‹ La police parisienne: le service de la suretéChapitre 13 sur 53 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Préfecture de Police et Parquet. — Lettres de convocation portées

la nuit.

Paris, le 29 août 1880.

Le 26 avril 1880, un nouveau service du Petit Parquet a été établi dans le but de mettre à exécution la loi relative aux flagrants délits.

M. Delise, Procureur de la République, pour abréger autant que possible la détention préventive des individus arrêtés, a demandé le concours du personnel de la Préfecture de police, afin de pouvoir convoquer promptement les plaignants ou témoins, recueillir les renseignements nécessaires et extraire les prévenus, s'il y avait lieu, missions qui ont incombé presque exclusivement au Service de Sûreté, malgré le nombre limité de ses agents et la multiplicité des aff'aires qu'il est appelé à traiter.

Avec de grands efforts, ce service a pu jusqu'ici — quelquefois au détriment de ses attributions ordinaires — répondre à toutes les demandes de MM. les magistrats délégués au Petit Parquet. •

1.530 lettres distribuées et une somme de 196 fr. 20 c. dépensée pour cette distribution, ce qui donne une moyenne de plus de 14 lettres par jour et une dépense de près de 2 fr. également par jour.

Les lettres de convocation décernées par le Petit Parquet ne parviennent au Service de Sûreté que de 5 à 9 heures du soir. Une grande partie arrivent cependant

vers 7 heures ; mais, afin de ne pas s'exposer à envoyer quelquefois les agents dans la même direction et souvent très-loin, on est obligé d'attendre, avant de les expédier, le dernier arrivage, c'est-à-dire 9 heures.

C'est l'heure où les agents, harassés de fatigue à la suite des nombreuses et pénibles occupations de la journée, se disposent à prendre un peu de repos sur les litsde-camp du bureau, en attendant que vers 3 ou 4 heures du matin ils soient appelés à partir encore en expédition pour exécuter des mandats d'amener, d'arrêt ou des jugements.

Il leur faut néanmoins se mettre en route à 9 heures du soir et quelquefois plus tard, car les lettres qu'ils ont à distribuer sont des convocations de plaignants aux témoins qui le lendemain, avant midi, doivent être rendus au Petit Parquet, et si on attendait le jour pour faire distribuer ces lettres, môme à la première heure, neuf fois sur dix on ne trouverait plus chez elles les personnes convoquées.

L'insuffisance des employés oblige à donner au môme toutes les lettres qui sont destinées à des personnes habitant à peu près la même direction, et il arrive souvent qu'à minuit ou une heure du matin l'inspecteur n'a pas encore terminé sa distribution.

De graves inconvénients résultent de ce mode de procéder.

En raison de la multiplicité des affaires traitées par le Service de Sûreté, je ne puis affecter à la distribution des lettres du Petit Parquet que les agents faisant le service de permanence , c'est-à-dire ceux qui sont pendant 24 heures consécutives au bureau. — Ce sont généralement les moins expérimentés et les plus jeunes de service. — Beaucoup ne connaissent encore qu'imparfaitement les quartiers excentriques et la banlieue de Paris, où demeurent presque toujours les destinataires des lettres.

Voilà donc ces agents se rendant isolément à une heure indue dans des quartiers souvent mal famés et

plus mal éclairés, quartiers qu*ils ne connaissent guère, et où ils sont — en raison de l'obscurité — obligés de frapper à plusieurs portes, réveiller de nombreux locataires avant même de trouver la maison où ils ont affaire.

Les gens dont on trouble le repos sont généralement peu complaisants, et, au lieu des renseignements que les agents demandent, ils leur prodiguent des injures et des menaces. Les prenant aussi très-souvent pour des malfaiteurs, en leur ouvrant quelquefois une porte, on leur met sous le nez un revolver ou un gourdin de dimension respectable. Que Ton ne croie pas qu'il y ait là de l'exagération ; plusieurs incidents de ce genre se sont produits, et les rapports des agents qui en font foi sont déposés dans les archives du service.

Et quand l'inspecteur, déclinant sa qualité, annonce à travers la claire-voie ou les vantaux d'une porte qu'il vient remettre à un locataire une lettre du Parquet, on lui rit au nez, en lui faisant observer queies magistrats devraient bien changer l'heure de la distribution de leurs lettres.

Dans certains quartiers, les agents ont en outre à tenir tête à des meutes de chiens terriers et boule-dogues errant à l'abandon dans les passages et les impasses, et qui ne sont guère plus commodes que les gens réveillés en sursaut.

Les agents, nous l'avons dit, marchent isolément pour la distribution des lettres, et ils sont sans défense; ils peuvent aussi, s'ils sont reconnus, être attaqués, malmenés et môme assassinés par des rôdeurs ou repris de justice dont les sentiments envers tout ce qui touche à l'Administration ne sont pas suspects de tendresse.

C'est en allant seul, la nuit, recueillir un renseignement que l'inspecteur Délabre, du commissariat de la Yillette, a été assassiné.

De plus, dans certains quartiers, les concierges ne laissent pas monter les étrangers chez leurs locataires passé 10 heures du soir.

Dans d'autres, plusieurs maisons n'ont pas de concierges

et, une fois la porte fermée, les locataires seuls, qui sont munis de clés, peuvent entrer.

D'un autre côté, certaines personnes qui reçoivent des lettres de convocation si lard récriminent contre l'Administration, parce que, disent-elles, on ne les prévient pas assez à temps pour qu'elles puissent prendre leurs dispositions relativement à leurs occupations.

En dehors des lettres de convocation, le Service de Sûreté a reçu du Petit Parquet, depuis le 1" mai jusqu'au 15 août, 1.530 demandes de renseignements urgents, soit une moyenne de plus de 14 par jour, et 341 extractions de détenus, soit plus de 3 par jour. On sait que chaque extraction nécessite l'emploi de 2 hommes, dont la journée se trouve assez souvent remplie par une seule mission de cette nature.

Enfin, depuis l'organisation du service dit des Flagrants délits, 2 inspecteurs de la Sûreté sont détachés dans les bureaux du Petit Parquet, où leur séjour ne pourra être guère prolongé plus longtemps le besoin de leur concours se faisant vivement sentir à la Sûreté.

Pendant les 4 mois qui viennent de s'écouler, le Service de Sûreté a pu, au prix de grands efforts et en négligeant forcément certaines parties de ses attributions, satisfaire au désir du Petit Parquet; cela pourrait peut-être se faire encore — au prix des mêmes sacrifices — pour le restant de la belle saison ; mais, lorsque les mauvais temps viendront, la distribution des lettres de convocation le soir deviendra matériellement impossible.

A mon avis, on pourrait remédier à cet état de choses par le moyen suivant :

Pour l'intérieur de Paris, faire déposer, avant 6 heures 1/2 du soir, au bureau de la grande poste, toutes les lettres de convocation, qui seraient ainsi distribuées de 7 à 9 heures du soir;

Pour la banlieue, employer la voie télégraphique et faire prévenir les personnes convoquées par l'intermi'diaire de MM. les commissaires de police des diverses circonscriptions.

Ces magistrats, qui souvent ont traité les affaires pour lesquelles ils auraient des personnes à convoquer, ont à leur disposition des agents connaissant parfaitement leurs localités, et ils peuvent très-facilement, et en peu de temps, faire le nécessaire.

L'adoption de cette mesure amènerait une grande économie de temps, d'argent même, qui seraient employés plus utilement dans d'autres missions.

11 conviendrait aussi de faire remplacer par des employés du Petit Parquet les deux inspecteurs de la Sûreté qui y sont détachés.

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