femme
9 et 45.531 des deux sexes
Sur ce nombre figurent 13.886 personnes nées en province ;^6.8ol à Paris ; 4.794 à l'étranger.
Le vagabondage est, comme les deux années précédentes, rinculpation dominante, principalement de 15 à 20 ans pour les deux sexes.
Viennent ensuite :
Le vol, de 15 à 20 ans pour les hommes et de 21 à 30 ans pour les femmes.
La rébellion et Toutrage aux agents de 21 à 30 pour les deux sexes.
Enfin la mendicité, à laquelle se livrent plus particulièrement les hommes et les femmes sur le déclin de la vie, c'est-à-dire de 61 à 80 ans.
L'augmentation du nombre des malfaiteurs et vagabonds arrêtés s'est produite sans variation bien sensible avec l'état de 1880, dans l'âge et le sexe des inculpés, ainsi que dans la nature des crimes et délits.
Le nombre d'aliénés amenés à l'infirmerie spéciale a été de 2.124; celui des assistés entrés au Dépôt de 413, et celui des gens et enfants égarés de 385.
L'état actuel de la prostitution dans le département de la Seine est le suivant :
11 y a à Paris : 63 maisons de tolérance avec estaminet, dans lesquelles se trouvent rî09 filles, et 42 sans estaminet, avec 389 pensionnaires.
La banlieue compte : 13 maisons à estaminet, avec 78 pensionnaires, et aucune sans estaminet ;
Soit dans le département : 118 maisons, habitées par 976 filles, présentes au 1" janvier courant.
Au 1®^ janvier 1881, les filles soumises inscrites du dispensaire étaient au nombre de 3.160. Le 31 décembre il n'y en avait plus que 2.853, soit une diminution de 307. — 1.027 filles soumises qui avaient disparu ont été réinscrites au cours de Tannée, et 527 nouvelles ont été inscrites, soit 1.554 inscriptions. Par contre, 1.861 filles soumises ont disparu, ce qui donne la diminution de 307 de l'efiectif du 1" janvier. 2.502 filles soumises ont été arrêtées pour infraction au règlement. Sur ce nombre, la quatorzième partie seulement a été reconnue atteinte de maladies vénériennes. 1.802 insoumises ont ét^égalemcnt arrêtées, parmi lesquelles près de la moitié ont été trouvées malades.
Il me reste à rendre compte des dépenses nécessitées par les diverses opérations du service.
La brigade des Mœurs dépensait de 16 à 20.000 fr. par an, portés à l'état de Bons dit « Grand Etat », sans
compter de 10 à 12.000 fr. qui étaient alloués au personnel pour indemnité des primes de captures supprimées. Cette somme n'a pas été inscrite au budget du Service de Sûreté lors de la fusion des deux attributions. Pourquoi?
Le Grand Etat de la Sûreté s'est élevé, en 1880, au chiffre de 66.998 fr. Celui de 1881 se monte à 84.572 fr. En tenant compte de la fusion des deux services, les proportions n'ont donc pas varié d'une façon sensible. En ce qui concerne le Petit. Etat, chapitre III, paragraphe 3 du budget de la Préfecture de Police, les dépenses se sont élevées à 30.677 fr. Mais, sur cette somme, 9.525 fr. ont été alloués et payés, sur acquits, aux gendarmes, gardes champêtres et gardiens de prisons pour primes d'arrestations sur flagrant délit et reconnaissances d'individus détenus sous faux noms ; 1.872 fr. pour solder les dépenses occasionnées par les affaires criminelles nécessitant de longues et laborieuses investigations.
11.580 fr. alloués à titre de gratifications au personnel, savoir : 720 fr. (par an) à M. Droz, doyen des inspecteurs principaux; 3.600 fr. aux sept inspecteurs principaux; 3.660 fr. aux secrétaires, caissier, agents, garçon de la Morgue et garçons de bureau; 1.800 fr. à cinq secrétaires de commissariats de police spécialement chargés de la procédure concernant les malfaiteurs arrêtés par le Service de Sûreté; 1.800 fr. de dépenses personnelles à l'occasion du service ; soit, comme il est dit plus haut, un total de 11.580 fr.
Enfin, une somme de 7.700 fr. a été allouée aux indicateurs libres et détenus et aux correspondants de la province et de l'étranger, soit la somme totale de 30.677 fr.
A ce total, il convient d'ajouter 500 fr. environ pour paiement de taxes de nombreuses lettres non affranchies qui me sont adressées de toutes parts pour afifairos de service.
Voilà, Monsieur le Préfet, quels ont été les résultats du travail fourni par la Sûreté au cours de l'année écoulée.
216 LA POLICE PÂHISIENNE
En proportion du nombre relativement restreint des employés, des difficultés d'opérations toujours croissantes et des mille détails du service, ce travail est énorme, et cependant il n'est pas suffisant. On a fait beaucoup ; mais on n'a pas fait assez : il reste encore beaucoup plus à faire. Malheureusement, les moyens d'action sont faibles.
