GÉNÉRAUX
Vénériennes . . .
Insoumises ....
Contrevenantes
Totaux . .
Les 434 filles portées à la colonne des vénériennes sont celles qui, se présentant volontairement à la visite du Dispensaire, ont été reconnues malades et envoyées au Dépôt pour être dirigées sur l'infirmerie de Saint-Lazare.
Sur les 2.721 filles soumises arrêtées pour infraction aux règlements administratifs, 246 seulement ont été reconnues malades, soit un onzième ; tandis que sur les 2.223 insoumises envoyées au Dépôt, 1 .154 étaient infectées, c'est-à-dire plus de la moitié.
Les apôtres de la suppression du Dispensaire pourront ergoter encore sur les chiffres; mais il leur sera difficile de prouver, d'après ce qui précède, que la société gagnerait à laisser les prostituées se régir à leur guise.
Je terminerai cet aperçu de Tétat actuel de la prostitution en faisant connaître que les filles inscrites sont maintenant au nombre de 2.935, soit 103 de plus que Tan dernier à la môme date, et que Ton compte dans le département de la Seine 101 maisons de tolérance, c'està-dire 4 de moins que Tannée dernière.
Le chiffre des dépenses du Grand Etat est, cette année, un peu plus élevé que celui des exercices précédents. Il se monte à la somme de 104.179 fr.
Cette augmentation des frais officiels (dont les pièces comptables, consistant en bons fournis par le personnel, sont classées au Service) çi été motivée par de longues et laborieuses investigations sur les principales affaires criminelles, qui ont exigé de nombreuses démarches et déplacements d'agents, notamment pour les suveillances prolongées exercées extra-muros, à la requête de mes collègues des circonscriptions de la banlieue, relativement à des vols nocturnes souvent de peu d'importance.
Ces surveillances, exigeant beaucoup de temps et d'employés, très-coûteuses, sont, par contre, souvent infructueuses.
Pour amener de bons résutats, ce genre de surveillance exige un séjour à peu près permanent dans lès localités, ce qui est incompatible avec la pénurie d'agents dont dispose le Service de la Sûreté, et le peu de ressources budgétaires imputables au chapitre des dépenses, les municipalités locales ne pouvant ou ne voulant subvenir aux frais occasionnés par ces déplacements.
Les dépenses du Petit Etat, chapitre III, paragraphe 3 du budget dit « des Fonds secrets » n'ont guère varié sur les années précédentes. Elles s'élèvent à la somme totale de 32.667 fr.
Dans cette somme figurent :
1° 5.340 fr. alloués à titre de gratifications trimes-
trielles et mensuelles aux six inspecteurs principaux et à Tunique commis dirigeant les bureaux;
2* 4.020 fr., également pour gratifications mensuelles, aux brigadiers, sous-brigadiers et agents ayant des attributions spéciales ;
3** 1.800 fr. alloués comme gratifications mensuelles à cinq secrétaires de commissariats de police qui dressent plus particulièrement des procédures dans les affaires criminelles ou délictueuses traitées par le Service ;
4° 11.947 fr. aux gendarmes, gardiens de prisons et gardes champêtres pour primes de flagrants délits et reconnaissances ;
S** 1.800 fr. pour dépenses personnelle (voitures et autres) à l'occasion du Service ;
Soit une somme de 24.907 fr. dont la totalité est justifiée par des reçus transmis chaque mois à M. le Chef de la Police municipale.
Déduction faite de cette somme sur le montant général du Petit État, il reste 7.760 fr. affectés aux dépenses suivantes :
1° Allocations, à titre de primes spéciales et exceptionnelles, pour encouragement aux agents qui reconnaissent des individus détenus sous de faux noms : un franc par reconnaissance ;
2° Idem à ceux qui parviennent à arrêter des malfaiteurs dont la capture présente le plus de difficultés, tels que pick-pockets , roulottiers, cambrioleurs, voleurs à Taméricaine, etc. ; — primes payées sur état de proposition dressé chaque mois par M. Colliaux, inspecteur principal, chargé du service de voie publique, et seulement après condamnation du malfaiteur arrêté ;
3° Remboursement à M. Tructin, brigadier , chargé du service des prisons, des sommes remises par lui à des détenus qui lui fournissent des indications ;
4<> Indemnités à des individus arrêtés injustement, en vertu de mandements de justice émanant des Parquets de province, et retenus durant quelques heures et même un jour ou deux, — le temps de vérifier leurs allégations, —
soit qu'ils aient subi la peine de leur méfait sans que les pièces les concernant aient été réclamées au Service, soit que, tout en étant ceux désignés dans les mandats ou jugements^ ils soient étrangers aux crimes ou délits ayant motivé les poursuites, ce qui arrive fréquemment au moyen de l'usurpation de Tétat civil d'un individu par un autre, lequel est seul coupable du méfait visé ; soit enfin que les individus arrêtés se trouvent victimes d'une similitude d'état civil et môme parfois de signalement, les signalements portés aux pièces de justice étant souvent fort incomplets.
Ces indemnités ont pour but : d'abord de réparer, dans la mesure du possible, les conséquences d'erreurs fâcheuses, bien que non imputables au Service, et ensuite d'éviter des réclamations et récriminations regrettables à tous les points de vue.
