CHAPITRE XVII
Les Brasseries servies par des femmes.
Le 20 juin 1882, j*ai transmis à M. Gamescasse, Préfet de Police, une étude générale et complète au sujet des brasseries servies par des femmes. Beaucoup de ces établissements m'étaient signalés comme étant des lieux de débauche, dans lesquels se réunissaient des malfaiteurs de toutes catégories.
Ce genre de débits de boissons, dits : « caboulots », « brasseries à femmes », « vacheries », augmente de de jour en jour, et il constitue depuis longtemps déjà un véritable foyer d'infection morale et physique.
Je crois utile de faire connaître au public, aux pères de famille, à la jeunesse, surtout à celle des écoles, ce que sont en réalité ces ignobles lupanars, bien plus dangereux que la maison de tolérance, parce que la débauche y est la môme, avec les garanties de cette dernière en moins.
La création des maisons de tolérance et leur existence rencontrent beaucoup d'obstacles en raison de l'opposition des voisins, des règlements administratifs justement sévères, de la surveillance incessante dont elles sont l'objet. Il n'en est pas de même des brasseries à femmes, qui ont le droit de s'installer partout, et qui partout s'installent.
Pour l'ouverture d'une maison de tolérance une enquête approfondie a lieu, et,s'ily a inconvénient, l'Admi-
nistration refuse rautorisation demandée. Alors on fonde à la place une brasserie ayant dans ses dépendances un hôtel meublé : c'est la maison de prostitution, sauf l'enseigne et les garanties. On racole dans l'estaminet, on excite les clients par des boissons frelatés et Ton fait des obcénités aux étages supérieurs.
La maison de tolérance est fermée aux mineurs, aux écoliers; la brasserie est ouverte à tout le monde.
Ce qui se passe dans la maison de tolérance, nul ne le voit et ne l'entend du dehors ; le bruit des orgies de la brasserie, les éclats de rire des femmes ivres s'entendent de la rue et sont une sorte d'appel pour les passants, attirés encore par la vue des femmes décolletées à travers la persienne verte qui sert de porte.
Ces établissements sont souvent tenus par des étrangers; mais beaucoup des principaux débits de boisson de la capitale ne sont-ils pas aussi d'origine étrangère ?... Tout cela sent l'Allemand, et ce n'est pas là qu'il faudrait chercher l'école de la morale et du patriotisme.
Les exploiteurs de ces sortes de maisons ont leurs bureaux de placement pour le recrutement du personnel, des prospectus égrillards pour allécher les clients, et même un organe de publicité donnant les noms, prénoms et adresses des employées. Souvent le prospectu n'est pas seulement égrillard, il contient un dessin sinon obscène, du moins lascif : c'est une fille en tenue plus que décolletée ou une femme n'ayant pour se couvrir d'autre vêtement qu'une opulente chevelure artistiquement arrangée, et qui, sous prétexte de voiler les parties pudiques, rend l'image encore plus immorale.
Certains maîtres ou maîtresses de brasseries poussent l'effronterie jusqu'à faire distribuer, par la poste, des prospectus représentant une bacchante se faisant verser à boire par des amours entrelacés et attachés à un Priape (extrait de l'ouvrage : Des monuments du culte sec7*et des dames romaines) ; d'autres font circuler dans leur établissement, sur les plateaux, à côté des bocks, de petits dessins avec questions, telles que : Où est le chat ? Où
est la source ? Où est le bonheur ? Où est le truc ? Où est le c...?
Il y en a qui occupent de petits enfants, habillés en chasseurs, pour ouvrir et fermer les portes, chercher les voitures, porteries bouquets aux filles qui les embrassent pour leur peine.
Tout cela n'est-il pas révoltant?
Je ne puis à celte place, qu'analyser le rapport fourni à M. le Préfet de Police, car il contenait l'adresse de chaque brasserie et le nom de son propriétaire. Ces messieurs, très-friands de publicité, seraient trop heureux si je leur faisais un peu de réclame. Je me bornerai donc à donner ci-après, par arrondissement, un tableau des brasseries à femmes existant au mois de juin 1882, et un aperçu de ce qui se passe habituellement dans les établissements de cette nature les plus en vue» sans toutefois les désigner nominalement ni indiquer leur adresse.
. Récapitulation des brasseries servies par des filles.
