LA PROSTITUTION
Difficultés de la répression. — Nécessité d une réglementation légale. — Inconvénients de la fusion de la Sûreté et des Mœurs. — Nécessité de réorganiser une brigade spéciale.
La prostitution augmente de jour en jour ; — elle est devenue une plaie sociale dont les conséquences désastreuses se font sentir partout.
Dans certains quartiers, elle s'étale au grand jour, dans la rue, aux croisées, dans les établissements publics de toute nature; dans d'autres, elle se cache un peu plus, mais ses conséquences sont à peu près les mêmes. On ne peut se faire une idée approximative du nombre de personnes (mâles ou femelles) qui se livrent à la prostitu tion, en vivent ou la facilitent dans un intérêt pécuniaire ou autre.
Le proxénétisme a gagné toutes les classes de la société. Le propriétaire qui loue à une prostituée un logement au triple du prix qu'il vaut; le loge^ir qui l'héberge au même titre que le propriétaire; le marchand de vin qui l'attire chez lui pour y attirer en même temps les clients, et qui, au besoin, la protège contre les agents ; le charbonnier qui lui vend du combustible à faux poids ; l'épicier,
le fruitier, la marchande à la toilette, la couturière, qui lui font payer les marchandises plus cher qu'à une autre; jusqu'à la blanchisseuse, qui lui surfait le prix, de son repassage (attendu, dit-elle, que la prostituée n'a pas de mal à gagner l'argent) ; tous ces industriels, à des titres différents, sont en réalité autant de proxénètes qui poussent à la débauche, parce que la débauche leur rapporte.
Je ne parle que pour mémoire du souteneur vulgaire, qui, lui, n'a pas d'autre gagne-pain et s'en fait un litre de gloire, certain de l'impunité, car il est inattaquable tant qu'il ne commet aucun méfait tombant sous l'application de la loi.
Les catégories de souteneurs sont nombreuses, et, ainsi qu'il résulte d'un rapport fourni le 25 septembre 1881, ces derniers se recrutent dans toutes les classes de la société : beaucoup de maris môme sont les souteneurs de leurs femmes. Il n'est donc point surprenant que, dans ces conditions, la répression de la prostitution rencontre partout des adversaires, et qu'elle se propage sous toutes les formos.
Il fut un temps où les prostituées étaient des femmes à part, connues, ne sortant pas de leur milieu, ne se montrant que dans certains endroits et à certaines heures, portant un costume spécial; aujourd'hui elles sont partout, vont partout, se mêlent de tout, s'habillent comme tout le monde, et, grâce à la facilité et à la protection qu'elles trouvent chez les intéressés, peuvent s'établir et s'établissent gantières, parfumeuses, papetières, liquoristes, modistes, couturières, elc. Celles à qui leur jeunesse et leur beauté le permet imitent les grandes dames avec un aplomb imperturbable et réussissent souvent à se faire passer pour des femmes du meilleur monde.
Si la prostitution de la rue, qui offense la pudeur, est dangereuse, celle de certains établissements l'est davantage, dans un autre ordre d'idées.
En effet, la fille qui racole ouvertement est arrêtée tôt ou tard et soumise à des visites sanitaires.
Mais quelles mesures peut-on prendre à l'égard des
parfumeuses, gantières, modistes, qui se cachent derrière leur vitrine et sont assez adroites pour ne pas se faire remarquer par des signes indécents?
Et que peut aussi l'Administration contre la fille de brasserie qui, entre deux chopes, donne rendez-vous chez elle aux consommateurs. Il est de notoriété publique, cependant, que les neuf dixièmes des filles de brasseries sont atteintes de maladies vénériennes, et il ne peut en être autrement si Ton tient compte de la nécessité où elles se trouvent d'absorber chaque jour une grande quantité de liqueurs frelatées, de passer des nuits sans sommeil, pour se livrer à la débauche pendant les quelques heures qu'elles pourraient se reposer, ce qui est presque obligatoire pour elles, leur gain à la brasserie ne leur permettant pas de subvenir à leurs besoins, grâce à l'exploitation dont elles sont l'objet de la part de leurs patrons.
