‹ La policeChapitre 39 sur 139 · Voir, pour JùlailB, la LmUcr · texte numérisé non relu

Voir, pour JùlailB, la LmUcr

'. de juillet 1882.

— Moi I VOUS donner la main !

Il resta la bouche béante, battant Taîr de ses deux bras^ comme un chien qui se noie.

Dans tous les partis, on rencoutre des gens qui n'attaquent les abus que dans Tespoir d'en profiter et qui n'attendent que le moment d'en jouir pour les approuver.

M. Gaubet n'a pas même les qualités matérielles d'un chef de la police municipale. Il déjeune longuement et digère de même. Pendant qu'il s'étale, il laisse les gardiens des brigades centrales se morfondre en attendant qu'il soit prêt.

Et alors les anciens officiers de paix, les brigadiers, les sous-brigadiers bonapartistes en profitent pour dire:

— Voilà comment cela se passe sous la République. Ce n'était pas de même avec M. AnsartI Mais chaque fois qu'il y a un accident, qu'il y a un incendie, qu'il y a une cérémonie, qu'il y a un événement quelconque, les rapports de police, livrés aux reporters, signalent immédiatement la présence de M. Gaubet, de sorte qu'il semble constituer la cheville ouvrière de tous les incidents de la vie parisienne. — Otez-le, il n'y a plus rien! Telle est, du moins, son intime conviction. On lèsent à l'air majestueux dont il s'avance, sa canne sous le bras.

Le Chef de la police municipale a sous ses ordres immédiats des bureaux, composés de :

1 chef des bureaux, 1 sous-chef; de 3 commis principaux, de 9 commis de première classe, de 5 commis de deuxième classe.

Service de la sûreté.

La brigade de sûreté devrait s'occuper exclusivement de la recherche des malfaiteurs, de l'exécution des mandats de justice, des arrêts et des jugements des cours et des tribunaux.

Elle fut créée- sous la Restauration par le célèbre Vi-

LA POLICE MUMCIPALE. ■

docq. Il y a des célébrités de tous les genres. Eu «itail à la prison de Bicûtre, attendant le départ de la chaîne qui devait le reconduire au bagne d'où il s'était échappé. Cette perspective avait si peu de charmes pour lui, qu'il offrit au chef de la seconde division de la Prfifecture de police de jouer le rôle de « cuisinier n on de ■■ mouton " dans les prisons de la Seine, ai on voulait l'y maintenir. Il fil son métier avec une telle conscience, qu'ayant fait arrêter plusieurs ■voleurs, après lesquels couraitvainement la police depuis longtemps, on le mit en liberté, on lui alloua 100 francs d'appointements par mois et une prime par arrestation, Naturellement, il voulut gagner son argent et agit avec un zèle tel qu'il fit condamner à mort, comme faux monnayeur, un mégissier qui avait eu l'imprudence de lui donner asile à aa sortie de prison, Si les affaires chômaient, \ idocq en créait. C'est l'histoire de tous les indicateurs. A la rentrée des Bourbons, il lil du zôle afin de prouver qu'il avait de bonnes doctrines. Ce fut lui qui brisa avec un raerlin les tenons qui attachaient la statue de Napoléon sur la colonne Vendflmo, et attacha la corde à laquelle s'attelèrent M. de Maubreuil et autres dignes gentilshommes. Pendant la tarreur blanche, Vidocq se livra à une active police politique. Ses services lui valurent, en 1817, la nomination de chef de la sûreté, avec une brigade, d'abord d'une dizaine d'agents, portés à 28 par M. Delavau, en 1821, tous an- CÎBBS forçats et repris de justice, comme lui, d'après sa m&xïme que " pour pouvoir découvrir les voleurs, il faut l'avoir été soi-mèma «. A la tête de celte bande, il entendit la sûreté d'une façon si dangereuse, qu'il fut obligé de se retirer en 1 826. Du reste, il avait fait des économies, ayant en en mains des fonds secrets, et n'ayant point de dédain pour les bénéfices que peut rapporter un tel poste à. un bomme habile.