Nombre
Nombre
de brasseries.
de servantes
1er
arrondissement
lOe
lie
r.ji
'otaux
Ainsi qu'il résulte de cette statistique, les 6®, 5% 10% 2® et 18® arrondissements sont les mieux ou les plus mal partagés sous le rapport des brasseries de femmes.
L'un des principaux établissements de cette nature est situé dans un quartier populeux du centre. Sa mauvaise renommée lui a valu un surnom bien approprié. — Vingtcinq filles en moyenne y versent à boire aux consommateurs nombreux, qui se réunissent là de dix heures du soir à deux heures du matin. Les filles, toutes notoirement connues pour se livrer à la prostitution, sont ivres bien avant l'heure de la fermeture. — On ne tient pas dans les lupanars les propos que l'on entend là. Cette brasserie est tenue par un étranger sans scrupules, tant au point de vue de la moralité que de la probité.
Les filles de service, au lieu d'être rétribuées, sont obligées de payer chaque jour à cet honnête industriel une somme de 2 fr., soi-disant pour la casse. En réalité, c'est un impôt sur les pourboires qu'elles reçoivent et la prostitution à laquelle elles se livrent dans le voisinage de l'établissement. En raison de l'affluence des consommateurs elles réalisent, avec les pourboires, un gain moyen de 8 fr. par jour.
Une autre brasserie est située dans le sous-sol. Les filles de salle permettent sux consommateurs toutes les privautés possibles ; du reste, les clientes de la maison, des prostituées elles-mêmes, rivalisent de zèle sur ce point avec les servantes. Elles racolent là plus audacieusement que sur la voie publique et vont se prostituer dans les garnis environnants. Les filles de salle ne peuvent, elles, que donner des rendez-vbus pour après la fermeture, ce qui les rend furieuses contre leurs congénères venant chasser sur leurs terres. Il y a, par ci par là, des crêpages de faux chignons, au grand contentement de la clientèle. Quelquefois les souteneurs des unes et des autres en viennent aussi aux mains, et alors la rixe prend d'autres proportions. L'intervention des agents est souvent nécessaire pour mettre le holà parmi ce joli monde, mêlé de jeunes adolescents encore imberbes venus là nar
curiosité, et qui y reviennent ensuite, jusqu'au jour où Tune des filles leur communique une maladie vénériennes
Dans un quartier voisin de cette brasserie il en existe une autj*e qui peut marcher de pair avec celle-ci. Il n'y a généralement dans cette dernière que des filles ayant servi dans le quartier Latin, d'où elles partent quand elles y sont usées ou démodées. C'est la seule différence entre l'une et Vautre. Pour le reste, mêmes abus, même immoralité et même scandale, comme aussi même exploitation des filles par le maître de l'établissement, et, par contre, exploitation des clients par les filles.
Dans les mêmes parages, mais un peu plus au centre de la ville, une brasserie analogue est exploitée par un sieur Z... (un méridional), ancien tenancier de maison de tolérance. Les filles, au nombre de six, ont une certaine réserve avec les clients, se bornant à leur assigner des rendez-vous au dehors, dans les garnis proches, où elles logent. Cet établissemetit est assez près d'une école très-importante : à la sortie des classes, les élèves vont regarder les filles par la porte entre-bâillée.
La clientèle habituelle se compose d'employés de commerce, très-nombreux dans le quartier, qui viennent souvent faire la partie de cartes av«c les filles et dépensent en quelques instants le gain de leur journée.
Z... est un homme habile. Quand il voit entrer dans son établissement quelqu'un paraissant avoir un peu d'argent, il recommande à la fille qui sert ce client de bien le chauffer. Celle-ci, obéissant à la recommandation du patron, finit par faire inviter au client toutes ses compagnes. On boit naturellement ce qu'il y a de plus cher.
