Mt Proatitulion, p. 1D
118 MÉCAxMSME ET PERSONNEL DE LA POLICE.
pecteurs principaux; de 7 brigadiers, de 13 sous-brigadiers, de 211 inspecteurs. Pour faire une farce, M. Andrieux, par arrêté du 9 mars 1881, dans lequel il visait avec son esprit de Titi la délibération du Conseil municipal du 28 décembre 1881, y joignit les quatre-vingt-cinq agents de mœurs existants. Cette habile mesure supprima la brigade de sûreté et créa 320 agents des mœurs *.
Elle compte 7 inspecteurs principaux, 9 brigadiers, 20 sous-brigadiers et 287 inspecteurs : en tout 324. Il y a tour jours quelques unités en plus ou moins dans chaque brigade, par suite de changements, mises à la retraite, etc.
Les mémoires de Vidocq, de Ganler, de M. Claude, un ou deux contes d'Edgard Poë, les romans de Gaboriau et de ses nombreux imitateurs, sans parler de ceux de Ponson du Terrail, ont entouré la Sûreté d'une sorte d'auréole mystique.
Si l'on veut envisager avec sang-froid les questions qui concernent la sûreté publique, il faut, d'abord, enlever le caractère dramatique que l'imagination prête à la police et au crime.
On a fait le roman du criminel : on lui a attribué des combinaisons effrayantes ; on lui a donné une puissance, une force, une adresse surhumaines. Puis, on a multiplié ces hommes terribles.
De temps en temps, un crime bien noir, un procès retentissant vient secouer violemment les nerfs du public. La peur est une maladie singulièrement contagieuse. Au lendemain des affaires Tropmann, Billoir ou Abbadie, on voit partout des Tropmann, des Billoir et des Abbadie. Les journaux contribuent à propager ces légendes. Si un crime dramatique a lieu, ils font grand tapage autour, pour répondre à l'avidité curieuse du public. Tous les jours, ils parlent du même criminel. Ils en parlent au moment de la découverte du crime ; ils en parlent au moment de la dé-
1. Voir dans la Prostitution^ p. 102, les résultats de cette habile mesure.
LA POLM^E MUNICIPALE.
couverte de l'acr-usé; ils en park-nt pendant l'instruction; iU en parlent au moment du jugement; ils en parlent encore au moment où le condamné aubil sa peine, surtout si cette peine est la peine capitale. Toute celte publicil»! a pour résultat de faire tenir, dans les préoccupations de l'opinion, une place ridiculement exagérée à des coupables et à des victimes qui, si odieux que puissent être les premiers, si întéreesants que puissent être celles-ci, ne méritPnt point une telle attention.
Alors, peu à peu, se forment les légendes d'après lesquelles on se figurerait qu'on ne peut faire un pas, la nuit, à Paris, sans courir le risque d'être jeté dans la Seine ou coupé en morceaus. On voit des armées de bandits qui asfdègent !a grande ville, avec une telle habileté, une telle audace qu'on en est ensuite réduit à se demander comment elle a pu résister jusqu'à ce jour.
Si un étranger jugeait de notre sécurité par des journaux, comme la Police illusirée placardée à la porte des libraires, ik s'empresserait de doubler Paris, et do n'y pas séjourner uninstant, i'eatimant plus dangereux que n'importe quel pays sauvage.
On parle de bandes, de chefs de bande: on refait les Treiie de Balzac. Les débats judiciaires nous montrent à quoi se réduisent ces bandes. La solidarité entre des criminels peut être passagère : elle n'est point durable. On le voit bien lorsque l'un des misérables est arrêté; presque toujours, son premier acte est de dénoncer ses complices. Ceux qui croient à ces histoires no réfléchissent donc pas que des organisations, telles qu'ils les imaginent, exigeraient des qualités intellectuelles et morales, irréalisables pour les hommes les mieux doués, à fortiori incompatibles avec la situation de ceux à qui ils les prêtent.
La légende du criminel a produit la légende de l'agent de la sùrclé en vertu de la théorie manichéenne qui est au fond de nous tous ; Dieu et le diable : le bien et le mal. Elle a été dramatisée par les romanciers, popularisée par le journal. Les reporters, pour avoir dos renseignements, ne
manquent pas de décorer le nom du chef de police de sûreté de l'épithète stéréotypée : l'habile M. Claude, l'habile M. Jacob ; aujourd'hui, c'est l'habile M. Macé.