Je ne m'étendrai pas sur cette question des brasseries, connue de tout le monde, et qui a donné lieu, du reste, à un rapport circonstancié en date du 20 juin dernier.
J'aborde maintenant les difficultés que rencontrent les agents pour la répression de la prostitution que l'on peut atteindre, c'est-à-dire celle de la rue.
Ces difficultés sont nombreuses.
D'abord la presse intransigeante ne manque jamais de fulminer contre l'Administration en général et les agents en particulier chaque fois qu'une prostituée, se disant honnête femme, a maille à partir avec ceux-ci et qu'elle s'adresse à un reporter ou à quelqu'un touchant de près on de loin à l'administration d'un journal, et qui n'est, le plus souvent, que son souteneur.
Qu'un fonctionnaire de la Préfecture de Police se permette, dans une opération, déposer quelques questions à un homme ou à une femme trouvé en compagnie de prostituées, aussitôt un toile général retentit.
On n'a pas oublié le bruit que fit dans la presse une interpellation adressée, par l'un des commissaires de police de la rive gauche, h une femme qui, à onze heu-
res du soir, se trouvait au milieu de filles soumises et de souteneurs, dans la rue Gujas, la voie la plus mal fréquentée du quartier Latin.
Cette femme, qui était sourde-muette, ne fut retenue que quelques minutes au poste, et, pendant plus d'une semaine, la presse abreuva d'outrages les chefs et les agents de la Préfecture de Police. Par la suite, le commissaire de police* en question, craignant de se tromper, en arriva à relaxer des filles inscrites qui se proclamaient d'honnêtes femmes.
Les agents chargés de la répression rencontrent assez souvent un mauvais vouloir chez MM. les commissaires de police des quartiers, qui redoutent les embarras et ennuis obligés des aff'aires ayant trait à la prostitution.
Et cependant, dans bien des cas, leur intervention est indispensable.
Les inspecteurs n'ont aucune qualité pour enlever de chez elle une fille qui refuse d'en sortir, qu'elle soit soumise ou insoumise; mais fussent-ils autorisés à employer la force, que les filles trouveraient encore moyen d'éluder la répression, soit en se barricadant dans une pièce ou prenant la fuite par une porte dérobée, soit en èe déshabillant complètement nues (les cas de cette nature sont fréquents) et en mettant les inspecteurs au défi de les emmener ainsi. Elles n'oseraient pas agir de la sorte en présence d'un magistrat, dont les pouvoirs sont plus étendus et l'autorité morale plus grande.
Tous les agents ne sont pas aptes à faire de la répression dans n'importe quel quartier, et, la peur aidant, peu ou point osent actuellement procéder aux arrestations de filles sur les grands boulevards, à moins d'avoir derrière eux un chef expérimenté pour les guider, les soutenir et surtout certifier devant le commissaire de police la vérité de leurs allégations concernant les racolages qu'ils ont constatés et qui ont motivé les arrestations, car les filles, par nature, ont pour principe de nier obstinément.
Malgré la plus grande prudence, les erreurs sont cependant possibles dans la répression de la prostitution. Sou-
vent le service reçoit Tordre de balayer un point quelconque de )a voie publique envahi par les prostituées. Les agents étant connus de la plupart des filles, il est impossible de prendre celles-ci isolément et après la constatation de racolages successifs bien caractérisé?, car à leur approche elles prennent la fuite et se réfugient chez les marchands de vin du voisinage, où elles sont inexpugnables, grâce à la complaisance de ces industriels. Les inspecteurs ne peuvent donc les arrêter que par surprise, en cernant les groupes.
Or dans ces groupes se trouvent quelquefois des femmes, domestiques ou ouvrières ne se livrant pas précisément à la prostitution, mais stationnant avec les filles et causant avec elles. Dans ces conditions, ces femmes peuvent se trouver arrêtées et retenues provisoirement en attendant la vérification de leurs allégations, ce qui ne dure guère plus de quelques heures.
