ACTE QUATRIÈME
FRANÇOIS
On regardait sur la place.
PERRAUD
Et mon chef de cabinet, M. Valin? Et M. Gaillardet? Et M. Meunier?... Où sont tous ces messieurs?
FRANÇOIS
Ils sont en bas avec M. Santenay.
PERRAUD
Dites-leur do monter. Leur place n'est pas en bas, elle est à leurs postes. (Entre Lucie.) Je n'y comprends décidément plus rien: tout le monde ici n'en fait qu'à sa tête! Je ne compte plus I (François sort ) Et ton mari leur donne le mauvais exemple! Il sait bien, pourtant, que j'ai besoin d'être renseigné sur ce qui se passe... Il ne devrait pas garder ces messieurs près de lui ! Je ne peux pas descendre à chaque minute sur la place.
Le brouhaha et les cris augmentent.
LUCIE
Que t'a-t-il dit,, M. Barrai?
PERRAUD, l'envoie promener.
Est-ce que je sais? Il m'a parlé de sa fille, de ton frère, de leur enfant... ils veulent se marier et ne veulent pas : je m'en moque.
LUCIE, riant.
Ils voudraient une réconciliation à présent?
PERRAUD
Sois tranquille.
VOIX, à la cantonale plus proche.
Démission! le préfet!... Démission! A bas Perraud I
Lucie va regarder à la fenêtre.
144 LAPOlGiNE
PERRAUD, furieux.
Que fait donc le commissaire central, lui aussi? On dirait qu'ils prennent plaisir à me laisser insulter! Que fait le commandant 1 Il ne peut donc pas refouler ces braillards ? C'est insensé ! (vaiin entre.) Enfin ! ce n'est pas malheureux! Pourquoi n'étiez-vous pas là, monsieur ?
VALIN
M. Santenay m'avait dit...
M. Santenay n'a rien à vous dire : vous êtes mon chef de cabinet et je suis le préfet! Que se passe-t-il sur la place? Pourquoi laisse- t-on avancer les grévistes?
VALIN
M. Santenay a conseillé...
PERRAUD
Mais sapristi 1 M. Santenay n';i pas à donner de conseils quand j'ai donné des ordres ! Est-ce qu'il se
fiche de moi, à la fin, Santenay? (Les cris . Démission t
a bas Perraud! redoublent.) Allez dire de ma part au commandant de faire déblayer la place, et vivement ! (vaiin sort) Puisqu'on l'a fait venir avec ses hommes, ce n'est pas uniquement pour avoir le plaisir de les admh'er ! qu'ils servent à quelque chose ! (a Lucie. ) Ton mari est un homme de cabinet distingué, un administrateur remarquable... malheureusement, dans l'action, il n'y est plus, il perd la tête. Du sang-froid, que diable! et de l'énergie!
Il va à son bureau.
UNE BANDE, à la cantonade.
C'est Rouvey, Rouvey, Rouveyre ; c'est Rouveyre qu'il nous faut !...