements.
VOIX, à la cantonade.
Halte!., front!., formez les faisceaux!
Cliquetis d armes.
SANTENAY, riant.
Ils vont bivouaquer sur la place. Parfait ! Nous voilà en état de défense, nous pouvons soutenir un siège.
LUCIE
Tu trouves ça amusant, toi?
SANTENAY, riant.
Que veux-tu que j'y fasse? Je ne suis pas le préfet.
LUCIE
Ecoute-moi bien, Charles, arrange-toi comme tu voudras, demande ton changement ou permute, accepte ce qui se présentera : je ne veux plus rester ici!
SANTENAY.
Est-ce ma faute si nous y sommes? Tu as insisté, à l'époque de notre mariage, pour que nous ne laissions pas ton père seul ; j'ai même dû faire des démarches.
LUCIE
Il n'était pas ce qu'il est aujourd'hui, et puis il y avait toujours à craindre un retour violent d'Adrien.
VOIX, à la cantonade, de la place.
Garde à vô! Par le tlanc droit... marche!
Ces commandements se répètent.
SANTENAY, allant à la baie.
Ils vont placer des sentinelles et envoient des patrouilles, c'est complet. (Revenant à Lucie.) Sans compter les raisons financières que nous avions de ménager ton père.
Aujourd'hui que nous n'avons plus rien à redouter de tout cela, partons ! Je suis lasse d'être toujours la fille de M. Perraud ; je voudrais être un peu madame Santenay.
SANTENAY.
Tu attendras bien au moins que nous ayons vu comment vont se terminer les difficultés actuelles?