Jusqu'à présent, toutes celles qui se sont trouvées dans ce cas n'étaient point ce que l'on peut appeler d'honnêtes femmes, dans l'acception exacte du mot. — Toutes avaient un ou plusieurs amants. Je n'ai pas souvenir que des vierges aient été arrêtées comme prostituées.
Les costumes des prostituées sont aussi une cause d'erreur. Dans les faubourgs et les arrondissements populeux du centre, les femmes de débauche racolent en cheveux; à la barrière du Maine elles portent la tenue des ouvrières du quartier et fréquentent les mômes établissements que celles-ci; à Grenelle, leur costume est le même que celui des domestiques de maisons bourgeoises. Quelques-unes vont jusqu'à adopter les costumes d'Alsaciennes, Bretonnes et autres.
La répression de Ja prostitution exige donc de la part des agents une connaissance exacte des agissements du monde de la débauche, et en môme temps la fermeté de caractère voulue pour ne pas se laisser intimider par les menaces de toute nature dont ils peuvent être Tobjet. Ce sont-là des conditions d'aptitudes que peu d'inspecteurs réunissent. Il n'est pas facile, du reste, de trouver
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des hommes assez sûrs d'eux-mêmes et assez dévoués pour affronter les colères que déchaîne contre eux la stricte exécution des missions dont ils sont chargés. Je suis convaincu que si on rétablissait le Service des Mœurs, très-peu des inspecteurs de Tancienne attribution demanderaient à en faire partie.
Il ne faut point se faire d'illusion : le recrutement du personnel en général et des agents chargés de la répression de la prostitution en particulier devient de plus en plus difficile ; cela s'explique par les attaques aussi acerbes qu'injustes dont les employés sont journellement l'objet, et par la modicité des salaires, devenus, en raison de la cherté toujours croissante des denrées et des loyers, absolument insuffisants pour faire vivre une famille.
Voici un aperçu des principales catégories de la prostitution :
Sous le titie pompeux d' « Etat-Major », on désigne les filles qui sont signalées par la Place de Paris pour avoir communiqué à des militaires des maladies vénériennes. Les agents doivent rechercher ces filles, et, comme elles sont presque toujours insoumises, les invitent à se présenter au Dispensaire, ce que généralement elles refusent de faire, sachant que l'Administration est impuissante à les y contraindre.
Les filles inscrites qui cessent de venir à la visite de santé, et que l'on appelle les disparues, sont nombreuses, en raison de la sévérité dont elles sont l'objet de la part de l'Administration et de l'intérêt qu'elles trouvent à se cacher pendant trois mois, et redevenir insoumises, pour bénéficier de l'impunité accordée à celles-ci.
A juste titre, les filles soumises se plaignent journellement de la tolérance que l'Administration accorde aux insoumises, qui vont partout, racolent partout, et sont relaxées quand, arrêtées pour fait de débauche, elles ne sont point trouvées malades ; tandis qu'elles, filles soumises, sont punies pour le seul fait d'avoir racolé sur certaines voies qui leur sont interdites.
L'Administration attache le plus grand intérêt à la
recherche des « disparues ». Avant la fusion des deux services, une somme de 12.000 francs était allouée au personnel des mœurs, pour encourager les agents au sujet de cette recherche. Lors de cette fusion, la somme précitée a été supprimée et, malgré une réclamation pressante que j'ai adressée par la suite, elle n*a pas été rétablie. Cette suppression de fonds (j'insiste sur le fait) a produit parmi le personnel un très-mauvais effet, ce qui, joint aux difficultés d'opérations, n'a pas peu contribué au refroidissement du zèle des agents.
Beaucoup d'individus étrangers à l'Administration prennent la qualité d'inspecteurs des Mœurs pour rançonner les filles et obtenir gratuitement leurs faveurs. Cette usurpation de qualité et les raisons qui la déterminent sont de nature à jeter la déconsidération sur le personnel. Aussi fait-on aux faux agents une guerre acharnée. Il se passe peu de mois sans que l'on n'en arrête un ou deux.
