‹ La poigne; piece en cinq actesChapitre 84 sur 104 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

à votre inertie et à votre mollesse, monsieur le maire ! Si votre police municipale avait fait son devoir, je ne serais pas actuellement bloqué dans ma préfecture !

LE MAIRE

Pardon, la responsabilité en revient tout entière à vous qui avez assumé la direction de la police.

PERRAUD, violent.

Alors, monsieur, de quoi vous mêlez-vous? Laissezmoi faire et force restera à la loi, je vous le promets, Depuis trop longtemps, monsieur le maire, vos concitoyens narguent l'autorité centrale : on ne voit que cercles d'études sociales, groupes libertaires prêchant l'insubordination et la révolte. Entendezdes. (on vient

d'entendre éclater le chant de l'internationale.) Entendez

les chants abominables de vos électeurs!

VALIN, qui est à la fenêtre avec Gaillardet, se retournant.

C'est une nouvelle colonne de grévistes qui débouche par le Cours de la Liberté. Un homme, à leur tête, porte le drapeau rouge,

l- PERRAUD, se croisant les bras.

Qu'en dites-vous, monsieur le maire? N'est-ce pas, il faut faire rentrer les soldats?

SANTENAY, entrant, très effrayé.

Ils deviennent enragés, ces animaux-là... Nous avons trois agents blessés ainsi qu'un caporal d'infanterie. Ils ont renversé un kiosque à journaux, place de la République et l'ont incendié. Ils démolissent les becs de gaz!...

Cris de : A bas Perraud ! Démission ! PERRAUD.

Eh bien?... Vous êtes toujours pour la conciliation

et les concessions? Vous voyez où l'on en arrive! Grâce à vous, la situation s'aggrave de minute en minute!... Et vous êtes tous là; tremblants, apeurés, ne sachant plus que faire ! Puisque je n'ai autour de moi que des poules mouillées, passez-moi mon képi et mon épée, et je vais descendre sur la place.

LE MAIRE, l'arrêtant.

Ne commettez pas une pareille imprudence, monsieur le préfet, vous ne vous doutez pas à quel point ces gens sont montés contre vous; vos broderies ne leur en imposeraient pas !

VALIN

Ils vous écharperaient.

SANTENAY.

Aller au devant d'eux serait pour vous une mort aussi certaine qu'inutile.

PERRAUD

Ils n'oseront pas!

On entend sur la place un coup de revolver. Santenay, Gaillardet et Valin se précipitent à la croisée que Gaillardet referme. Perraud reste immobile.

VALIN, montrant.

Le coup est parti du groupe là-bas ; le groupe du drapeau rouge.

SANTENAY.

Les amis de Rouveyre, parbleu !

PERRAUD

Canailles !..

On entend un roulement de tambours et des commandements militaires.

VOIX, à la cantonade.

Apprêtez armes !

Grands cris sur la place.

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