Quand , à force d'être chauffé , le client est bien alluméy et que l'on s'est assuré qu'il a beau(K)up d'argent , on lui propose une partie d'écarté. Pendant que l'une joue avec lui, les autres observent les cartes du joueur et font des signes à leur camarade. De la sorte, celle-ci gagne toujours. On joue d'abord des consommations, puis le souper, et le maître de l'établisse-
ment fait au client Thonneur de le recevoir à sa table. Bien entendu, le patron lui fait payer le double du prix ordinaire, non-seulement le souper des filles qu'il a perdu au jeu, mais aussi le sien et celui de sa femme. Au dessert, celle-ci propose à son tour de jouer une bouteille de Champagne. Comme elle est encore pasi>ablement jolie, le client « fort allumé » accepte et perd encore. Toutefois, quand on le voit prêt à se décourager, on lui laisse gagner une partie ou deux, puis Texploitation recoranence de plus belle et dure tant qu'il a de l'argent en poche. Si les cartes le fatiguent, Z .., qui excelle pour tricher au Zanzibar,* lui propose quelques parties à ce jeu, ce qui lui permet de dépou'iller^complètement la victime. Z... serait sur le point de vendre son fonds, aprèsfortune faite.
Sur la rive gauche, rue..., se trouve une brasserie portant un nom célèbre ; elle se compose de deux salles. Tune au rez-de-chaussée, Fautre au premier étage. — Dix filles, plus dépravées les unes que les autres, y font journellement le service. Elles paient au « patron » 2 fr. 50 c. par jour et ont droit à un seul repas, celui du soir ; malgré cela, elles gagnent une dizaine de francs par jour avec les pourboires. Cette maison a fait l'objet de nombreuses plaintes des habitants du voisinage. On y parle à haute voix un langage ordurier. Les filles, qui toutes se livrent à la prostitution, sont plus dévergondées que celles des maisons de tolérance.
Une autre brasserie analogue existe dans le voisinage de la précédente, et les procédés des filles y sont les mêmes.
On peut en dire autant de presque tous les établissements de cette nature qui pullulent dans le quartier Latin.
A proximité des théâtres du boulevard fonctionne une de ces officines de débauche qui mérite une mention spéciale.
La clientèle ordinaire se compose d'auteurs, d'artistes dramatiques, de compositeurs de musique, de maris en rupture de ban et d'étudiants ou ex-étudiants ayant
connu la maîtresse de rétablissement, lorsqu'elle trônait derrière le comptoir d'un café du quartier Latin.
Douée encore d'un restant de son ancienne beauté, celle-ci a un tact tout particulier pour deviner parmi les consommateurs ceux qui sont en fonds. Lorsqu'elle en a distingué un, elle l'attire, par des paroles et des regards, dans un petit salon situé sur le derrière et où ne sont admises, dit-elle, que les personnes de distinction.
Là se trouve un piano pour les amateurs : on y boit beaucoup et, naturellement, on se permet toutes sortes de libertés sur les filles qui servent.
Quand la soirée est bien avancée, la maîtresse de maison propose une « toute petite partie de cartes » , pour varier les distractions, dit-elle. Le jeu commence, s'anime petit à petit et les louis circulent bientôt entre les bocks. La maîtresse va d'une table à l'autre, lançant un coup d'œil à celui-ci, s'appuyant sur l'épaule de celui-là, en tutoyant un autre dont le portefeuille est sérieux.
Quelquefois des disputes ont lieu ; mais quand le diapason des. voix s'élève, les amis et protecteurs de la dame X,.. font de la musique : l'un se met au piano, l'autre joue du piston, un troisième souffle dans un autre instrument. De la sorte, les voisins, qui entendent du vacarme, ne peuvent distinguer la nature exacte du bruit, dont ils ont néanmoins fort à souffrir.
Un dernier détail : la maîtresse de cet établissement a loué un petit appartement au-dessus de sa boutique ; elle doit le mettre en communication directe avec le salon réservé. Inutile d'ajouter que cette augmentation de local n'a d'autre but que de créer un lieu de prostitution clandestine.
Il s'est passé récemment un fait particulier, qui vaut la peine d'être signalé comme exemple.
Un sieur A..., âgé de 19 ans, fils d'un grand constructeur, faisait ses études pour être ingénieur. C'était un élève intelligent , studieux et d'une conduite fort régulière. Un soir, un camarade le mena dans une
brasserie à femmes : il y revint seul le lendemain, et, à partir de ce moment, sa conduite changea complètement.
Une drôlesse, qui servait dans la brasserie, devinant la naïveté et l'inexpérience du jeune homme, avait forgé et débité une histoire dont elle se disait l'héroïne. Spoliée de sa fortune, elle avait dû, pour vivre, accepter une place de servante de brasserie. Elle s'empressait d'ajouter qu'elle y était depuis peu, que cette vie « Técœurait » et que, si on la voyait parfois boire outre mesure, c'était pour chercher l'oubli.
