‹ La poigne; piece en cinq actesChapitre 69 sur 104 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

avais demandé, il les renforce par des soldats. Ce n'est plus seulement de la méfiance, c'est de la provocation. Les syndicats, déjà très montés, sont exaspérés. Comment voulez- vous discuter, avec calme, sous la pression des baïonnettes?

M. Ferraud a reçu des ordres écrits et très précis du ministre.

ROUVEYRE

Encore un joli coco, le ministre ! Voit-il ce qui se passe ici? Connait-il nos populations? Connait-il le premier mot de la crise ?.. Qu'il laisse donc ceux qui sont en contact journalier avec l'ouvrier, s'occuper de toutes ces questions. Les revendications des travailleurs exploités par des compagnies sans conscience sont légitimes; j'ai fait mon possible, vous me rendrez cette justice, pour «les faire aboutir pacifiquement. Mais, si l'on refuse non seulement de discuter, mais d'entrer en pourparlers avec nous et de m'entendre ; si aux protestations nobles et dignes du travail, on oppose les manifestations menaçantes de la force, je ne vous réponds plus de contenir les indignations et les colères !

SANTENAY.

Je suis le premier, monsieur Rouveyre, à le déplorer : que voulez-vous? Je ne suis pas préfet.

ROUVEYRE

Dites à M. Perraud qu'il joue là un vilain jeu, un jeu dangereux, et qu'il est criminel de sa part de s'entêter dans une voie qui peut conduire, voulezvous savoir où?.. A l'effusion du sang.

SANTENAY.

Vous allez un peu loin.

ROUVEYRE

Pas le moins du monde 1 Quand les passions du peuple sont déchaînées, qui peut se flatter de les arrêter ?

SANTENAY.

Je sais bien, moi, qu'à la place de M. Perraud, je n'aurais fait intervenir ni la police ni les troupes; j'aurais laissé les syndicats faire leur police euxmêmes.

ROUVEYRE

Mais, parbleu I

SANTENAY.

Allez donc conseiller cela à M. Perraud qui voit partout des atteintes à la liberté du travail, partout des menaces contre la propriété,, et qui se bute à cette idée que l'ordre étant troublé, son devoir., avant tout, est de le rétablir.

ROUVEYRE

C'est idiot!.. Je vais de ce pas au « Divin Bacchus. » Les membres des syndicats fédérés y sont réunis déjà depuis longtemps à l'effet de discuter la question de l'arbitrage et de nommer les délégués: je ne vous cache pas que tout en leur conseillant le calme, je leur dirai ce que je pense des agissements du sieur Perraud. Il sautera, Perraud, je vous en réponds, il sautera t

SANTENAY, le reconduisant.

Non, voyons, il finira bien par reconnaître qu'il a tort, quand il verra des hommes comme vous...

ROUVEYRE

Il sautera, ou j'y perdrai mon nom !

Il sort.

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