Mcnioires ds'GisqUetj t. I, p
LA POLICE UUXlCirALE.
De même, après la Commune, une des missions des agents de la brigade des garnis consistait à aller surTûiller les cimetièreB le jour des Morls, Ils devaient se mêler aux groupes autour des tomlies, écouter les conTersalions des amis et des visiteurs. Certains endroits de nos cimetières ont été le théâtre de scènes Épouvantables et lugubres. Un ami faisait une confidence à un ami. Cette confidence était entendue; celui qui l'avait faite était suivi, surveillé, dénoncé; et plus d'un malheureux qui se croyait à l'abri de tout risque, s'est ainsi vu, sans savoir quelle en était l'origine, prestement réveillé sous le coup d'une accusation qui l'amenait devant un conseil de guerre.
Certains visiteurs mettent des caries de visite sur les lombes amies qu'ils vont visiter : la brigade des garnis les ramasse soigneusement et les porte à la Préfecture de police. ÎJne carte de visite, c'est un commencement de dossier I
En mSme temps, les inspecteurs de la brigade des garnis ont une fonction spéciale à la Préfecture de police; ils portent les cartes de visite des officiers de paix . des bri- ^ gades spéciales et centrales, au moment du premier de l'an.
Autrefois, avant l'invention des chemins de fer, alors que tout individu qui se déjilaçait et voyageait était considéré comme suspect, que le passeport était une chose tenue pour nécessiiire, la brigade dos garnis pouvait avoir quel- ([ue raison d'être.
Mais aujourd'hui, y a-t-il unhôtel qui observe les règlements de policeî Un voyageur arrive, on lui demande ou on ne lui demande pas son nom. En tout cas, il donne le nom qu'il veut. Sou point de départ? sarésidence? il inscrit ce qoi lui convient. La brigade des garnis relève ensuite ces indications, qui sont bien utiles, surtout quand elles sont fanssea I
Cette brigade n'est, en réalité, qu'une brigadede recherches, qui s'occupe beaucoup plus do politique et de scandales que de la sûreté des citoyens.
Si elle se bornait à relever les bulletins des hôtels, pourquoi cette besogne ne serait-elle pas faite pour chaque quartier par les inspecteurs pendant leur ronde de jour?
Brigpades de recherches
L^État du personnel SiCCusQ cinq brigades de recherches: La première, la deuxième, la troisième ; la quatrième a été supprimée par arrêté du 12 mars 1879; mais il y a encore deux autres brigades, la cinquième et la sixième ; il est vrai que cette dernière n'est qu'une demi-brigade, commandée par un brigadier, spécialement affectée au service deTÉlysée. ,
Les quatre brigades de recherches ont dans leurs attributions les renseignements demandés sur les étrangers, les admissions à domicile, les naturalisations, les subsides, les rapatriements, la répression des jeux clandestins, la surveillauce des cercles, les enquêtes ordonnées par le Parquet eiï matière de sociétés commerciales et financières, leiB enquêtes sur les différentes sociétés qui se constituent, les enquêtes sur les établissements qui demandent à être autorisés, tels que bals, concerts; les recherches deman* dées parles bureaux de Tadministration centrale, soit dans l'intérêt des familles, soit dans un intérêt administratif; les surveillances protectrices de tous genres ; les enquêtes sur les candidats aux divers emplois administratifs, enquêtes faites sur la demande du personnel ou des diverses administrations publiques; la traduction des pièces écrites en langues étrangères; les enquêtes à faire sur les marchands des quatre saisons, sur les demandes d'ouverture des établissements autorisés, ainsi que les renseignements à recueillir d'urgence à la demande du Parquet, sur des individus arrêtés en flagrant délit, etc., il faut retenir surtout ce terme vague : « surveillances protectrices de tout genre. »
Sons ce turme élastique, se dissimule la police politique et trop souvent la police privée des brigades de recherches.
Je dis : police privÉe; en effet, los brigades de recherches font des recherches dans l'intéièl des familles. C'est là une désignation bien large. En général il n'y a que les familles riches qui aient des intérêts, assez importants aux yeux de la Préfecture de police, pour justifier les recherches; et trop souvent ces recherches ne sont que le prélude de mesures arbitraires. Canler cite l'histoire dW richa Brésilien, qui disposait du service de la sûreté pour se débarrasser des anciennes maîtresses qui l'ennuyaient DU pour lui en procurer de nouvelles'.
On sait que Mme Clovis Hugues, au mois d'avril 1883, fut la victime d'une accusation qui poussa son mari à faire ■ une enquête. Voici un extrait de ses réponses à un journa-
B'ui était allé lui en demander le résultat : à aussi, j'ai appris qu'un brigadier de la police de avait accompagné Mme Lenormand dans ses excuri travers les lieux mal famés, menaçant do faire conà Saial-Lazare les malheureuses filles qui se refuà déclarer qu'elles avaient été les maîtresses de .... .^.jnormaod. On nou.s a même présenté un personnage Inattendu, qui nous a raconté qu'on lui avait remis à deux reprises la somme de cent francs pour déposer qu'il avait , élé le compagnon de débauche de M. Lenoimand. On dis- ' tribuait, sous l'œil paternel du brigadier de police, des ' photographies de M. Lenormand, et, comme il aurait pu y avoir hésitation de la part des faux témoins à reconnaître M. Lenormand, qui était représenté sous le costume d'of- Gcier dans les susdites photographies, on décapitait le Pauvre mari et l'on ne distribuait que sa tête. On fournissait même des détails intimes sur les procédés et sur le fonctionnement de la séduction employés par M. Lenormand. Ji