Le jeune A... devint éperdûment amoureux d'elle. Malgré les sages exhortations de son père et celles de sa mère, alors mourante, il quitta l'étude et alla se cacher dans un garni, sous un faux nom, en compagnie de la fille qui l'avait débauché.
Pour subvenir à leurs besoins communs, il commit des escroqueries chez les fournisseurs de son père.
Le Service de Sûreté fut chargé de sa recherche et le découvrit. Au moment où les agents pénétraient dans sa chambre, il tenta de se brûler la cervelle, ne voulant pas, disait-il, se séparer vivant de celle qui était enceinte de ses œuvres (inutile d'ajouter que la grossesse était simulée).
Son père intervint, paya ses dettes et le lit engager. Peine inutile : il continua à entretenir des rapports avec sa maîtresse, par correspondance, et moins d'un an après son arrivée au corps il désertait pour la rejoindre, emportant en même temps des fonds dont il était comptable. Arrêté par la suite, il fut condamné par un Conseil de guerre et envoyé dans un pénitencier de l'Algérie.
Sans la fille de brasserie en question, ce jeune homme serait probablement aujourd'hui un ingénieur distingué: il porte la casaque du forçat..
Des personnes peu au courant des usages des brasseries s'étonnent que les filles qui boivent avec tous les consommateurs ne soient point ivre- mortes av^ant la fin de la journée. 11 y a des filles qui boivent 40 et 50 bocks
de bière sans être incommodées, du moins en apparence. Mais le plus grand nombre ne peuvent absorber tant de liquide, et néanmoins elles doivent se faire payer à chaque client une ou plusieurs consommations. Ainsi le veut le patron.
Aussi, chaque brasserie possède-t-elle une liqueur spéciale pour les filles qui ne veulent pas s'enivrer. Cette liqueur est simplement de l'eau colorée, rose ou verte. On la nomme « anisette superfine » ou « cassis fin », et on la compte aux clients plus chère que les autres consommations. Les propriétaires de brasseries ont tout bénéfice à ce que les filles boivent de cette liqueur de préférence aux consommations ordinaires.
Les filles ont intérêt à pousser à la consommation, car une légère remise leur est faite sur les liqueurs débitées. De plus, les maîtres de certaines brasseries établissent une sorte de prime donnée chaque jour à la fille qui a fait le plus de recette.
De nombreuses protestations s'élèvent de toutes parts ; la presse aussi a jeté le cri d'alarme ; mais l'Administration est impuissante à faire pleinement droit à ces justes réclamations.
Que de difficultés pour arriver à la constatation d'un délit dans un débit de boissons I
Sous aucun prétexte, un agent ne peut y pénétrer officiellement sans l'assistance d'un commissaire de police pourvu d'un mandat régulier.
Récemment, une de ces maisons était signalée aux rigueurs administratives. On faisait, disait-on ouverte* ment de la prostitution dans les chambres de l'hôtel attenant à la brasserie. Muni d'un mandat, un commissaire de police intervint, pénétra dans les chambres signalées et y trouva en efTet des filles de la brasserie qui... fabriquaient des fleurs artificielles devant servir, dirent-elles, au mariage prochain d'une de leurs compagnes.
Pendant que le commissaire de police parlementait avec la maîtresse de l'établissement, les « compagnons* desdites filles avaient filé par une autre porte.
On croit généralement, dans le public, que les marchands de vin, limohadiers, propriétaires ou gérants de brasseries sont les auxiliaires de la police; c'est là une erreur: nulle catégorie de commerçants n'est plus hostile aux agents. Un malfaiteur, un souteneur et une fille trouvent toujours un refuge assuré dans l'un de ces établissements, où les gardiens de la paix et inspecteurs de police ne peuvent pénétrer sans le consentement du propriétaire, consentement que celui-ci leur refuse nettement, quand il n'ajoute pas quelques aménités au bout de son refus.