Volontiers, des gens voient l'agent de police comme un héros de Cooper, flairant la piste d'un criminel sur les pavés de Paris. Ils se le figurent une sorte d'être mystérieux, invisible, partout et nulle part, prenant toutes les formes et jetant Tor à pleines mains.
Les agents de police se prêtent un mutuel appui pour grossir cette légende, afin d'augmenter leur importance. En France, nous vantons l'habileté du détective anglais ; le détective anglais modestement vante la supériorité de son collègue français, afin d'obtenir certains avantages et certaines privautés qu'on lui refuse en Angleterre*.
Il déclare que tous les vols et tous les crimes sont décour verts dans toutes les capitales, à Paris, à Saint-Pétersbourg, à Vienne, à Rome, à Berlin, excepté à Londres. En est-il bien sûr? Il nous apprend qu'elle n'a pu découvrir le vol de Hatton-Garden et les auteurs de la tentative faite pour détruire les bureaux du gouvernement à Westminster. Il nous prouve qu'elle n'est pas infaillible. Nous nous en étions toujours douté.
Ce détective anglais, avec une remarquable naïveté, s'imagine que les agents de la sûreté, régulièrement commissionnés, sont des personnages inconnus. Ils sont faciles à connaître, puisque tous les matins ils vont au rapport à la Préfecture de police. Il est vrai que ce détective, à l'esprit inventif, s'imagine que les agents de la sûreté sont toujours déguisés et ne sortent jamais sans une fausse barbe et un faux nez. Il a oublié de dire qu'il y avait parmi eux des coiffeurs sachant faire le maquillage comme au théâtre, mais beaucoup plus forts. Il veut persuader que tous les agents dé la sûreté sont payés comme des généraux. Il espère ainsi augmenter la générosité du parlement à l'égard
1. De lective police. The Nineteenth ccnlurij, mai 1883» par M. Laing Mcason, un des hauls fonctionnaires de la police de Londres.
des âètectÏTOB anglais. Il n'a pas réOÉchi qu'il pouvait venir à l'idée de quelqu'un de oontrâler ses affirmations avec un budget el de lui répondre, qu'à moios de volor, un agent de la BÛretc n'a pas 2,000 fr. à dépenser par an, et que s" " parvient à découvrir un assassin, ce qui n'arrive pas tous les jours, il ne touche qu'une prime de 200 fr., quand il la louche'. Ce déleciive confond deux choses, l'agent de la sûreté et l'indicalcur. Les agents de la sûreté se connaissent entre eux ; les indicateurs peuvent êlre inconnus les uns aux autres ; mais le détective me parait se faire de singuiiÈres illusions ou essayer d'en provoquer chez les Anglais, quand il prétend qu'avec les 60,000 fr. qui sont à partager entra plus de 300 agents pour frais d'arrestatiou et recherche des malfaiteurs, ce qui fait à peu près 260 francs par lête, ils peuvent mener la vie à grandes guides.' Il est vrai que d'un autre cûté, le Préfet a bien des fonds secreis: mais il les garde pour d'autres usages que ceux de la sûreté.
De toutes ces histoires, il faut rabattre, et de beaucoup. Les agents de la brigade de sûreté peuvent être des hommes utiles, courageux, dévoués, doués d'une certaine perspicacité; cependant, loin de découvrir tous les crimes, ils en ignorent un certain nombre ; on s'aperçoit de leur impuis- B&QCe, de temps en temps, lorsque des crimes célèbres agitent l'opinion publique sans que la police puisse mettre la main sur le coupable; puis on les oublie, et l'on continue d'avoir foi dans l'habileté de la police'.
Nous avons encore une observation à faire. Le service de la sûreté est le moins recherché par les inspecteurs de la Préfecture de police; c'est celui où les risques sont les plus grands et où, paratt-il, les avantages sont les plus minces: y êlre envoyé constitue une sorte de disgràco. Celle situation est trop dans la logique de l'organisation delà Préfecture de police pour qu'elle puisse nous étonner : celle-ci a