5* Secours immédiats à des familles nécessiteuses dont le soutien se trouve brusquement arrêté par ordre de justice, ou bien à des malheureux se présentant au Service dans le plus complet dénûment et souvent privés de nourriture ;
6° Frais de correspondance avec la province et l'étranger ;
7° Enfin une somme très-minime à des individus venant m'apporter des indications utiles au Service.
Voilà quel est, en réalité, l'emploi du budget du fameux chapitre III, paragraphe 3, dit des Fonds secrets, épithète fort peu justifiée pour le Service de Sûreté, ainsi que le démontre le détail ci-dessus.
Certes, j'aurais pu faire aux indicateurs la part plus large, les individus offrant leurs services comme tels étant toujours nombreux; mais, tout bien considéré, j'ai apprécié que les indications qu'ils fournissent à l'Administration ne compensent point le préjudice qu'ils lui causent en s'y disant à tort employés, la plupart étant des repris de justice ou des gens véreux.
Autant que cela a été compatible avec les exigences du service, je me suis attaché à détruire l'institution des
indicateurs, la croyant foncièrement mauvaise. Par contre, j'ai fait mon possible pour stimuler le zèle des agents, en les engageant à être eux-mêmes leurs propres indicateurs, ce qui me parait beaucoup plus rationnel et moral, les renseignements des indicateurs ne présentant jamais le caractère de sincérité et de bonne foi qui doit présider à tous les actes de T Administration.
Quand j'ai pris la direction du Service de Sûreté, en février 1879, il y avait à cette attribution 166.373 dossiers accumulés depuis juin 1871.
Il y en a aujourd'hui 428.526, c'est-à-dire 256.850 de plus.
Les archives ont donc plus que doublé durant ces cinq dernières années.
Dans les chilïres qui précèdent ne figurent ni 40.489 dossiers de Mœurs, dont j'ai fait conserver le classement séparé, ni 882.000 fiches de toute nature et 66.000 photographies.
Au point de vue des archives et du travail bureaucratique, la Sûreté a maintenant l'importance d'un des bureaux les plus chargés de l'Administration. Trente employés suffisent à peine à cette tâche, et je n'ai pour diriger ce travail et ce personnel qu'un commis (qui depuis trois ans a droit à la retraite), tandis que tous mes prédécesseurs, avec bien moins d'affaires, en ont eu quatre et parfois cinq.
J'ai créé au Service de Sûreté, en prélevant, avec l'avis du cadre, de petites sommes à chaque trimestre sur le montant des primes de capture et autres services rétribués, une sorte décaisse de prévoyance qui est, en réalité, la propriété du personnel et dont le fonds est actuellement de 8.000 fr.
Tout agent quittant l'Administration touche sur cette caisse : 5 fr. s'il a un ande service, 10 fr. pour deux ans do présence, 15 fr. pour trois ans et 20 fr. pour quatre ans et au-dessus.
La nécessité de cette création s'imposait par Timpossibilité où se trouvait le Service, en raison de son extension, de faire aux agents les avances nécessaires pour frais d'investigations et en même temps pour accorder aux nécessiteux qui le demanderaient de petites avances pour les besoins pressants de leurs familles.
Cette caisse est d'une utilité incontestable, et j'espère que mon successeur voudra bien la maintenir dans les mômes conditions.
Au mois d'octobre dernier, j'ai prié M. le Préfet de Police de vouloir bien m'autoriser à faire valoir mes droits à la retraite, ces droits m'étant acquis par trente années de service.
Volontairement donc, prématurément pour ainsi dire (étant jeune et valide et pouvant encore fournir quelques années de services), je demande à quitter T'Administration.
La raison de cette retraite anticipée est toute dans l'impossibilité où je me trouve de réaliser au Service de Sûreté les réformes et améliorations que j'ai toujours préconisées, et que je crois indispensables au bon fonctii^nnement de cette attribution et à son développement normal.
Ce Service, tout d'utilité publique, doit être plus important qu il n'est, et surtout dégagé de certaines entraves hiérarchiques qui paralysent tous ses mouvements et le relèguent au rang d'un infime rouage dans une grande machine, quand, pour bien fonctionner, il doit puiser en lui-même sa propre force et se mouvoir spontanément.
Le Chef du Service de Sûreté ne peut rester à l'état de caporal exécutant une consigne, sans aucun droit d'initiative.
Il doit, selon moi, être libre et responsable de ses actes, et se trouver sous les ordres immédiats de M. le Préfet de Police, de même qu'il doit pouvoir correspondre directement avec M. le Procureur de la République relativement aux affaires du ressort du Parquet.
288 LA POLICE PARISIENIfE
Je n'ai point rintention de traiter à cette place et à fond une si grosse question, et je me borne à en esquisser à grands traits les points capitaux.
Mon intention avait été d'abord de soumettre à M. le Préfet de Police, en même temps que mon dernier rapport général (le présent), un projet de réorganisation du Service de Sûreté sur des bases nouvelles ; mais il n'est bruit en ce moment que du rattachement de la Préfectîire de Police au Ministère de l'intérieur. Or, si cette mesure est adoptée, il peut en résulter des modifications imprévues.
Su conséquence, je me réserve de produire ce travail ultérieurement, si, comme à présent, la nécessité m'en parait démontrée.
Il me reste, en terminant, à remercier M. le Préfet de Police de la bienveillance dont il m'a honoré jusqu'à ce jour, et à le prier d'agréer l'expression de mes sentiments de profonde et respectueuse estime.