Les agents sont chargés de veiller à l'application des règlements administratifs dans les tolérances; mais je dois dire que cette mission est l'une des plus faciles à remplir, les maîtresses de ces maisons faisant tout leur possible pour se conformer aux prescriptions qui les concernent. Du reste, les maisons de tolérance tendent à disparaître. Pour éviter les sévérités administratives, beaucoup de titulaires transforment leurs établissements en hôtels garnis, ce qui leur permet de continuer à avoir des prostituées et à bénéficier de la prostitution sans en supporter les charges et les ennuis.
Les maladies vénériennes se propagent d'une façon déplorable. Beaucoup de mineurs en sont atteints, ainsi que l'attestent de nombreuses réclamations de leurs parents. Ce sont généralement les insoumises de toute catégorie qui empoisonnent les jeunes gens. Elles négligent les précautions les plus élémentaires et, quoique malades, continuent à se prostituer et à infester dans des conditions désastreuses les individus qui les fréquentent. Cela est si vrai que les médecins spécialistes sont d'ac-
cord pour dire que des maladies vénériennes graves, dont certaines variétés avaient disparu de France depuis plus de 50 ans, y reparaissaient avec une telle intensité qu'elles inspirent à ceux que cette question préoccupe de graves inquiétudes.
Moins ostensible, la pédérastie progresse comme la prostitution, et le chantage, qui en est la conséquence, prend des proportions très-grandes.
Comme la prostitution, la pédérastie s'étend maintenant partout. Il y a des maisons de commerce montées, entretenues et fréquentées par un personnel spécial ayant des goûts antiphysiques. Les individus qui se livrent à de si honteuses pratiques sont bien plus difficiles à atteindre que les prostituées.
Il existe pour le placement des filles de débauche des agences fonctionnant ni plus ni moins que celles qui se chargent de procurer des emplois et des employés. Les industriels de cette nature se tiennent en rapports avec les maîtres de maison de tolérance de la capitale, de la province et même de l'étranger, et surtout avec les parfumeuses, gantières et autres proxénètes ayant besoin de leur office pour obtenir le personnel de débauche qui leur est nécessaire.
Le nombre des proxénètes augmente également, mais on ne voit guère de mineures chez elles, et les brasseries de femmes sont, sur ce point, bien autrement dangereuses.
Par ce qui précède, on peut se faire une idée approximative des opérations auxquelles sont appelés les agents chargés de la prostitution et des difficultés que présente cette mission. Avec les seuls movens dont l'Administraiion dispose aujourd'hui, il est matériellement impossible d'endiguer cette marée montante, qui, refoulée d'un côté, se précipite de l'autre, est toujours la môme et produit partout de grands ravages.
Aujourd'hui, les maisons, les rues, les jardins publics, les bois de Vincennes et de Boulogne sont envahis par les prostituées, malgré les tournées fréquentes et les arrestations qui ont lieu.
Pourtant bon nombre de personnes trouvent qu*il n'y a pas assez de liberté pour les filles de débauche. Les partisans de la liberté absolue de la prostitution critiquent les actes de l'Administration, que, non sans un semblant de raison, ils qualifient d'arbitraires, se basant sur ce que les arrêtés concernant les filles sont rendus et appliqués par la Préfecture de Police, se faisant ainsi juge et partie.
Dans beaucoup de villes de province, les infractions aux règlements municipaux concernant la prostitution sont déférés au Tribunal de simple police, ce qui paraît assez équitable. On a bien réglementé judiciairement l'ivresse manifeste, pourquoi n'en agirait-on pas de même au sujet de la prostitution?
Pour que la répression soit efficace, il est nécessaire qu'elle soit basée sur les principes de justice et d'équité, égale pour toutes les délinquantes. Or, cela n'est pas et ne peut pas être avec le mode de procéder actuel, l'Administration n'étant pas suffisamment armée à l'égard des insoumises.
Des filles soumises et insoumises arrêtées à la même heure, sur le même point et pour le même motif, ne sont pas punies d'une façon identique. Les soumises sont envoyées à Saint-Lazare pour un temps plus ou moins long, tandis qne, si elles sont saines, les insoumises sont relaxées après une simple remontrance.