Après la Révolution de 1830, il persuada à Gisquel, alors préfet de police, qu'il était indispensable. 11 créa un bureau auxiliaire, rue Pavée, et, pour prouver son utilité, il

ni m«,v.x*xjer un vol par un de ses acolytes avec les repris de justice nommés Séguin, Lenoir, Desplantes, Cloquemin et Salomon. Vidocq prévint, en même temps, le maire de Gentilly de prendre ses précautions pour tel jour, telle heure, dans tel endroit. Les voleurs furent arrêtés; Vidocq, considéré comme doué du don de seconde vue, fut réintégré dans ses fonctions de chef de la sûreté. Seulement son agent, qu'il avait voulu sauver, était trop compromis. 11 fut condamné, comme instigateur du crime, à deux ans de prison. On eût passé par là-dessus; mais les journaux trouvaient, entre la tête de Vidocq et la tête de Louis-Philippe, une analogie compromettante pour le prestige de la royauté. Cette considération provoqua un arrêté, en date du 15 novembre 1833, qui dissolvait la brigade de sûreté et prescrivait que, désormais, aucune personne, ayant subi une' condamnation, ne pourrait en faire partie. Elle se recrute, depuis ce moment, comme les gardiens de la paix. Seulement, cet arrêté n'a pas été appliqué à l'égard de tous les chefs de la sûreté.

M, AUard fut le premier chef de la sûreté, et Canler son inspecteur principal. Dans ses Mémoires, Canler fait planer d'assez graves soupçons sur lui. Devenu chef de la sûreté à son tour, il a laissé la réputation d'un homme habile et relativement honnête. Ses Mémoires^ très intéressants, non seulement par ce qu'ils disent, mais par ce qu'ils laissent deviner, furent saisis lors de leur apparition en 1862, sous prétexte du secret professionnel.

Il eut pour successeur le personnage dont il trace la biographie suivante :

« Un jour, en entrant dans le bureau des agents pour donner quelques ordres, je remarquai mon coqueur qui, commodément assis sur une chaise, le pied et le coude appuyés sur une autre, pérorait au milieu des inspecteurs faisant cercle autour de lui. Assis de manière à tourner le dos à la porte d'entrée, il ne s'aperçut pas de mon arrivée; curieux de savoir ce qu'il pouvait raconter, je m'approchai à pas de loup, en faisant signe à ceux de mes agents qui

ma Toyaienl, de ne pas compromeltre mon incognilo, et j'écoutai. Voici hgb paroles presque textuelles, car elles sont reslées gravées dans ma mémoire :

— Je suis né, disait-il, dans une petite ville du Midi ; mon père était d'origine Étrangère et avait depuis longtemps quitté sa patrie pour venir habiter la France.

« Mes parents no purent jamais me laire apprendre un étal, j'étais l'ennemi de tout travail manuel, j'avais en (yuelque sorte sucé la paresse avec le lait, et je me sentais, quoique bien jeune, des instincts nomades qui me faisaient aspirer après le moment où je pourrais abandonner le toit palemel pour me soustraire à la surveillance de mon père; aussi, un beau matin, profitant de l'absence des auteurs de mes jours, je fis mon paquet et, sans tambour ni trompette, je partispour Marseille, où je ne tardai pas à m'aseocier à une bande de contrebandiors qui exerçaient leur industrie entre cette ville et les côtes d'Italie. Cette existence était d'autant plus agréable que les bénéfices étaient considérables et le travail peu fatigant, car il ne s'agissait que de ruser et non de travailler; lorsque la contrebande nous laissait quelque temps de repos, le vin, le jeu et les femmes étaient nos plaisirs. L'argent que nous gagnions sans peine, nous le dépensions sans regret, et ma foi, je dois l'avouer, ce fut le plus beau moment de ma vie; mats la fortune, jalouse de mon bonheur, me fit subitement quitter mes camarades. Je m'étais embarqué à Gênes avec plusieurs de mes associés sur un bâtiment en partance pour Marseille ; notre chargecoent consistait en marchandises prohibées que nous comptions introduire dans fa ville, où nous en avions un placement assuré; malheureusement pour nous, ou plutôt pour moi, noua remarquâmes qu'il y avait parmi les passagers un douanier sarde qui vraisemblablement ne s'était embarqué que pour faire con-J lîsquer nos marchandises à l'arrivée. I

•t L'afi'aire était grave, car si ce gabelou réussissait dans i 8on dessein, la perte pour nous devait être considérable. On s'assembla sur le pont, on tint conseil, ot il fut décidé

