ACTE QUATRIÈME
qui crient là-bas n'en savent pas plus que moi, mais j'entends maintenir l'ordre.
BARRAL
Même par la force?
PERRAUD
Même par la force. Et ce faisant, j'ai conscience de défendre la liberté : la liberté du travail, la liberté de la rue, la liberté enfin de tous les citoyens; et d'être fidèle à mes principes.
BARRAL
Je ne les comprends pas ainsi, mais je ne suis pas préfet: c'est votre affaire... aussi bien ne suis-je pas venu pour critiquer votre administration — je ne me le permettrais pas — mais pour vous parler de notre petit-fils...
Les rumeurs augmentent.
PERRAUD, impatienté.
Vous voyez que je n'ai guère le loisir de vous écouter.
BARRAL
J'ai tout dit. Pour me résumer, consentez officiellement à ce que votre fils se marie.
PERRAUD, brusquement.
Je ne vois pas pourquoi vous venez me demander un consentement dont il peut fort bien se passer.
BARRAL
Afin qu'il n'ait plus ce prétexte pour se refuser à une régularisation.
PERRAUD, levant les bras au ciel.
Comment I vous voulez que ce soit moi qui l'encour.age aujourd'hui à faire ce que je lui ai formellement défendu? Et vous me demandez cela sans rire? Pour
le coup, il serait en droit de m'appeler ganache, de me traiter de vieillard ridicule et imbécile...
Les rumeurs sont devenues très fortes. DES VOIX, lointaines) mais distinctes.
« C'est Rouvey, Rouvey, Rouveyre... C'est Rouveyre qu'il nous faut... aut ! aut! aut! aut ! »
PERR\UD, de mauvaise humeur.
Non, je vous le répète, et mon dernier mot sera le premier : Il n'y a plus rien de commun entre mon fils et moi !
Il va pousser un bouton électrique.
BARRAL
Et entre vous et votre petit-fils ?
PERRAUD, vivement.
Encore moins !
BARRAL
Il ne me reste plus, monsieur le préfet, qu'à vous remercier d'avoir bien voulu me recevoir et à me retirer avec le regret d'avoir échoué dans ma démarche.
PERRAUD, très pressé.
Oui, OUÏ, c'est cela, retirez-VOUS. (il appuie sur le bouton.) Il n'y a donc personne ici? (a Barrai.) Au revoir, monsieur Barrai! (n lui tend la main.) Au revoir!
BARRAL) pressant la main de Perraud entre les siennes.
Ah! mon cher, mon vieil ami, vous venez de me causer un bien grand chagrin !
PERRAUD, vivement VOUS VOUS consolerez. Au revoir. (A François qui rentre.) Ah ! ça, François, voilà une demi-heure que je sonne dans les bureaux et dans les antichambres. Il n'y a donc personne ?
Barrai soit.