‹ La poigne; piece en cinq actesChapitre 85 sur 104 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

LE MAIRE, à Perraud.

Une dernière fois, monsieur Perraud, je vous en supplie, vous pouvez encore empêcher un malheur, un grand malheur, un irréparable malheur ! Au nom de la République ! au nom de l'Humanité !

PERRAUD, violent.

Vous voyez bien que je suis contraint de répondre à la force par la force ! Je ne puis laisser plus longtemps frapper les agents, saccager les propriétés, insulter l'armée, lancer des pierres aux soldats, tirer des coups de revolver et ameuter toute une ville par des chants ignobles!

LE MAIRE

Songez que le sang va couler, que des innocents seront frappés...

PERRAUD

Je n'ai pas commencé : ils l'auront voulu, (se calmant un peu.) Je reconnais avec vous que la nécessité dans laquelle nous nous trouvons est effroyable ; mais je ne ferai pas reculer la troupe devant les perturbateurs! J'ai conscience qu'elle et moi nous accomplissons notre devoir; et, j'aimerais mieux faire ce qu'ils me demandent, donner ma démission, que de céder.

Deuxième roulement de tambours.

VOIX, au milieu des vociférations sur la place.

Soldats! ne tirez pas! vous êtes du peuple comme nous! ne tirez pas sur vos frères !

MEUNIER, entrant, très ému. — A Perraud.

Avant de commander le feu, le commandant exige un ordre écrit.

Il lui faut un ordre écrit, à celui-là, pour empê-

cher qu'ils ne nous envahissent et nous égorgent ? Eh bien, il va l'avoir, l'ordre écrit.

Il va vers son bureau.

LE MAIRE, se précipitant.

Vous ne le donnerez pas, monsieur Perraud.

PERRAUD

Pourquoi donc? Je suis couvert par le ministre. J'obéis!

LE MAIRE

Le devoir est de désobéir quand on vous commande un crime !

PERRAUD, écrivant.

Je vois que vous aussi, vous êtes pour la révolte, monsieur le maire.

LE MAIRE

Je suis pour l'Humanité et j'en appelle du préfet à l'homme.

PERRAUD, cesse d'écrire.

Vous n'allez peut-être pas me faire passer pour un criminel et un monstre, puisqu'il le faut? puisque ce malheur doit en éviter déplus grands? (se tournant vers son personnel.) Voyons, messieurs, n'ai-je pas raison?

Le personnel reste muet.

Vous avez eu tort de no pas vouloir recevoir les délégués ouvriers, d'appeler la troupe et d'emprisonner Rouveyre. Si, maintenant, vous ne voyez d'autre issue à la situation que Vous avez créée, c'est affaire entre votre conscience et vous.

PERRAUD, à lui -morne, songeur.

Barrai... Barrai disait li même chose!

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