‹ La police sous Louis XIVChapitre 14 sur 51 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

LES 6ÂLÈRES.

Anciennes galères. — Les Vénitiens. ~ Situation des galères à Tavéne* ment de Louis XIV. ~ Leur accroissement successif. — Condamnés aux travaux forcés à partir de Charles VIL — Recommandations de Colbert pour en augmenter le nombre.— Il n’csi que trop bien secondé par les intendants et les magistrats. — On les recrute au moyen de mendiants» de révoltés, de prisonniers, de Russes et de Turcs achetés.

— Les consuls du Levant disposent de leurs emplois à condition de fournir des galériens. — On en fait vénir du Sénégal. — Des prisonniers Iroquois sont transportés en France et employés comme fon,*ats.

— N<*cessilé de les renvoyer. — Système des Bonnevoglies. — Il est abandonné. — La duree des peines augmentée arbitrairement par Henri IV. — > Louis XIV et Colbert suivent ces tristes errements. — Des galériens à temps sont autorisés à se faire remplacer par des Turcs a vie. — Une visite a bord de la I^le. — Les prolcsUots aux galères.

— Elles sont supprimées au divlmiliénie siècle, gnlce à l’adoucisse* ment des mœurs.

Des milliers de navires à plusieurs rangs de rames ont sillonné pendant une longue suite de siècles les eaux de la Méditerranée. Ils ont disparu, faisant place à des formes nouvelles, comme ces êtres d’un autre âge que recouvrent les couches superposées du globe. Mais, si la science moderne recompose par induction et pourtant avec une précision merveilleuse, les espèces primitives, ni les descriptions des écrivains contemporains, ni les médailles, ni les bas-reliefs de la Grèce et de Rome, n’ont permis jusqu’à ce jour de reconstruire avec la même sûreté les détails de la galère

LES «ALfiRES.

antique. Cependant, il y a quelques années, un savant archéologue français a fourni sur ce problème, objet d’anciennes et patientes recherches, des données nouvelles. Les essais de la trirème construite d’après ses plans ont réussi, car les rameurs ont pu voguer sur trois rangs de hauteur, résultat qu’on n’avait pas obtenu jusqu’ici '. Est-il certain que les anciennes trirèmes fonctionnassent exactement de la même manière ? C’est le point qui resterait à éclaircir.

Les galères modernes, imitées des anciens dans les principales dispositions, ont passé successivement par des transformations nombreuses. Dès le quinzième siècle, les Génois et les Vénitiens en construisaient d’une grandeur démesurée et d’un luxe que les autres puissances étaient incapables d’égaler. Deux cents ans plus tard, la Réale e\, la Patronne rivalisaient avec les plus belles constructions italiennes. Pendant plusieurs années, un sculpteur de génie, Pierre Puget, prodigua sur les galères royales les plus magnifiques ornements. Tout, jusqu’à la casaque rouge des galériens, y visait à l’effet, et les officiers qui les commandaient étaient choisis de préférence dans la plus ancienne noblesse. Bravant les vents contraires et le calme, pouvant au besoin s’aider de la voile, les galères parcourment, dans les conditions de construction et d’équipages les meilleures, six milles (deux lieues) à

* Voir, au sujet de Tessai de reconstruction d'une ancienne trirème, par ordre de l'empereur, un curieux volume publié en I8C1 sous ce titre : la Flotte de César, etc., par M. Jal., historiographe de la marine, auteur de VArchéologie navaley et du Glossaire nautique. Celte trirème est conservée à l'arsenal de Cherbourg.— On voit, dit-on, dans le Bosphore, de grands caïques, à triple étage de rameurs, faisant le petit cabotage. N’est-ce pas là qu’on pourrait encore surprendre la tradition grecque ou romaine?

LES GALÈRES

l’heure. « Hier, écrivait de Mareeille à Colbert l’intendant Nicolas Anioul, j’ai vu sortir les galères : il n’y a guère de cheval de poste qui allât plus vite ; la vogue étoit si égale et si juste, qu’une rame ne passoit pas l’autre. » En résumé, cette marine remplissait alors, mais au prix d’embarras, d’inconvénients et de misères incalculables, le rôle que la marine à vapeur joue de nos jours avec des moyens d’action, une puissance et une précision qui n’admettent aucune comparaison.

Si grands que soient les perfectionnements apportés à l’art des constructions navales, l’habileté des maîtres charpentiers du seizième siècle e.xcite la surprise. En revenant de Pologne pour prendre possession de la couronne de France, Henri III s’arrêta à Venise, où la sérénissime république lui procura le plaisir de voir bâtir une galère pendant le temps de sa visite à l’arsenal. Cent ans après, en 1679, Colbert en faisait monter une en huit heures sur les chantiers de Marseille. Un ambas.sadeur vénitien, Marino Giustiniano, nous apprend qu’en 1.7:i.7 la France avait en mer trente galères, dont vingt-six en bon état, et que le service y était fait par des forçats. Le nombre en diminua dans la même proportion que celui des vaisseaux sous les règnes suivants, surtout pendant l’administration du cardinal Mazarin. Craignant que celles qui restaient dans les ports ne fussent hors de service, Golbfert recommandait, le 16 octobre 1662, à l’intendant de Toulon, « de faire tous les efforts imaginables pour en avoir six neuves » et d'en acheter soit au grandduc de Toscane, soit à la république de Gênes, si elles étaient aussi bonnes que celles de France. « Il en faudra même, ajoutait-il, mettre deux autres sur les chantiers, parce que, outre qu’il arrivera tous les jours à

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