à runanimité qu'il fallait se débarrasser du douanier. La chose était plus facile à dire qu'à faire, cependant je ne chargeai de l'opération avec un camarade, et, saisissant une circonstance favorable, nous le balançâmes par-dessus les bastingages dans la mer. Nous avions si bien pris notre temps qu'on ne s'aperçut pas de la disparition ; mais, après notre entrée à Marseille, le gouvernement sarde porta plainte, la justice me traqua, et, pour échapper à ses recherches, je me réfugiai en Algérie. Quand l'affaire fut assoupie, je revins à Lyon, où je me trouvai sans le sou, mais j'eus la chance de rencontrer un camarade qui me procura une place de surveillant aux travaux de terrassement de la ville ; bientôt j'abandonnai cette surveillance par trop assujettissante, pour me faire saltimbanque, genre lutteur. Ce nouvel état ne tarda pas à me déplaire, car si l'on faisait bombance un jour, on était le lendemain réduit aune diète forcée. Je quittai la banque pour tenir un Floua/a (jeu de hasard sur la voie publique) . Ce nouveau commerce ne me réussit pas davantage, et, après avoir mené une vie d'autant plus misérable que je m'étais marié, je cherchai à rendre quelques services à la police en me faisant coqueur. Je pensai alors que, pour ce métier, j'aurais bien plus de chances à Paris qu'à Lyon. Je partis donc pour la capitale, où j'arrivai avec quelques sous dans ma poche et ne sachant de quel côté donner de la tête. J'étais jeune, confiant dans l'avenir et peu scrupuleux sur les moyens qu'il me faudrait employer pour vivre ; j'allai m'établir rue de la Vannerie, n** 10, dans un garni de maçons, où, moyennant vingt centimes, on possédait pendant une nuit le droit de s'étendre sur la paille qui tapissait le plancher d'une chambrée où vingt Limousins ronflaient à briser les vitres. Pendant quelques jours je me promenai dans la capitale, en me battant les flancs ; un soir, après avoir payé à l'avance ma location d'une nuit, je me trouvai sans un sou. Le lendemain je filai le long des quais, j'allai me 6alader aux Champs-Elysées, espérant saisir aux cheveux quelques circonstances favorables pour me tirer d'affaire,

laîs rien na se pri^aenla. La matinÊe m'avait paru longue, t journée me semhla interminable, à jeur, ot il n'y a rien omrae la Taira pnur faire paraître le temps long. La nuit ipprochaitetje commentais à metourmenter, lorsque j'eus e bonheur de rencontrer un Baltimhanijue que j'avais connu i Lyon et auquel j'exposai ma position; l'IionnÊte lutteur me fil manger un morceau avec lui et m'adressa à son frère, maître tailleur; celui-ci me reçut comme l'enfant de la [naiaon, et, pour me prouver son amitié, me conâa, des le lendemain à six heures du malin jusqu'à huit heures du soir, un carreau pour aplatir les coutures. Bienlût je devins un des favoris du patron, mais j'avais le défaut d'être ■QBensible à la gloire qu'il fallait acquérir par le travail; ma nature nomade et paresseuse s'accommodait fort peu de travailler toule la journée- Il me vint alors à l'idée que le chantage au remplacement militaire serait moins fatigant, moins ennuyeux et plus lucratif; à cet eflet, je me pré- Mntai chez le aieur Guignard, marchand d'hommes, quai ^ela Grève, comme étant célibataire, pour remplacer. Le TecTUleur me prit à sa solde à raison de quarante sous par ^Dur, en attendant raes papiers, qui ne devaient jamais ar- '^'er, et, lorsque j'eus rei;u de la sorte une centaine de 'frincB, je crus prudent de me donner un courant d'air, et AiEsai le marchand de chair humaine tout désappointé. Mon étoile voulut alors que je rencontrasse d'anciens caoiarides que j'avais connus à Marseille et à Lyon, et qui, pour le moment, étaient assez bien fournis de ptcaitlons {ie monnaie] ; nous passâmes la journée ensemble, puis, le *oir, nous alUmes tous, bras dessus, bras dessous, dans «ifféreutes maisons publiques de la Cité et du quartier des Arcia, oii je fis connaissance de plusieurs filles qui m'engagèrent à retourner les voir. La proposition était trop de taon goût pour qu'il rae prît fantaisie de refuser, el j'y re- ■oumai pas plus tard que le lendemain. Une de mes nourelles conquêtes, qui avait la confiance de la femme Suchet, Daitresse de la maison de tolérance de la rue de la Tanlerîe, me procura un asile dans cet établissement. Dès que