En général, le zèle des agents tend à se refroidir de jour en jour. A quoi cela tient-il ?
 plusieurs causes, dont les principales me paraissent être les suivâàteç :
1° Le mépris ûe l'autorité, qui se propage de jour en jour dans le public, grâce aux excitations malveillantes d'une certaine presse , mépris qui engendre le découragement et la crainte parmi les employés ;
2® Les menaces et même les voies de fait auxquelles les agents sont journellement en butte de la part des justiciables, qui, à tout propos, parlent d'écrire à tel ou tel journal et de les faire révoquer;
3° L'inexpérience et l'incapacité notoire de beaucoup d'employés, dont le mode de recrutement aurait grand besoin d'être modifié, si l'on veut enrayer le mal anémique qui menace de tuer le Service de Sûreté.
Les malfaiteurs qu'il faut combattre sont généralement intelligents; de jour en jour ils perfectionnent leurs procédés d'opération. Or, avec les maigres éléments dont elle dispose, l'Administration est d'ores et déjà impuissante à paralyser leurs progrès. J'ai insisté sur ce point parce qu'il y a là une question vitale de premier ordre.
11 ne faut point se le dissimuler, le recrutement, tel qu'il se pratique -actuellement, est très-défectueux à divers points de vue, de même que les conditions d'avancement.
J'ai dit que beaucoup de jeunes gens capables et intelligents quittaient le service, où leur avenir se trouve borné et leur avancement limité par anticipation. D'un autre côté, bon nombre de candidats qui demandent un emploi à la Préfecture de Police sont nom-
niés à la Sûreté sans le savoir, sans Tavoir demandé et surtout sans connaître la nature des fonctions auxquelles ils sont appelés; fonctions pénibles s'il en fut, qui présentent certaines .conditions d'opération dont tout le monde n'est point capable, et qui, disons-le, répugnent à beaucoup, quoiqu'elles n'aient rien que de très-honorable, je me hâte de le dire. Mais il ne convient pas à tout le monde d'endosser une blouse, le carrick d'un cocher, ou toute autre livrée pour faire la chasse à un criminel dangereux. Or, pour faire un bon agent de la Sûreté, il est indispensable de savoir et vouloir, en cas de besoin, se plier à toutes ces exigences, dont dépend souvent a réussite d'une affaire importante. Témoin la capture récente du nommé Charles Bistor, assassin de la veuve Stordeur, que deux agents déguisés en marchands ambulants ont découvert et arrêté à Creil. Si ces inspecteurs avaient hésité à endosser le costume et la balle du colporteur, Bistor leur échappait et gagnait la frontière, comme il en avait l'intention.
L'emploi d'agent de la Sûreté nécessite une vocation et des aptitudes spéciales, jointes à un dévouement et une abnégation absolus. Il est donc vraiment regrettable que, par tradition administrative, les inspecteurs de ce service soient assimilés, pécuniairement et hiérarchiquement, au point de vue de l'avancement de classe, à de simples gardiens de la paix.
Les candidats pour l'emploi d'agents de la Sûreté devraient être l'objet, non d'un recrutement banal et mécanique, mais d'un choix consciencieux et éclairé.
En l'état actuel des choses, personne n'est appelée renseigner les candidats sur la nature des fonctions qu'ils sollicitent, à examiner sérieusement et apprécier leurs dispositions, leurs aptitudes, leur intelligence et leur degré de capacité. Le chef qui doit les employer, et qui seul pourrait juger s'il convient ou non de les accepter, ne les voit que quand ils sont nommés. Bons ou mauvais, il est alors obligé de les conserver et de les utiliser, s'il le peut. Aussi arrive-il souvent que, lorsqu'il s'agit
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de confier à un agent une mission qui exige du flair, du savoir et de Tinlelligence, on est obligé de chercher parmi quarante ou cinquante hommes le « phénix », que quelquefois on n'y trouve point. Actuellement, sur plus de 300 agents, il devient impossible d'y trouver des employés aptes à remplir les fonctions de commis de bureau, et cependant il en faut. On ne peut non plus y recruter le nombre d'hommes nécessaires pour recueillir les renseignements demandés par notes administratives et judiciaires. Et pourtant les notes arrivent et il faut y répondre.
Si regrettable qu'elle soit, il ne faut pas hésiter à reconnaître la vérité d'un fait : le Service de Sûreté n'est plus actuellement à la hauteur de sa mission.
L'insuffisance des salaires, l'avancement lent et par trop limité, ainsi que la défectuosité du mode actuel de recrutement sont, je le répète, les causes majeures de cet état d'infériorité, sur lequel je prends la liberté d'appeler toute la sollicitude de l'autorité supérieure compétente.