Jl faudrait un volume pour développer et démontrer les inconvénients des brasseries servies par des femmes. Combien de mères sont venues tout en larmes réclamer mon concours pour tirer leurs enfants de ces foyers d'infection 1 Que d'argent volé aux parents, aux patrons est passé dans les sacoches de ces filles ! Que de bijoux, reliques de famille, sont allés se fixer aux oreilles, aux bras et au cou de ces prostituées I Que de drames sombres ont eu leur point de départ dans ces maisons de rendez-vous! Combien de crimes et de suicides ont causé — volontairement ou inconsciemment — ces femmes fatales nées pour semer le déshonneur, la maladie et la mort !
A la suite du vote de la loi autorisant la liberté absolue du commerce des marchands de vins, débitants de liqueurs et limonadiers, l'Administration s'était trouvée complètement désarmée et, dès lors, les brasseries à femmes avaient envahi tous les quartiers.
A la suite d'un conflit entre un cafetier de Grenoble et le maire de cette ville, qui avait pris un arrêté interdisant le service des femmes et filles dans les débits de boissons, la Cour de Cassation a rendu, le 21 juillet dernier, l'arrêté suivant, que j'extrais de la Gazette des Tri^ bunaux :
La Cour,
Ouï M. le conseiller Sevestre eu son rapport, Me Bouchié de Belle, avocat en la Cour, eu ses observations à l'appui du pourvoi, et M. Petiton, avocat général, en ses conclusions ;
Sur le moyen unique du pourvoi, tiré de la violation des articles
471 § 15 du Code pénal et 7 de la loi du 2 mars 1791, en ce que l'arrêté pris par le maire de Grenoble, le 28 avril 1881, et auquel il aurait été contrevenu par le demandeur, serait illégal et entaché d'excès de pouvoir ;
Attendu qu'aux termes de l'article 3 du titre XI de la loi des 16-24 août 1790, l'autorité municipale est chargée « du maintien du bon ordre dans les endroits où il se fait de grands rassemblements d'hommes, tels que foires, marchés, spectacles, jeux, cafés et autres lieux publics » ;
Attendu que la disposition de l'arrêté du maire de Grenoble interdisant aux cafetiers et autres débitants de boissons de la ville d'employer des femmes ou des filles étrangères à leur famille pour servir les consommateurs en vue de prévenir le retour de faits immoraux et scandaleux qui s'étaient produits dans quelques-uns de ces établissements, rentrait précisément dans les mesures ayant pour objet d'assurer le maintien du. bon ordre ;
Attendu, dès lors, que le jugement attaqué, en reconnaissant la légalité et la force obligatoire de cet arrêté pris par l'autorité municipale dans la limite de ses pouvoirs, et en appliquant au demandeur, pour l'infraction par lui commise audit arrêté, la pénalité de larticle 471 § 15 du Code pénal, loin d'avoir violé cette disposilion de loi, en a fait, au contraire, une exacte et saine interprétation,
Kejette, etc.
Cet arrêt a une très-grande inaportance : il renaet entre les mains du maire — du Préfet de Police de Paris — l'autorité qui lui était enlevée au sujet des débits de boissons, en ce qui concerne le service fait par des femmes.
Mais aujourd'hui que les brasseries se sont multipliées à rinflni, quel Préfet de Police osera sévir d'une façon radicale contre les propriétaires de ces établissements, souvent électeurs influents et tout puissants près de la majorité du Conseil municipal ?
Il y a là une grande tâche à accomplir, un nettoyage à faire. Quel est le Préfet de Police qui aura le courage d'y procéder?
Mais il ne suffira pas de chasser ces filles des brasseries ; il faudra ensuite les soumettre aux obligations sanitaires imposées aux filles qui racolent dans la rue, car plus que celles-ci elles sont infectées et dangereuses pour la morale et la santé publique.
Par arrêté du 19 septembre 1861, M. Boittelle, alors
230 LA POtiGE PARISIENNE
Préfet de Police, avait réglementé les établissements dits « débits de liqueurs, prunes et chinois », ou des filles de comptoir étaient employées.
On a chansonné M. Boittelle en appelant son ordonnance « mademoiselle Boittelle » ; les étudiants de l'époque ont longtemps chanté en chœur :
Caboulotières,
Vives et légères, etc..
Les chansons n'avaient pas empoché l'exécution des prescriptions contenues dans l'ordonnance; mais à la longue on s'est relâché de Ja surveillance, et le mal est revenu plus grave que jamais.
Au fur et à mesure de la propagation des brasseries à femmes, les maisons de tolérance — ce mal nécessaire — ont diminué faute de clientèle.