‹ La policeChapitre 69 sur 139 · LIGOTER ET PASSER A TABAC · texte numérisé non relu

LIGOTER ET PASSER A TABAC

U. — Je connais Tenquête qui a eu lieu à son sujet. Il a été arrélé ^ians des conditions mal faites. L'agent avait causé du scandale chez 11Q marchand de vin. L'agent a été puni. Jeanin a été envoyé au dépôt ; s'il a été Tobjet de violences, il n'en a rien dit.

D. — Parlez du fait Appert.

R. — Il y a eu à Robinson une arrestation très difficile. Un agent qui avait été . mis en joue a eu une gratification de 50 francs. Les agents souvent sont Tobjet d'insultes -et de violences.

Le service de la sûreté est l'objet de critiques, mais il est placé sous l'œil du parquet, du procureur de la République ; jamais il ne m'a été fait une observation.

Cette dernière phrase n'était pas maladroite. C'était un coup droit porté à la magistrature. M, Jacob clignait de rœil au tribunal et disait : — Entendons-nous. Si je suis coupable, vous Têtes aussi ; nous sommes complices.

Mais M. Jacob, chef delà sûreté, se montrait d'une singulière naïveté. Comment lui, « Thabile M. Jacob » chargé de trouver les crimes et les délits qui se commettaient dans Paris, ignorait complètement ce qui se passait dans son service? Qui veut trop prouver ne prouve rien.

Le jugement fut obligé d'avouer « les quelques actes isolés de violence qui ont été vérifiés et reconnus. »

L'indignation, produite par ces révélations, fut profonde^. M. Jacob fut obligé de donner sa démission.

Ce jour-là, ces deux expressions « ligoter et passer à tabac », jusqu'alors confinées dans les bas-fonds de la Préfecture de police, ont acquis droit de cité dans la langue française; elles resteront, comme une caractéristique indélébile des mœurs de la police à la fin du XIX® siècle I

Les procédés de la Préfecture de police ont-ils complètement changé?

Je demeurais, en 1880, en face du poste de police de la rue des Saints-Pères. Dans la nuit du samedi 6 novembre au dimanche 7, à 3 heures et demie du matin, un individu fut conduit à ce poste. U protestait contre son arrestation, se bornant à répéter :

— Messieurs, vous n'avez pas le droit de m'arrêter!

Une fois enfermé au poste, il continua ses protestations.

Au bout de quelques instants, j'entendis le bruit d'une

lutte, un râle étouffé : puis, tout retomba dans le silence.

Rapporteur alors du budget de la Préfecture de police,

je signalai le fait aji Préfet de police et au chef de la Police

municipale.

Huit jours après, par une note qui n'est ni signée ni datée, la Préfecture de Police répondit: « que l'individu arrêté était un sieur Léger; qu'il avait été arrêté à deux heures du matin; qu*il était manifestement ivre. » La note ajoute : «Au poste, il insulta de la manière la plus grossière tous les gardiens de la paix de service, et on eut la plus grande peine à le mettre au violon, dont la porte faillit céder sous la violence de ses coups de pied.

ce Le tapage, troublant le sommeil des locataires de la maison et pouvant attirer l'attention des passants, le chef de police donna Tordre de le déchausser.

«Appelé à comparaître d'abord devant le commissaire de police du quartier, puis en police correctionnelle, le sieur Léger n'a articulé aucune plainte contre les procédés dont les agents s'étaient servis à son égard.

« Et en raison des faits ci-dessus, il a été condamné à 6 jours de prison. »

La Préfecture de Police s'est bien gardée de donner l'adresse de ce sieur Léger ; mais cette note est intéressante parce qu'elle montre les procédés habituels de la Préfecture de Police pour grouper, arranger et expliquer les faitSr

D'abord elle commet une erreur relativement à l'heur© • Il était trois heures et demie du matin quand les faits s^ sont passés.

On déclare que « l'individu insulta de la manière lapl*^ grossière, etc.; » or, il parlait assez haut pour que je n-^ perdisse pas un mot de ce qu'il disait. Il ne répétait qu'un- ^ phrase: v — Messieurs, vous n'avez pas le droit de m'af^ rêter I » Est-ce là une insulte grossière ?

Le chef de police « le fait déchausser », dit-on. Gela pour^ rait expliquer, dans une certaino mesure, qu'on n'entendît plus le bruit de ses coups de pieds ; cela n'expliquerait pa-^

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