je me vis le commensal de la mère Suchet, je m'appliquai à me lier intimement avec les voleurs, dont les maisons de la cité pullulent, et, favorisé en cela par TinCluence qne^ je possédais sur un grand nombre de filles, qui remplissent! le premier rôle dans l'existence oisive des malfaiteurs, je ne tardai pas à être au courant de toutes les entreprises qu'ils méditaient, de toutes celles dans lesquelles ib avaient échoué, et, afin de pouvoir mieux les amadouer, je me montrais exalté et téméraire pour ces sortes d'opérations : au moment définitif, je disparaissais.

ce Et voilà, messieurs, comment, ayant repris mon ancien métier de coqueur, j'ai eu le plaisir de faire votre connaissance. Je ne sais ce que l'avenir me réserve, mais qm qu*il arrive, je m'en bats l'œil, car je saurai toujours bien me tirer d'affaire. »

Cette biographie est exacte de tous points. Il faudrait encore y ajouter quelques petites infamies, seulement vdd la conclusion.

Cet homme entra régulièrement au service de la sûreté en 1840. Il prit une part active au coup d'État du 2 décembre. En récompense, il fut nommé chef de la sûreté! Il s'appelait Balestrino !

M. Tenaille était chef de la sûreté quand la France ftit inondée de faux billets de banque. Il avait pour intime ami un nommé Gatebourse. Ce nom prédestiné ne lui dit rien du tout pendant un ou deux ans. A la fin, il finit par soupçonner que le faussaire était peut-être cet intime ami. Il le sacrifia noblement; mais cette perspicacité parut un peu lente.

On a publié les Mémoires de M, Claude sur quelques pièces qu'il avait laissées, mais on les a tellement délayées au milieu d'invraisemblances de toutes sortes, que leur autorité est nulle, sauf pour une statistique que je reproduirai plus loin.

M. Jacob lui succéda. Il fit partie de l'exécution du 23 janvier. On trouva étrange qu'un chef de la sûreté, ayant la prétention d'être l'homme le mieux informé de tous les

erinieB et de tous les délits qui se com mettaient à Paris, 1 ignorât complèlement cens qui se commettaient dans son I propre service.

Maintenant le chef de la sûreté est M. Macé. Ses aptitudes étaient indiquées par la découverte qu'il avait faite des bombes du complot de Blois dans le canal Sainl-Oui peut lire, dans sa déposition dans VEnqui'le sur l'insurrection du 18 mars, qu'il a rendu alors d'émînenta services à la cause de l'ordre en conlnbuant largement au peuplement des pontons. J'ai parlé ailleurs de M. Macé'. Petit, remuant, myope, bavard jusqu'à l'incontinence, d'une vanité exaspérée, beaucoup trop occupé de lui pour s'occuper des autre», il m'a toujours paru avoir les qualités esacteraent opposées à celles d'un bon policier. C'est, sans doute, pour tous ces motifs qu'il est devenu chef de la sûreté.

DÈS le lendemain de la prise de possession de son pos il fit, part à ses agents de l'esprit qui l'animait, dans les j termes suivants.

11 Messieurs,

Cl J'avais la conviction en prenant le service que lâche serait dure, aujourd'hui j'en suis sûr. Je voua annonce que tous les agents qui ont déposé pour la Lanlo-ne sont révoqués. »

Easuite,a'adreasant à ceux qu'il avait révoqués, il s'écria: « Si vous étiez soldats au lieu d'appartenir à une administration civile, je vous ferais fusiller depuis le premier jus- 1

quau

demie

Le troisième jour : f

Œ A partir de demain, un peloton de punition sera orga-^i(4ftet tous les mécontents y passeront. »

Les agents devaient moins surveiller les criminels que se surveiller les uns les autres. Ils n'y manquèrent pas.

La brigade de sûreté était autrefois composée de â ias-

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