Cet état de choses est préjudiciable à tous les points de vue. D'un côté, les agents n'osent plus arrêter l'insoumise relaxée qu'ils trouvent le lendemain racolant sur le même point. D'autre part, la fille soumise se dit qu'elle a plus d'intérêt à redevenir insoumise, puisque les insoumises ne sont point punissables.
Tout en comprenant que l'insoumise, se livrant habituellement à la débauche, est aussi répréhensible que la soumise, le chef du bureau compétent se trouve dans l'impossibilité de sévir envers l'une comme envers l'autre, l'insoumise récidiviste étant généralement mineure.
Il on serait autrement si les contraventions étaient
jugées par un tribunal régulier. Armé par la loi, le juge pourrait prononcer, après enquête, rinternement et la détention durant un certain laps de temps de la mineure reconnue pour se livrer habituellement à la débauche.
En attendant Toiganisation judiciaire désirable, et pour parer aux éventualités actuelles, il serait nécessaire, comme je l'ai énoncé dans mon rapport du 1" octobre 1881 , de faire concourir les commissaires de police de quartiers, les officiers et gardiens de la paix, à la répression de la prostitution.
Mieux que personne, ces fonctionnaires connaissent les lieux où s'étale la débauche, les femmes qui s'y livrent et les personnes qui la facilitent.
L'intervention des gardiens de la paix serait notamment très-efiicace pour débarrasser la voie publique des filles soumises et insoumises qui, le soir, dans certaines rues, rendent la circulation presque impossible. Ce serait déjà un allégement à la tâche très-lourde des agents spéciaux chargés de la répression.
Il me reste, en terminant, à exprimer mon sentiment sur la fusion des Services des Mœurs et de la Sûreté.
Ainsi que je l'ai énoncé dans mon rapport du 1" octobre 1881, je n'étais point partisan de cette fusion; l'expérience que j'en ai faite jusqu ici me confirme dans ma première impression.
Je suis toujours fermement convaincu que la place du Service des Mœurs est avec la Sûreté, non fusionné mais annexé, c'est-à-dire ayant son organisation spéciale indépendante, son chef responsable.
Et cependant, pour mon compte personnel, j'avoue que je ne me sens nullement disposé à conserver ce service, préférant laisser à d'autres le soin d'une nouvelle organisation, à moins que M. le Préfet de Police n'en décide autrement.
Voilà pour le présent.
Quant à l'avenir, je ne crois pas qu'il soit possible de laisser la répression de la prostitution dans l'état où elle se trouve. Tôt ou tard, par la force des choses, il faudra en
arriver à un débat public. La question est trop grave pour ne pas êtr.e discutée largement, ouvertement, afin que toutes les opinions puissent être mises au grand jour.
Au moment où M. Andrieux décidait la fusion de Tat- Iribution relative à la prostitution avec le Service de Sûreté, il n'eût peut-être pas été inutile de supprimer momentanément et radicalement le Service des Mœurs, avec tout ce qui s'y rattache, ne laissant subsister le Dispensaire que pour les maisons de tolérance et les filles soumises isolées venant volontairement à la visite sanitaire. Mais d'arrestations, point; de répression, nulle part.
Voyant de près les choses comme je les vois, j'ai la certitude qu'après trois mois de suspension, une répression énergique aurait été réclamée à grand cris par toute la population parisienne.
La question eût été alors posée, discutée, approfon* die ; la lumière se serait faite sur tous les points ; le public aurait été édifié. Probablement, à l'heure actuelle, la difficulté aurait été tranchée d'une façon définitive, et la réglementation judiciaire nécessaire en aurait été, sans doute, la conséquence.
J'annexe au présent :
1** Un tableau statistique dressé pour les individus arrêtés pour délits de droit commun et écroués au Dépôt près la Préfecture de Police.
Dans lequel on trouvera :
{a) Par âge et par sexe, le nombre des inculpés nés à Paris, en province et à l'étranger ; — {b) les inculpations dominantes ; — {c) les arrestations pour faits de débauche ; — {d) l'état actuel de la prostitution dans le département de la Seine; •
2° Le recensement des maisons de tolérance et de leurs pensionnaires, ainsi que le recensement des filles soumises isolées.